PHILON LE JUIF. — JOSÊPHE
historien '. Comment ne pas regretter que la riche mine des livres sacrés des Hébreux n'ait pas été ouverte à la curiosité des Grecs par un plus juste appréciateur d'Israël et de son génie original ? Or, aux yeux des juges compétents, Philon est suspect de n'avoir pas même connu Thébreu et la diversité de ses dialectes. C'est chez les Septante qu'il faut chercher des interprètes, inexpérimentés sans doute, mais sincères, des livres de l'Ancien Testament. L^historien Josèphe ne nous satisfait pas davantage, quoique juif de naissance et bien plus mêlé que Philon à l'histoire de sa patrie ^ Il n'a pas oublié, comme le syncrétiste alexandrin, sa langue maternelle ; mais, par sa faute et par celle des secrétaires hellènes qu'il avait à ses gages, les plus beaux récits de la Genèse sont défigurés, dans ses Antiquités judaïques, par une malheureuse imitation des formes de l'hellénisme. Au lieu d'une comparaison judicieuse entre l'esprit de deux grandes races, Philon et Josèphe nous offrent souvent un mélange puéril des traditions et du langage particulier aux deux peuples. Il n'y a pas jusqu'à la méthode étymologique et allégorique qui ne soit transportée des écoles où Ton interprétait Homère
* C'est à peu près au même point de vue que Tétude des lettres est» approuvée et cultivée par les Pères de l'Église. Voir Gruioe, Sur THexaemeron de saint Basile, p* 117.
' Voir mon Examen des Historiens d^Auguste, ch. Vj Seot;
EQQER 25
aux écoles où Ton prétendait honorer le génie hébraïque par de pareilles interprétations. Alexandre et ses capitaines et même les savants qu'il emmenait à sa suite, sont excusables d'avoir méepnnu les richesses de la littérature indienne : leur course à traveips FOrient avait été si rapide ! Mais les Juifs 4e Jérusalem, d^ Alexandrie et de Cyrène* auraient dû vraiment profiter mieux et nous faire Inieux profiter des trésors qu'ils avaient squs la ïnain, et ouvrir à la haute critique des horizons moins troublés par les méprises de leur patriolisme.
Quoi qu'il en soit, la philosophie, comme le jstyle de Philon, ont un caractère de grandeur qu'il ne faut pas méconnaître, et dont je voudrais donner .quelque idée par la page suivante extraite du premier chapitre de son traité Sur les lois spéciales. Il ;8era intéressant d'y saisir quelque rapport avec une telle page de la Morale d^Aristote que nous avons traduite plus haut :
a II y eut u^ texnps, dit Philon, où, livré à la, philosophie, à la.contemplation du monde et de ce qu'il renferj^^, je goûtais les fbuits si beaux, si désirables, si pleins de délices d'une vie spirituelle, toujours en compagnie des oracles et des dogmes divins dont je savourais la jouissance, sans jamais me rassasier, étranger à toute
' Sup cette dernière colonie des Juifs hellénisés, voir les iaterp/ètes de l'inscription grecque n» 5361 du Corpus de Bœckh.
