DIVERSES TRAGÉDIES SUR UN MÊME SUJET
qui parodiaient la Médée tragique. De même sur la fable de Penthée et des bacchantes de Thrace les anciens lisaient, outre la pièce d'Euripide, cinq ou six tragédies ; celle qui portait le nom de Thespis, celles d'Eschyle, dlophon, de Chérémon, de Cléophon et de Xénoclès, enfin un nombre égal de parodies par des auteurs comiques contemporains. ^ Il y avait assurément plus d'un Pradon parmi ces rivaux d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide; mais on peut, sans manquer de respect pour les chefsd'œuvre, regretter que pas une de ces mauvaises tragédies ne nous soit parvenue ; elles fourniraient la matière de comparaisons instructives et piquantes.
Les acteurs se mêlent aussi à ces luttes de la muse dramatique. Un ancien biographe de Sophocle prétend que ce poëte composa souvent des caraclëres tragiques pour la convenance de ses acteurs. * Cela dut arriver lorsque l'artiste en valait la peine, et que, ayant souvent prêté son talent au poëte, il avait acquis le droit de lui donner des conseils. C'est pourquoi sans doute Aristophane nous est représenté en grande intimité avec les deux acteurs Callistrate et Philonide.Le même fait
* Voyez la liste des comédies grecques, à la suite de THistoria critica comicorum greecorum d'A. Meineke (Berlin. 1839).
* Le fait est aussi attesté par Afistote dans la Poétique, ^^ chap. IX.
s'est maintes fois reproduit dans Hiistoire des théâtres modernes.
Lesacteursà leur lour, quand une pièce ne convenait pas au caractère de leur talent^, ou quand elle contrariait en quelque point des traditions ou des habitudes toutes-puissantes sur la scène, ne se gênaient pas pour corriger l'œuvre du pot/te, soit de son vivant, soit et surtout après sa mort. * Nous connaissons, par le témoignage des scholiastes, un certain nombre de ces corrections, analogues à celles qu'ont subies chez nous quelques-unes des pièces de Corneille et de Molière. Elles sont loin d'être toujours heureuses ; la plupart d'ailleurs portent sur de minces détails de style, sur des variantes de ponctuation, etc. Il y en a pourtant d'importantes. Ainsi le Rhésus d'Euripide nous est parvenu avec deux prologues, dont Tun, de onze vers, est attribué aux acteurs. ^ ^ > Tous ces remaniements des pièces de théâtre,
\vi^ • '^' ^" nous cherchons la preuve d'une féconde acti-
^ .^ ->^^ vite des esprits et d'une sorte de préparation aux
\ ^^ ' théories de la critique, compromettaient bien sou-
vent, il faut l'avouer, l'intégrité des compositions les plus parfaites. Sans cesse corrigées par ses fils, par ses acteurs, peut-être aussi, quoique moins
j * Richter, De ^Eschyli, Sophoclis, Euripidis interprelibus grsDcis. (Berlin, 1839), p. 21 et suiv. ' Argument grec du Rhésus.