‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 142 sur 180 · SAINT JEAN CHRYSOSTOME · texte numérisé non relu

SAINT JEAN CHRYSOSTOME

et menant à Textérieur une vie commune *. » Et la dessus, Fleury nous renvoie à deux témoignages de Saint Jean Chrysostome. Mais bien plus expressives encore sont les pages où ce docteur, dans son traité Du Sacerdoce^, nous expose, avec une rare connaissance du cœur humain et avec un sentiment de tristesse éloquente, les devoirs du prédicateur chrétien, les séductions et les périls dont il est entouré : tantôt, ce sont les exigences de la foule, amoureuse avant tout du beau langage, et que les sophistes ont habituée à aimer le parleur élégant de préférence au moraliste sévère et au théologien ; tantôt, c'est la concurrence ambitieuse et malsaine du prédicateur qui court après la popularité, et qui l'obtient au détriment des véritables succès dignes de sa profession. C'est une lutte perpétuelle entre la conscience du prêtre et la légèreté, quelquefois même la méchanceté d'un auditoire frivole pour qui l'église n'est guère elle-même qu'un théâtre de joutes oratoires. Beau spectacle assurément que celui d'une âme, comme celle de Saint Jean Chrysostome, toujours attentive aux séductions de l'orgueil, toujours tendue à la pensée de Dieu et des sévères obligations du sacerdoce! Il y a là une grandeur que l'on ne peut dire

* Fleury, Mœurs des Israélites et des chrétiens, 4« partie, § \.

* Livre V.

étrangère à l'éloquence philosophique d'un Platon, mais qui prend alors un caractère mystique, un singulier surcroît de force entraînante. A la distance de quatorze siècles, nous retrouvons là quelques traits d'un monde raffiné par la civilisation, d'une société corrompue par l'excès même de son amour pour les arts ; nous retrouvons l'éloquence chrétienne aux prises avec tous les travers, tous les ridicules, tous les vices de nos Français du dix-septième siècle. Dans les pages de La Bruyère sur l'éloquence de la chaire, et dans les dialogués dé Fénelon sur l'éloquence, nous retrouvons le même fond de vérités attristantes et de conseils sévères qui font l'intérêt historique de ces pages écrites par Chrysostome sous le règne de Théodose.

Une autre variété du genre épidictique chez les Grecs est l'oraison funèbre. Les exemples, on le sait, en furent jadis nombreux; mais la théorie ne s'en trouve qu'assez tard chez les rhéteurs, et c'est de là théorie surtout que nous devons nous occuper. Elle tient peu de place au sixième chapitre de la Rhétorique qui porte le nom de Denys d'Halicarnasse ; elle forme le onzième chapitre du traité spécial de Ménandre que nous avons plus haut apprécié d'une manière générale*. Ce chapitre expose minutieusement les règles du discours funèbre, se-

* Voir plus haut, p. 486 et suiv.

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