pHito?i w: JUIF 387
pensée, bï^sse ou lerrQstre, h tout aoiour de la gloire çt de la richesse, dégagé des vils plaisirs du corps, et çie. cppyant san^ ces^e ravi au ciel par une sorte d'en^ thousiasme (d'apothéose), et comme entraîné d'uii mouvement conamun avec le soleil, avec lâ lune, avec l^Q ciel et Iç. iï>opide. entier. Alors, abaissant dû haut du ciel, comme pn ferait d^un observatoire, rcell de iba pensée, je contemplais sur la terre les iQisérablesi occupations des hommes et me félieitais d*avoir vioion rieusemeni échappé aux misère» de U vtQ mortelle. MaU UQ terrible epnem me dressait de3 embûches, la jalousie envier qui. tout h coup, tombant sur moi^ ne cessade me tirer avec violence que lorsqu'elle m*<But jeté dans Tocéan des soucis politiques oîi le flot m'en» Craîne et me submerge. Je gémis et je résiste pouri tant, fidèle à cet amour de la science que je porte ei^ mon âme depuis ma jeunesse «t qui, prenant pitié de moi» m'aide èi soutenir lei poids de ma douleur. Grâce à lui,^ quelquefois je soulève la tôte.; ek, des yeux de mon âme (ils sont bien affaiblis, bien obscurcis par ces nuages dont in^obsèdent les étranges affaires du mondé), je regarde du moins autour de moi et je m'^f^ force de ressaisir la vie pure et saps^ mélange de mt^ §ères. Que si, par une faveur imprévue, survient ua peu de calme et de paix, au milieu des troubles de la vie publique, je me soulève de mes ailes sur la sur* face des flots et me laisse ravir au ciel par le sotiflle de la science, de cette seienoe qui souvent me réduit eo eaclavage,m'arraQhai^t eomme k de rudes maîtres^ non pas seulement aux hommes, mais aux affaires^t dont le courant m'enveloppe de toute part. Aussi convient-il que je remercie Dieu de ce que, inondé, cependant je ne resté pas sous Tabîme, de ce que j'ouvre
à88 HISTOIRE DE LA CRITIQUE. CHAP. IV, § I
encore les yeux de mon âme, que certaines gens, trop prompts à désespérer de mon salut, croyaient éteints pour toujours : je les inonde des lumières de la sagesse et j'arrache une part au moins de ma vie aux ténèbres. »
Dans cette page où les vertus de la vie contem-» plative, d'une vie étrangère et supérieure aux agitations de ce monde sont décrites avec une si remarquable sincérité de sentiment et avec une sorte de coloris poétique, Tâme de Philon semble se rencontrer avec celle du Stagirite au milieu d'un monde purement idéal. Seulement, nous avons vu que, malgré les élans de sa pensée philosophique, Aristote ne reste jamais bien loin des réalités de la vie et que Fart proprement dit y garde pour lui un grand rôle, tandis que celle de Philon plane toujours en de sublimes régions où se perd toute conception des choses de Fart. Le théologien mystique enveloppe dans un même dédain les tracas de la politique où il gémit d'être mêlé, et les mesquines jouissances de la littérature, comme s'il n'avait pas Vécu dans le foyer même des lettres savantes.
Si Philon le Juif ne nous aide en rien à connaître la littérature hébraïque et l'érudition égyptienne, en revanche et à la même époque, les communications si fréquentes de la Grèce et de Rome mêlent davantage les deux littératures grecque et latine. Les rôles ici sont changés s c^est Rome victorieuse, mciis barbare, qui fait des avances à la Grèce
- CJECILIUS DE CALÉ-ACTif, — DIDYME 389
vaincue, mais encore toute brillante de Féçlat des arts et des sciences. La Grèce de son côté garde longtemps rancune au latin, qui du reste lui offrait, dans Forigine, bien peu de monuments dignes d'être mis en parallèle avec les chefs-d'œuvre du génie hellénique *. Il faut descendre jusqu'au siècle d'Auguste, pour trouver parmi les ouvrages du fécond polygraphe Didyme un traité Sur la langue des Romains^ et parmi ceux d'un rhéteur sicilien, Cascilius de Calé-Acté, une Comparaison de Démosthène et de Cicéron ; encore le livre de Didyme était-il, selon toute apparence, une simple grammaire; encore celui de Caecilius est-il jugé par Plularque avec le dernier mépris .'
Le même Caecilius avait écrit une Rhétorique] des traités Sur les Figures^ Sur les Caractères des dix orateurs attiques, Sur Lysias et Sur Antiphon, Sîir r Histoire, Sur le Sublime, une Comparaison de Démoshène et dEschine, une Comparaison de r Éloquence attique et de V Éloquence asiatique \ des Recherches sur Démosthène, pour distinguer ses discours authentiques des discours qui lui sont faussement attribués. Didyme avait laissé des livres
* Voir mes Mémoires d'Histoire ancienne et de Philologie (De ]*étude de la langue latine chez les Grecs dans Fantiquité], p. 259 et suiv.
* *0 TTfiatTTÔç IV dirait KaixiXeo; Iveavecua'aTO T^ftptviv toO Aigpoo'Ofvouç xal Kexcpojvoç c^iviyxcîy (Plutarque, Comparaison de Démosthène et de Cicéron).
