ENSEIGNEMENT DES SOPHISTES
aujourd'hui, ce lexique aurait besoin de nombreux suppléments, grâce à la publication de maints textes inédits. Mais ces nouvelles publications ne changent en rien le caractère général que nous présentait, même au xvi* siècle, et dans Tancien recueil publié parles Aides ^, renseignement des sophistes depuis Denys d'Halicarnasse jusqu'aux derniers siècles de Tempire byzantin. Tous ces maîtres d'éloquence semblent ne songer à former que des enfants pour les succès intérieurs de l'école, ou des sophistes pour les triomphes bruyants de rimprovisation publique. Il y a un personnage que Ton retrouve à peu près le même du premier siècle au quatrième de Tère chrétienne, c'est le déclàmateur, plus ou moins bien doué par la nature du don d'improviser, plus ou moins préparé par de savants artifices à jouer de la parole, comme on jouerait de tout autre instrument devant un auditoire d'oisifs. Sénèque le père a déjà peint ce personnage au temps de l'empereur Auguste.^ Plinele-Jeune nous en trace un charmant portrait dans le rhéteur syrien Isée.' Un siècle plus tard, Philos-
* 2 vol., 1508 et 1509, avec lesquels il faut comparer maintenant les 9 vol. des Rhetores Graeci de Walz, 183i2-36, et les 3 vol. du choix qu'en a fait L. Spengel, 1853-56.
- Voir mon Examen critique des historiens d'Auguste, p^ 137-160; cf. Tivier, De arte declamandi et de romanis decla. matoribus qui priore post J. G. saeculo floruerunt, 1868.
^ Ëpistoiœ, II, 3, où il faut remarquer que le romain Pline parle d'un sophiste qui déclamait en grec.
Irale et Eunape en décriront maint autre dans leurs biographies spéciales des sophistes. Sophistes eux-mêmes, ils traitent avec une complaisance toute fraternelle ces héros de la déclamation, presque toujours distincts des vrais orateurs qui, souvent au barreau, plus rarement dans quelques assemblées politiques, faisaient de la parole un usage vraiment sérieux.
Fronton, le précepteur de Marc-Aurèle, dont nous possédons quelques pages en grec à côté de ses autres écrits en langue latine, semble à première vue faire exception dans cette nombreuse famille de parleurs insouciants de la vie réelle et de tout intérêt patriotique. Sa correspondance avec les deux Césars est souvent d'un philosophe digne de ce rôle d'éducateur d'un prince ; elle nous offre des traits d'une véritable élévation morale * ; mais, à côté de cela, que de puérilités, que de vaines subtilités, même dans les passages où il traite les plus graves sujets ! Et pourquoi faut-il que le maître d'un futur empereur ait un jour perdu son temps à écrire un Éloge de la fumée et de la poussière ?
Un autre précepteur de prince, celui qui eut le triste honneur d'avoir élevé Commode, Julius Pollux, était plutôt un grammairien qu'un rhéteur, si
* Voir plus haut. p..357, note 3.