NOTICES SUR LES TRAGIQUES
macédonien, et que le poète, ayant paru le choisir pour objet de ses railleries, ne fût puni pour ce fait. Aussi voyons-nous comme les masques de la comédie de Ménandre ont les sourcils contractés, la bouche contournée, n'ont rien- enfin d'une figure humaine. »
A ces extraits déjà bien informes, qui précèdent dans quelques manuscrits les pièces d'Aristophane, se joignent d'autres lambeaux du même genre, et plus informes encore, où Ton voit comme s'amoindrir et se troubler à travers les siècles, dans les écoles grecques de l'Orient, les traditions de la savante et forte critique constituée par les philologues alexandrins. C'est avec ces misérables débris qu'il a fallu recomposer l'histoire des trois âges de la comédie grecque, histoire à laquelle nous devons rattacher avant tout le nom du célèbre Meineke.*
Il en est de même pour la tragédie grecque : de maigres notices anonymes sur Eschyle, sur Sophocle et Euripide, quelques-unes plus courtes qui sont éparses dans le lexique de Suidas, laissent voir ou parfois attestent l'autorité des anciens critiques, entre autres celle de Didyme le Chalcen-
* Historia critica comicorum graecorum, 1839. Parmi les écrits nombreux qui ont paru depuis sur ce même sujet, je mentionnerai seulement les deux mémoires de M. Denis, Comédie moyenne (1881), Comédie nouvelle (1882), publiés dans les Mémoires de l'académie de Caen, et l'ouvrage de M. G. Guizot : Ménandre, Etude historique et littéraire sur la comédie et la société grecques^ Paris, i855.
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tère*. Mais ici, du moins, T esprit des modernes peut s'appuyer sur le texte parvenu jusqu'à nous, de trente-sept tragédies, tandis que pour le théâtre comique, après les onze pièces d'Aristophane, nous sommes réduits soit à des pages comme celles qu'on vient dq lire, soit à des fragments, innombrables sans doute, mais presque tous bien courts, de pièces perdues.
Toutefois, et pour cette galerie incomplète, il ne faut pas oublier les précieux renseignements contenus dans les scholiastes des quatre auteurs dont nous avons des drames. Les rédacteurs de ces scholies avaient souvent en mains des interprètes plus anciens et mieux instruits. Non seulement ils nous aident à comprendre ou à restituer le texte, mais leurs observations nous font pénétrer dans le caractère des personnages et apprécier certains jeux de scène dont, sans eux, le souvenir aurait disparu. Ce serait un travail méritoire que de recueillir et de mettre en lumière la partie des anciennes scholies qui intéresse directement la critique des drames grecs, et aussi celle des épopées homériques, celle des odes de Pindare, celle d'Apollonius de Rhodes. Un premier essai en ce genre fut tenté en 1785 par Chr.
* M. Rîtter a fait ressortir cette tradition des témoignages dans son recueil intitulé : Dîdymi Cbalcenteri opuscula, Colon,