390 HISTOIRE DE LÀ CftltlQÙE. CHÀi». iV, § I
^ur tes 'Figures, $Uf te Style, Suf té Stytè tragique,^ Sut les Poètes, etc. ; Dn à rèiîeittifiént ëssàyjfe 'àë prouver que riôUé ftVôn^ deâ frâgniény dis ôe déMèr ouVi^àlie A&ni l'es Blogràt^iiieà d*Ëêlihylé, de Spt)hb^lë ëi d'ËbHjpide placéëâ en tétê dëâ mânti^èfhà délèiirâ tt^agèdîeà^ L-autèuf de éeîlé sp^ dëuëe ëotijëétUi^e rètead tiièmé à une ]^ài*tie de Ik fié àé fhùcydlde, bïHiîrtairêîneht pabltée ôôus Ife ïlom obàcuf du ffl-attimairiën Màrtièliln. ' ^ Aulôdt* de tttdyme, ôtt |rdul rahget, âVec plus ou hioînii dfe cerUlUdê 1 ÀWëtociès de Rhodes, aûlètfr
% deux M vf es, Sut ta Pt^iik et S\it tei ùialectes;
'Âselépi&de de Myfléà; gmihfiiàaifiên qui S'est Ml riiisiorien àé SeS cdufrères, et dotil f ouvrage •qtt*ott poufrârt întilulef t ftùéitiint des Mjèié de iorriMie et de^'irâgiidiè^, ai^il iih^g^ '^è\ ^tàM VUf^loi^ et la eHtîque du Ihéâlfë; DenVS ^ i^hàSéilS, ' ttuiedr* d*un Hvt'e Sur t^ Poètes, le ftiêrÀë peul-^èti-e qui, Bèlon Técrivaln 'âhonj^Mé d'une des Bîo^MphieS d'AirâtUS, avak -éèrit XïM CùràparfgtmnÀ^ ce pbfete avec Hbmë^é; deUl savants dunotti^ de th^àsylle^ qiti toUs
^ F. Ritler, Didymi Chalcenteri opuscula auctori suo restirtyifli ftd ;cotiic«8. anUqu^S: fecognita^ annotatione illi|!5trata ,(Çd)pgDe{J845). Du reste^ il y a ed pliieieur,^ grammairiens du nom de Didyme, et leurs ouvrages ont bien pu se confondre.
>* .Tpae)r6i^Av(i|tyK x«l xai|A^^9^^iv0t. Voir SUT cet écrivaidi fa .difi^ertaiidni de K» Lehrs à la suite de son édition des trois opuscules d'Hérôdien (Kœnigsbergi i848^p. 428-*448).
LE ROI JUBÂ ' 39l'
deux ont écrit sur la musique, et dont rùii avait rangé en certaines catégories les ouvrages de Dé-* môcrile et céiix de Platon, à peu près comme, verS le même temps, un des deux gràmmairieiis qui ont porté le nom d'Ahdroniôus recensait et mettait éii ordre les manuscrits d'Ariistote ; Nébptolëmè, de Parium en Troàde, auteur d*uné Poétique qu^àVait surtout consultée Horace pour écrire sa Lettré àû£ Pisons^; Épigfene, qui avait écrit Sw^ les poêmei Orphiques et Sur Ion le tragique ' ; Amaraiittiii d'Alexandrie, dont le traité Sur la Scène devait ëohtenir une foule de détails précieux pour Tititelligence des vietHîi auteuré dramatique^.
Tous ces travaux siir lé théâtre grec étaient sani douté résuniés dans YHistoite du théâtre par lé célèbre Juba, foi de Mauritanie et ami d'Auguste*. De même, le traité d'Andronicus 5wr ta classifica-^ tiofi des Poètes devait résumer les Recherches des Callimàque et des Cratès sur le même sujet ; nous y aurions ausisi trouvé ce - qu'aujourd'hui noua
> Porphyrion: i In hunclibrum congessit prœcepta Neoptolemi ToO naj^ioEvoO de arte-poeticA> non quidem omiiia 6ed eiiiinetitissima. m
> Lobeck, Aglaophamuà^ p. 340, le t'apporte au temps d* Alexand re-1 e-Grand .
