‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 140 sur 180 · POÉSIE ET ÉLOQUENCE CHRÉTIENNES · texte numérisé non relu

POÉSIE ET ÉLOQUENCE CHRÉTIENNES

hellénique. La tentative semble avoir échoué, et il n'en pouvait guère être autrement : on n'improvise pas une littérature classique par un simple effort de rivalité avec des chefs-d'œuvre produits par plusieurs siècles de travail et de génie*.

Les récits évangéliques mis en vers perdraient une partie de leur autorité pour l'Église sans gagner en séduction pour l'imagination des lettrés : est-il besoin de citer en exemple le pastiche insignifiant que nous voyons encore réimprimé sous le nom de Grégoire de Nazianze, et qui expose en manière de drame la passion du Christ ? De telles compositions n'ont jamais mérité d'être présentées par des maîtres chrétiens aux yeux des écoliers dont on veut former l'âme et le goût.

En un seul genre, il semblait que le christianisme pût sérieusement innover : c'était dans l'éloquence. La, une inspiration nouvelle s'était produite. Pour la première fois, la religion et la morale s'unissaient en un seul enseignement : de que la Grèce n'avait jamais pu faire avec Homère et Hésiode, à moins d'expurger leurs poèmes, à moins de les interpréter souvent contre leur sens naturel, le docteur chrétien tentait hardiment de

* Sur Téducation chrétienne, consulter l'abbé Lalanne, De rinfluence des Pères de FÉglise sur Téducation. Paris, 1850; Tabbé Le Blanc, Etude et enseignement des lettres profanes dans les premiers siècles de TËglise, Pafis, 1852; P. Albert, De poesi christiana quarto postC. N. sœculoy Paris» 1868.

le faire avec les récils de TEvangile. D y fallait bien accepter le miracle et Timposer à la raison philosophique, mais le miracle même avait une intention morale : il exprimait l'acte d*une providence jalouse de purifier et d'élever le cœur de l'humanité. £n ce sens, les apologistes et, après eux, saint Basile et saint Augustin enseignaient une nouvelle rhétorique *; seulement, ces rhéteurs des écoles chrétiennes allaient trop loin dans leur ambition : ils auraient voulu que leurs leçons fussent applicables dans les tribunaux et dans les délibérations publiques, comme dans l'enseignement des catéchumènes ; ils trouvaient dans Aristote et dans ses continuateurs certaines règles sur l'art de mentir, et ils y voyaient une offense directe & la morale '. C'était là une grande méprise, que nous n'avons pas de peine aujourd'hui à rectifier. Peut-on accuser Platon d'autoriser le mensonge oratoire, lorsque, dans le Gorgias, il assigne pour but unique à l'éloquence de démontrer le vrai, de combattre le faux, de servir d'arme à l'honnête homme contre le méchant, et lorsque, par la bouche de Socrate, il démontre aux méchants, avec une merveilleuse force de logique, que toute élo-

^ Â. Sadous, Sancti Augustin! de doctrina christiana libri expenduntur, seu de Rhetorica apud christianos disquisitio, Paris, 1847.

' Saint-Basile, Auxjeunes gens, § 7: Oute yàp h ^ixa<rtï)-

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