‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 113 sur 180 · CONVERSATIONS LITTÉRAIRES EN QRÈGB · texte numérisé non relu

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versations dans ces banquets ((Tu(i.7r6(na) qui sont une particularité des mœurs grecques ^ Mais les Grecs ont-ils jamais connu l'usage de se réunir^ hommes et femmes ^ pour goûter ensemble les plai« sirs d'une causerie élégante ? En un mot, ont-ils jamais eu, comme nous, des cercles et des salons purement littéraires? On peut en douter, à voir ce qu'étaient chez eux la condition sociale des femmes et l'étroite simplicité de leur éducation '. Si la mai** son d'Aspasie, où l'on allait^ dit-on, chercher des leçons d'élégance et de bon goût, ressemble à quelque salon français du xvii® siëde» malheureu-* sèment c'est plutôt à celui de Ninon qu'à celui de madame de Rambouillet. Malgré sa gloire et celle de Périclës, Aspasie est toiyours restée, aux yeiis des anciens comme aux nôtres, dans une situation douteuse entre la courtisane et la femme libre '. Les mœurs grecques répugnaient, chose singu« liëre, par leur licence même, à un usage qui^ chet nous, contribua si utilement aux progrès de la haute politesse et dans le langage et dans la vie. Ce n'est qu'au premier siècle de. l'ère chrétienne, lorsque déjà le mélange des nationalités altère les

* Voir le Banquet de Platon, celui de Xénophôn et les Questions Sympoôiaques de Plùtarqùe.

• Voir plus haut, p* 49, 50. Gf* Philoêtmte, Vit d'ApoU^ nius, I, 3.

^ Voir Tarticle Aspasie par madame de Staël, dans la Biographie universelle, et le livre de M. Becq de Fouquîères : Aspasie de Milet, étude historique et morale, Paris, là?â.

vieilles traditions, que nous rencontrons l'exemple d'une honnête femme rassemblant de beaux esprits autour du foyer domestique pour converser de science et de littérature : elle se nommait Pamphila, et vivait au temps de Néron. Socratidës, son mari, avec lequel elle vécut treize ans, cultivait aussi les lettres ; après l'avoir perdu, elle publia sops le titre de Mélanges historiques un recueil des souvenirs que lui avaient laissés les conversations de ses doctes amis. Les fragments qui restent de ce recueil n'intéressent que l'histoire littéraire, mais ils suffisent pour faire vivement regretter l'ouvrage, où sans doute avait trouvé place plus d'une discussion de pure critique. Les Nuits Attiques d'Aulu-Gelle peuvent donner une idée du recueil de Pamphila, auquel d'ailleurs l'auteur latin a fait de nombreux emprunts. On attribuait aussi à Pamphila et à son mari divers ouvrages d'histoire ^ : cela rappelle assez bien le studieux ménage de monsieur et de madame Dacier.

La critique littéraire a aussi quelque chose d'aimable et de familier dans les ouvrages qui nous restent de Plutarque. Ce fécond écrivain avait laissé des livres, aujourd'hui perdus, Sur la poésie, Sur la Beauté, Sur t Éducation des femmes. Les idées générales et les jugements épars dans ses trai-

* Vossius, De Historicis grœcis, II, 7, p. 237, éd. Westermftnn.

PAMPHILA. — PLUTARQUE 409

tés Sur la Musique^ Sur la Maîiière (f entendre les poètes^ dans sa Comparaison cT Aristophane et de Ménandre, dans ses Questions Symposiaques, recueil de dissertations à Fusagc des banquets, ne laissent pas croire que Plutarque ait eu sur les principes du beau, non plus que sur tant d'autres points de la science, des opinions vraiment originales. C*est un esprit à la fois curieux et juste, qui profite avec discernement des lectures les plus diverses, qui se tient toujours loin des excès, et qui sait le secret de charmer, dans les matières les plus arides, par un style plein de finesse et de bonhomie. Ses dialogues, quand il a voulu en écrire, restent bien loin de la grâce et de Téloquence de Platon ; son langage n'a pas la pureté de Fatticisme classique : c'est un mélange de prose et de poésie, de souvenirs et d'expressions ou de tours heureusement inventés ; sa philosophie enfin n'est qu'un éclectisme de bon sens ; mais tout cela forme un ensemble attrayant et instructif, qui n'a son pareil peut-être en aucune autre langue.

Qu'est-ce, par exemple, que le petit traité Sur la Manière d entendre les poètes ? la rédaction faite à la hâte d'une leçon qu'il avait prononcée sur ce sujet, peut-être même de quelque discours tenu dans une réunion familière comme étaient sans doute celles de Pamphila. Les anciens critiques y sont souvent cités, et^ là même où il ne les cite

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pM, on devine qu'il vient de le» lire, qu'il se souvient de leurs préceptes et de leurs interprétations. On y reconnaît tour à tour les idées de Platon, celles d'Aristote ou d'Aristarque, mais fondues ensemble et corrigées les unes par les autres ; nul principe absolu^ beaucoup d'appréciations équitables, de bons et judicieux conseils ; partout un sens moral trës-icrupuleux, avec une certaine complaisance pour les vieux poètes, dont il veut nous apprendre à utiliser les leçons, sans pourtant méconnaître ni dissimuler les écarts, souvent coupables, de leur génie. Plutarque ne veut pas qu'on interprète les fictions des poètes au moyen de Fallégorio ; quand le sens d'un passage d'Homère répugne trop à la morale, il propose d^abord d'en rapprocher quelque autre passage qui soit comme le contre-» poison du premier ; ou bien il conseille de faire remarquer aux auditeurs l'exactitude et la beauté de l'imitation, pour détourner leur esprit du mauvais exemple que leur offre l'objet imité ; enfin il nous permet, en certains cas un peu scabreux, d'aller au-delà du sens littéral pour sauver la décence. Ainsi, dans une scène de l'Odyssée, que nous avons déjà vue appréciée par Aristarque \ la jeune Nausicaa, en présence d'Ulysse, ne peut con* tenir son admiration naïve, et dit à ses compagnes : « Ah ! si un homme tel que lui pouvait être

* Voye» plus haut, p. 372.

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