*' Voir èur. cet écrivain, outré lé mémoire de l'abbé SeVin, t. IV du Recueil de l*Acadéraie des Inscriptions et Belles-Let»très, une dissertation de Hulleman dans les Symbolœ littérariee que publie à Utrecht une société de professeurs hollandais (n. -vu, 1845) ; cf. Mi R* de la Bianchère : Dé rege 4uba régis Jubs filio, Paris, 1883. . ' : ;.: i\
392 HISTOIRE DE LA CRITIQUE. CHAP. lY, § I
cherebous yaioement ailleurs, des renseignements précis sur les fameuses pléiades et sur les canons alexandrins, listes officielles où les critiques du Musée avaient range, non sans quelque complaisance pour leurs amis, les meilleure écrivains en chaque genre de composition littéraire ^
U ne faut ni méconnaître ni exagérer Timportance de ces classifications. Elles caractérisent un temps où Ton éprouvait le besoin de faire un cboix entre les nombreuses productions de la littérature grecque, et de diriger le goût de la nation, en lui désignant pour chaque genre d'écrits les modèles digues d'être imités. Denys le Thrace est peut être le premier qui ait signalé comme fonction spéciale du grammairien, le jugement à porter sur les poèmes * (xpidi; woirijiiàTwv). C'était une sorte de progrès dans la méthode des études savantes. Ainsi s'élargissait et s'élevait le devoir du grammairien. Mais d'autre part, former ainsi un canon des écrivains classiques , c'était du même coup rejeter dans l'ombre, sinon condamner à l'oubli
* Quintilien, X, I, § 54 et 59 : témoignage classique, et dont A. Nauck paraît avoir trop amoindri l'importance en discutant sur ce sujet les opinions d'autres critiques (Aristophanis Byzantii fragmenta, Halis, i848, p. 67). .
^ Sextus Ëmpiricus, Contre les grammairiens, § 12; ce chapitre ne se trouve plus dans le manuel de Denys le Thrace tel qu'il nous a été conservé, soit en grec, soit en arménien. Le même Sextus Empiricus, au § 79, fait honneur à Cratès de Mallos d'avoir distingué cette fonction du critique en Félevant au dessus de celle du grammairien.
STRABON. — DENYS d'hALICARNASSE 393
tous les écrivains qu'on avait exclus. Par exemple, pourquoi avait-on réduit telle pléiade aux noms de sept poètes ? Pourquoi le canon des orateurs attiques a-t-il dix noms seulement, et s'arrètc-t-il au corinthien Dinarque, en excluant Démade et Démétrius de Phalère ? Sous prétexte de fixer les règles du goût et d'arrêter la liste des écrivains classiques, on semblait fermer d'avance la carrière devant tout génie novateur, et l'on rétrécissait volontairement les horizons de la critique.
Dans le plan presque encyclopédique de sa Géo* graphie, Strabon a fait entrer une foule de particularités utiles pour l'histoire des lettres et quelques discussions critiques qui ne manquent pas d'intérêt. Il a souvent tort dans sa défense d'Homère contre Ëratosthène, mais il expose avec assez de bonheur des idées fort justes sur l'importance des fables considérées comme témoignage de la sagesse antique, et il est aujourd'hui pour nous le plus ancien écrivain qui ait exprimé cette vérité, que la poésie précède la prose dans toutes les littératures, vérité devenue commune et dont nous avons plus haut apprécié l'importance pour l'histoire des lettres grecques * .
Si nous devions juger Denys d'Halicarnasse d'après le nombre des écrits qiii nous sont parve^ nus de lui et d'après la variété des renseignements
» Voir p. 169-170.
394 HiStOIRE iDE LA CRtTIQUE. CHAP. IV, § I
