‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 125 sur 180 · LE NÉO-PLATONISME, — PLOTIN · texte numérisé non relu

LE NÉO-PLATONISME, — PLOTIN

tant cette première méthode d'observation et d'analyse, ne tire des hautes idées où elle Fa conduit que des conséquences morales et religieuses. Il nous rappelle en cela le mysticisme de Philon tel que nous Tarons apprécié plus haut. Puisque le beau est éminemment spirituel et divin, puisqu'il est Dieu mème,puisque le contempler est notre suprême bonheur et que nous ne le pouvons contempler si notre âme reste trop confondue avec son enveloppe charnelle,il faut nous arracher, autant qu'il est possible, à cette alliance, et nous purifier, pour atteindre sûrement le souverain bien. C'est-à-dire, en d'autres termes, que la théorie du beau aboutit chez Plotin, non pas à l'enthousiasme créateur que décrivent Platon et Aristote, mais à une sorte de quiétude extatique. Le traité Du Beau commence par une imitation de VHippias et finit par une imitation du Phèdre^ en négligeant tout ce qui, dans ce dernier dialogue, se rapporte à la puissance de réaliser le beau par les procédés de l'art.*

Un disciple de Plotin a joui longtemps, aux yeux des critiques, d'uiie faveur et presque d'une gloire dont le principal titre est aujourd'hui fort contesté. On a vu plus haut que le petit traité /){/

* Voir encore le commentaire de Proclus sur le Premier Alcibiade de Platon, commentaire dont un fragment, relatif à la théorie du Beau, se trouve à la suite de l'opuscule de Plotin dans l'édition spéciale qu'^n ft ^onnéQ Greuzer (Heidelberg, 1814),

Sublime^ longtemps publié, traduit et commenté sous le nom du rhéteur qui fut le courageux ministre de Zénobie, reste, après les dernières recherches des philologues, un livre anonyme dont il semble juste de fixer la date sous le règne des premiers Césars. Nous n'avons plus aujourd'hui pour apprécier le véritable Longin, que des fragments de ses écrits et surtout de sa Rhétorique, qui ne montrent ni un théoricien bien original, ni le grand caractère que suppose sa fidélité au service d'une reine héroïque et malheureuse, ni même, il faut l'avouer, l'érudition d'un commentateur des chefs-d'œuvre de l'éloquence attique. Mais réunissons d'abord les principaux souvenirs qui nous restent de sa personne et de ses écrits.

Longin, ou plus exactement Cassius Longinus descendait probablement, soit de quelque affranchi de ces Cassii Longini dont le plus connu fut l'un des meurtriers de César, soit de quelqu'une de ces familles d'Orient où le sang grec s'était de bonne heure allié avec le sang romain. On sait qu'il était le neveu et l'héritier d'un rhéteur syrien d'Emèse nommé Fronton, et sur ce seul indice on conjecture volontiers qu'il naquit dans cette ville ; mais ni le lieu ni la date de sa naissance ne peuvent être fixés avec certitude. Comme il eut pour disciple le fameux Porphyre, né en 233, en lui prêtant vingt années de plus qu'à ce dernier, on

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