‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 13 sur 180 · DIVERSES TRAGÉDIES SDR UN MÊME SUJET · texte numérisé non relu

DIVERSES TRAGÉDIES SDR UN MÊME SUJET

Les auteurs ne luttaient pas seulement avec euxmêmes ; ils luttaient aussi entre eux sur le même sujet de tragédie. Nous en avons un mémorable exemple dans les Choéphores d'Eschyle et dans les deux Electre de Sophocle et d'Euripide, dont la comparaison nous montre si bien les inconvénients comme les avantages de ces rivalités poétiques. Eschyle s'empare d'un sujet dramatique, et, sans l'épuiser, y laisse pourtant l'empreinte ineffaçable de son génie. Sophocle y revient après lui pour en tirer un chef-d'œuvre ; mais, en voulant le traiter une troisième fois, Euripide l'altère et lui fait presque perdre sa dignité tragique. Dion Chrysostome,* se donne, par une sorte de fiction, le spectacle que nous ne pouvons plus renouveler aujourd'hui, du Philoctète de Sophocle, comparé avec ceux d'Eschyle et d'Euripide (je ne sais pourquoi il n'y ajoute pas le Philoctète d'Ion)., Le temps nous a conservé V Œdipe- Roi de Sophocle ; les deux Œdipe d'Eschyle et d'Euripide sont perdus ; seulement ce qu'on sait

die, qu'à une composition écrite en concurrence avec une autre déjà en possession de la scène ; et c'est ainsi qu'il rend compte des expressions ttowto; et ^vjzzpoq dans les témoignages anciens sur ce sujet. Son principal, pour ne pas dire son unique argument, c'est que les sujets tragiques ne sont pas, comme les comiques, susceptibles d'être traités plusieurs fois de manières fort différentes. Il paraît inutile de réfuter ici ce paradoxe, qui d'ailleurs a fait peu de bruit en Allemagne.

* Discours ui, morceau que j'aurai l'occasion de citer plus bas.

de ce dernier ouvrage laisse apercevoir les défauts qui défigurent YÉlectre du même poëte. * Mais combien nous aimerions aujourd'hui pouvoir étendre celte comparaison jusqu'aux Œdipe d'Achaeus, de Diogène, de Philociès, de Nicomaque, de Xénoclès, de ce Carcinus, tant de fois livré au ridicule par Aristophane, de ce méchant Mélétus, immortalisé par son accusation contre Socrate, dans lequel il poursuivait, dit-on,^ Tennemi des poètes: nous aurions là, comme en raccourci, toute l'histoire de la scène tragique à Athènes, avec les variations de génie, de talent, de bel esprit et de mauvais goût qui semblent, comme en France, en avoir caractérisé les phases diverses.

La fable de Médée n'avait pas été seulement traitée par Euripide, mais encore par Carcinus, par Diogène, par Dicéogène , par Mélanthius, autre victime des poètes comiques, par Aatiphon, par Hérillus, par Néophron, dont il nous reste une assez belle tirade, enfin par Euripide le jeune ; sans compter les comédies de Straltis, d'Antiphane, de Cantharus, d'Eubulus et de Dinolochus,

* Un auteur français, bien oublié aujourd'hui, songea le premier à restituer, par conjecture, la fable de TOEdipe d'Euripide d'après les fragments assez nombreux qui nous sont parvenus de cette pièce. Voyez : OEdipe, tragédie, par le père Follard, nouvelle édit., Utrecht, 1734, et comparez C.-F. Hermann, Quaestiones OEdipodeae (Marburg, 1837, in-4), cap. i.

* Voir la prétendue lettre d'Eschine, dans les Socratis et Socraticorum epistolœ, 14, p. 20, éd. Orelli.

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