ikiilei (^ne tei écrits hbiisfoti missent, il mériterait ici titi K^hapkrë k part. Mais ce que nous cherchons iJUrtout à itiôritter daiiscié livré, c'est la isuitè des Idées depuis iWigitte itièmô de là Critique jusqu'à i^k décàdetice. Of, & ce {)ôihl de Vile, Detiys est nû hûièût de mètilé fort âecondàire. te n^ësl pà.< qu'il ftittnMl(|ué de bôtittfes OCCaéioûs ou dé bohhé volonté po ut cUllîVet» la fcritiqûe. ÉlîiVè de^ éèblès ^(BCqtfeé, transplanté àtlome ati moment du déclin encore glorieuit de ï'élo^uence latine, et Idi'sque là poésie latine jetaii êon pins vif ôclàt ; appelé par ses tels tiotis avec de tiobles HomiâinS à cotuparei^ }ÂkùÀ bes^6 le g:étlie des dehx peuplés el leurs litlêmtiiiréS rivkles,!! a senti eh effet qu*il assistait là à tin ^tdiûA âpectaclê ; ffiaiS 6é Spectacle, il paraît péil capable de le bien apprécier. Au début dé seS Jugements sui" les anciens orateurs^ apfc-ès avôif dé^ ^lorô Tabaiséënient et là cori*uptiôn dé Téloquencc ^cque dans les deux siècles précédents, il s'àp- |ilaudit dé la Voir renaître, et il éherche la cause ll^uri ôhàngémétil sl héUreuX; Cette cause est selon liii (( là doitlinàtion dé ftonie, qui à Rké sur elle lès regards de tout rutiivers ; cé sont les chefs de cette république, qui gouvernent selon rhônneur él là Vertu, et qui unissent le sàVoir à la pureté du g^oùt ; sous léut* directibh, l'esprit dé Sagesse à fait dé nbrtïbreux progrès et les foliés passions reviennent au bon sens. Aussi voit-on publier, des histpi-
DÉNYS d'halicarnàSse ^ 395
reS d^uii gréhà tnèrité, d'agréables dlscôui^fe politiques, et lïièniè de bons; ti'âitès de philosophie. Beâucbiip à^a-utres ekédlletits litres en Miûeléh grée Sô Sdtit produits él se j)rpd^Hnt çhcoi^e, et 11 c lie d^élôniiéf ait pài qa^&Vëô àeâ {^rogtbë à Hpïâé^ Tâirtbtiî^dè édttô ioUô éioqûèhëô^àut^^ pôU à là génération pfdchàiiie* à Cm ÙpiMi^bhi eàt*aélérlëtiqfuei^ : elliss iràhiskent lé client A&è tlomàlns qui li'ôâe pai^ciiërclief dUnd Popt)rés$idn des libëHès publiques le pHnôi|ië de i^altàiblî^èetneût du gèiiié oratoire, ou Teàprlt étroit qui tt*à vu dans l'éld^ quetice qu*titt ekercîce de langage, et qui k ôroît ftiâsûrée de iceuaitf è parôé que les maitreg du ttidhdè àoht àèÈ homfneS dfe savoir et de go&t *. '
£h efifbt, à paft Ik diligëuee qui àiU'aâsè deâ matériaux, et Uiie certaine finéi^éë dahë M ailatysèë grkmtnatiàales, tout a kahqué à Denys d^âaticaruas^e pour être m véritable critique. Dans s($s livres sur lés orateurs athéuierië, soit quil apprécie leurs dliâcours âuthetitiquës, 6oit qull essayé de distinguer lëë dûvràgëd fauësëmëiil tnk âdu^ leur nôin, il s^appliie sur des rëglëS à la toii trb's arbitraires et trfes meëquiuèà. llVëht^pareîcemplë, que lé style û'iïu écrivain offre toujtturÉ d^â caractères tellement Uniformeâ qtië tout rfiôrceau qUi é'iêû écartera soit par là nfétne coudattiué cbUittae
* Comparez avec ce jugement l'appréciation ptus ffitprab|e de Grœfenhan, Histoire de la philologie, t. îil, p. 257.
396 HISTOIRE PE LA CRITIQUi;. CHAP. IV, § I
apocryphe. Il recourt trop peu à l'étude des faits et des dates^ qui semble pourtant offrir, en de pareilles questions , le critérium le plus sûr. Une 4seule fois, il essaye de discuter en forme une question d'histoire littéraire ; et là même se montre encore Tétroitesse de son jugement. C'est à propos de la Rhétorique d'Aristote : un péripatéticien., bien peu éclairé, sans doute, dans son amour pour la mémoire de son maître, avait soutenu que, la Rhétorique étant antérieure aux principaux chefs-d'œuvre de Démoslhène, ces chefs- 4'œuYre lui devaient toute leur perfection, comme si avant Âristote on n'avait pas déjà étudié les principes et les procédés de l'art, comme si Démosthène n'avait pu entendre des professeurs hai)iles avant qu'Aristote enseignât dans Athènes, comme si enfin l'art et le talent se tenaient par des liens si étroits qu'ils dussent nécessairement marcher du même pas, et que les meilleurs préceptes dussent nécessairement précéder les meilleurs dis- .cours ! Voilà pourtant la thèse que Denys a jugée digne d'une réfutation sérieuse. 11 est vrai que nous devons à ces scrupules bon nombre de détails précieux pour l'histoire littéraire, entre autres, plusieurs dates de la vie d'Aristote et l'ordre chronologique de plusieurs discours de Démosthène, ce qui doit nous rendre indulgents pour les intentions de l'auteur.