‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 20 sur 180 · LA CRITIQUE CHEZ ARISTOPHANE · texte numérisé non relu

LA CRITIQUE CHEZ ARISTOPHANE

paraît être, chez lui, encore bien loin de cette décence sans laquelle le théâtre ne ressemble guère à une école de mœurs/ il faut reconnaître cependant que, même à cet égard, Aristophane l'emporte de beaucoup sur ses devanciers. A voir ce qu'il entend par Thonnêteté des fictions et du langage, on ne s'étonne pas que, selon la tradition rapportée par Aristote, la comédie soit originaire de ces fêtes où le phallus était porté dans des processions solennelles, avec accompagnement de chants religieux : il fallait bien du temps et bien des progrès pour passer d'une pareille licence à l'élégante discrétion de Ménandre.

Du reste, il serait fort difficile de marquer aujourd'hui dans les œuvres d'Aristophane un progrès de talent poétique ou de sévérité morale. Il a pris, dès son début, le rôle qu'il conserve jusque dans ses dernières comédies, le rôle d'un moraliste public, défenseur obstiné de la tradition et des mœurs antiques, mais souvent immodeste et grossier dans ses fictions comme dans son langage, parce que tel était le ton de la société contemporaine, et que, pour la corriger, il fallait d'abord la séduire et s'en faire comprendre. Les Détaliens, sa première comédie, qu'il fut obligé de présenter au théâtre soiis un faux nom, n'ayant pas encore atteint l'âge légal pour prendre part au concours,

* Vovez les Grenouilles, vers i055<

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étaient consacrés à honorer les mœurs et le système d'éducation des vieux Athéniens. La scène s'ouvrait par un banquet dans le temple d'Hercule, où Ton voyait réunis^ selon Tusa^e, les parasites, ou convives sacrés du dieu. A la fin du repas, l'archonte leur donnait le spectacle d'une comédie, sorte de fiction que le poète paraît avoir renouvelée plus tard dans d'autres pièces,* et qui rappelle une tragédie célèbre de notre ancien théâtre, le Saint'Genest de Rotrou. Les éloges que se donna plus tard, à ce sujet, Aristophane, dans la parabase de la Paix, permettent de croire que le petit drame inséré au milieu de sa première comédie tournait en ridicule les excès de grossièreté trop communs chez les auteurs comiques du premier âge. On y voyait sans doute quelque Hercule ivrogne et glouton, des esclaves fripons et menteurs roués de coups par leurs maîtres, tout cet appareil enfin de basse bouffonnerie qui charmait les auditeurs de Magnés et de Cratinus. Puis venait une scène du caractère le plus original : un vieillard, père de deux enfants dont il avait élevé l'un à la campagne et fait élever l'autre à la ville, demandait compte à son fils le citadin des leçons de ses maîtres ; et dans ce dialogue, dont il reste quelques vers, trouvait place mainte critique acérée de l'enseignement des rhéteurs et des philo-

* Voyez les fragments du Proaj/on et des comédies intitulées: Apcc/xorra ri NiôêiQ, Apocuara i? Kévraupoç.

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