‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 27 sur 180 · INFLUENCE DE LA CRITIQUE COMIQUE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA CRITIQUE COMIQUE

altéré la trace de bien des corrections de ce genre dans les chefs-d'œuvre de l'antiquité, et l'incertitude des critiques sur ces questions délicates a commencé dès l'école d'Alexandrie. Âristarque, en effet, supposait déjà, sans pouvoir l'affirmer, l'existence d'un prologue du Télèphe d'Euripide, remplacé plus tard par celui qu'il avait sous les yeux. Le poète, dans ce prologue, avait, dit-on, représenté les héros grecs jouant aux dés dans leur camp devant Troie ; et, Aristophane ayant raillé, dans ses Grenouilles^ la trivialité de cette description, Euripide l'avait supprimée*. Au reste, une difficulté analogue et plus grave encore se présente pour VArchélaûs du même poète : composée et représentée en Macédoine, peu de mois avant la mort d'Euripide, cette pièce n'a pas dû subir la critique d'Aristophane, et, au cas où elle l'aurait subie,elle n'aguère pu être corrigée par son auteur'. Nous avons rencontré jusqu'ici bien des discussions, et de fort spirituelles, SUT la poésie et sur la musique ; nous n'avons rencontré aucune théorie régulière des œuvres de Tart. On rapportait ce])endant à Sophocle un traité Sur le Chœur qui est aujourd'hui perdu'. Plutarque attribue à Lasus d'Hermioné, un livre Sur la Musique ; il cite

^ Schol. sur les Grenouilles, v. 1451 ; Eustatbe, sur riliade, p. 1084, 2.

< SchoU sur les Grenouilles» v. 1237, * Suidas, au mot Sophocle^

SOUS le nom de Pralinas un livre Sur la Musique ou Sur les Musiciens ; mais ce Pratînas était-il lé vieil auteur de drames saiyriques, contemporain d'Eschyle, ou quelque autre écrivain homonyme, d'une époque plus récente? Cette dernière conjecture a paru jusqu'ici la plus probable. Il semble aussi qu'Épicharme, le créateur de la comédie savante à Syracuse, ait dû méditer en philosophe comme en artiste sur Tart qu'il pratiquait avec tant d'éclat. « Le premier, dit un ancien témoignage dont la précision même garantit à nos yeux l'exactitude*, le premier il s'appropria, par de nombreuses innovations, la comédie, dont les éléments étaient d'abord épars : sa poésie était surtout riche en inventions, travaillée, sentencieuse.» On lui attribue même d'avoir souvent inséré, dans le cadre de ses drames, l'exposition des dogmes philosophiques de son maître Pythagore, et c'est sans doute ce qui fait qu'Ennius donna le titre à'Épicharme au poème où il résumait les doctrines pythagoriciennes. On voit d'ailleurs, par quelques fragments du poète philosophe, qu'il se mêlait un peu de grammaire, et l'on sait qu'il avait écrit en prose. Tout cela n'autorise pas complètement, en l'absence de preuve positive, à croire

* Anonyme, Sur la Comédie, p. 161 du Recueil de Westermann, Vitarum scriptores Grœci minores (Brunswick, 1845) ; p. XIV de l'édition des scholies grecques sur Aristophane dans la Bibliothèque Firmin-Didot.

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