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réelles, et Ton a fort bien démontré Tutilité de telles notices pour l'histoire des arts \
Tous les versificateurs de cette école sont, à leur manière, avec un talent plus précieux, des rivaux de Yecphrasis sophistique. Philostrate de Lemnos diffère-t-il beaucoup de ces poètes et des élèves d'Herraogène, quand il nous décrit les tableaux d'un musée à quatre étages dans le palais d'un ami dont il était l'hôte sur les bords du golfe de Naples ? Le fait seul qu'une telle question puisse être posée montre que le sophiste songe avant tout, et presque uniquement, à nous charmer par les grâces du style. Dans un court avant-rpropos, il atteste que beaucoup d'autres ont raconté avant lui l'histoire de la peinture, en particulier deux de ses contemporains, Aristodème de Carie, et Eumélos, disciple d'Aristodème, sur lesquels on n'a d'ailleurs aucun renseignement précis. C'est grand dommage qu'à la méthode historique de ces deux auteurs le sophiste ait préféré un genre de descriptions à l'usage du fils de son hôte et des amis de cet enfant ; là-dessus, nul doute n'est possible devant cette formelle déclaration :
a De moi-même j'avais formé le dessein de faire réloge de ces peintures ; mais le fils de mon hôte, un enfant d'une dizaine d'années déjà curieux et avide
^ Voir 0. Benndorf : De anthologie grœcœ epigrammatis quse ad artes spectant, Lipsiœ, 1862.
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d*apprendre^ épia le moment où je visitais la galerie, et me pria de lui expliquer les tableaux. Ne voulant pas lui paraître trop maladroit : « Volontiers, lui dis-je, je commencerai mon explication quand tes jeunes amis seront arrivés. » — Ceux-ci étant venus : « Votre camarade, leur dis-je, posera les questions : c'est à lui que je consacre mon exercice d*interprète. Quant à vous, suivez le commentaire, mais ne vous contentez pas d'approuver ; interrogez, si je ne suis pas assez clair. »
Singulière naïveté d'un sophiste qui se réduit au rôle de cicérone pour satisfaire la curiosité de quelques écoliers ! Ceux-ci n'étant guère soucieux (pas plus que ne le seraient chez nous des enfants du même âge) de savoir le nom des artistes, le temps où ils ont vécu, ce que chacun d'eux peut devoir à ses maîtres. Philostrate n'a pas souci de nous en rien dire. Nous voilà donc retombés, et c*est pour nous une véritable déception, en pleine sophistique, et réduits à chercher ailleurs non seulement des dates et des noms propres, mais les jugements d'un véritable critique sur lés procédés de la peinture, sur ses rapports avec la poésie, sur ses progrès k travers les siècles. Ni la théorie de rimitation telle que Tont comprise Platon et Aristote, ni le caractère distinctif des écoles ne sont éclairés d'un jour nouveau par ces soixante-quatre descriptions qui se succèdent avec la monotonie d'un style ingénieux et raffiné. Des travaux
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récents * me dispensent d'insister sur nos regrets à cet égard et d'accorder à Philostrate plus de place qu'il n'en doit occuper dans le plan d'un Essai sur r histoire de la critique. En résumé, ses descriptions de tableaux ne sont ni ce que nous appelons un livret, encore moins un Salon ^ ni un traité théorique de la peinture, et le sentiment historique est ce qui manque le plus à ce prétendu juge en matière de beaux-arts.
Son homonyme et successeur dans la même famille, celui qu'on désigne d'ordinaire sous le nom de Philostrate le jeune, semble, à première vue, plus curieux d'une érudition sérieuse ; mais on revient vite de cette impression favorable quand on lit la préface qu'il a mise en tête de ses Images. Aussi de ce morceau n'extraîerons-nous que la page suivante, et encore en avouant que plus d'une phrase nous y semble obscure, soit par le mauvais style de Fauteur, soit par le mauvais état dans lequel le texte nous est parvenu :
« ... L'objet de la peinture est des plus beaux et des plus importants ; il faut en effet que celui qui veut arriver au premier rang dans cet art ait parfaitement observé la nature humaine, qu'il soit en état de saisir les différences des mœurs, même sur un visage
* E. Bertrand, Un critique d*art dans l'Antiquité, Philostrate et son école, Paris, ISisi ; A. Bougot, Philostrate l'Ancien, une galerie antique de soixante-quatre tableaux, Paris,
muet, la forme des joues, le caractère des yeux, Texpression des sourcils, en un mot tout ce qui touche à l'état moral. Une fois qu'on sera maître de tout cela, la main pourra représenter au plus juste l'action propre à chacun, un homme fou, par exemple, ou en colère, un homme pensif ou joyeux, emporté ou amoureux; en un mot elle exprimera ce qui convient à chaque caractère. Or, la fraude ici est chose agréable, et l'on ne peut en rougir ; car s'approcher des choses qui n'existent pas, aussi bien que si elles existaient, et s'y laisser attirer jusqu'à les tenir pour réelles (et il n'y a point de mal à cela), n'est-ce pas un charme, et un charme innocent? Or, des auteurs anciens et habiles me semblent avoir écrit longuement sur la justesse du dessin en peinture, donnant pour ainsi dire les lois de la proportion des membres ; on ne peut pas, en effet, exprimer bien exactement les mouvements de l'âme, si l'on ne respecte pas les proportions naturelles dii corps ; car un corps difforme et sans proportion ne comporte pas des mouvements naturels et réguliers. Il suffit de réfléchir pour voir qu'il y a entre cet art et la poésie une certaine parenté, et que l'un et l'autre ont la même manière de concevoir. Les poètes, en effet, mettent sur leur scène les dieux eux-mêmes et tout ce qui a de la grandeur, de la majesté, de la séduction ; ainsi la peinture exprime dans ses tableaux ce que les poètes expriment par le langage. Mais pourquoi traiter à nouveau un sujet sur lequel tant d'autres ont rivalisé de talent ?.. . »
Pour revenir à Philostrate l'ancien, la pauvreté de son livre sur la peinture s'explique trop bien par le caractère de ses deux autres écrits, la Vie du