‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 33 sur 180 · II · texte numérisé non relu

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de même d'Hésiode. Il était donc bien naturel, lorsque la philosophie engagea la lutte avec les superstitions du paganisme, qu'elle s'adressât aux grands poètes comme aux véritables auteurs du mal qu'elle voulait détruire. A ce titre, Homère et Hésiode méritaient l'honneur des premières attaques. On instruisit régulièrement leur procès, ils eurent leurs accusateurs et leurs apologistes. Aujourd'hui les pièces de ce procès, qui dura plusieurs siècles, ont presque toutes disparu ; mais ce qui en reste suffit pour faire connaître la vivacité des débats, la variété des arguments produits de part et d'autre. Nous devons nous y arrêter quelques instants. La raison demandant compte à la poésie des fables dangereuses qu'elle accrédite et des mauvais exemples qu'elle propage, puis dépassant son but et condamnant jusqu'aux plus innocentes libertés du génie poétique, c'est un épisode peut-être, mais assurément un épisode intéressant de l'histoire que nous avons commencée.

Pythagore, selon Hiéronyme, l'un de ses biographes*, étant descendu aux enfers, y avait vu Tâme d'Hésiode enchaînée à une colonne d'airain et gémissante; celle d'Homère suspendue à un

* Dans Diogène Laërce, VIII, 31. Platon, dans leX* livre de la République, p. 600 A, atteste cependant Testime que les Pythagoriciens, en général, faisaient de la poésie d'Homère.

HOMÈRE ET tES PHILOSOPHES 9?

arbre et entourée de serpents : c'était la punition des impiétés dont ces poètes avaient rempli leurs ouvrages. Xénophane de Colophon avait écrit contre la théologie d'Homère et d'Hésiode des vers qu'il récitait lui-même et dont Sextus Empiricus nous a transmis un fragment, où l'on voit Homère accusé de prêter aux dieux de l'Olympe tout ce que les hommes condamnent, le vol, le mensonge et l'adultère. Heraclite n'était pas moins rigoureux ; il voulait qu'on chassât honteusement Homère et Hésiode des fêles publiques*. Une pensée commune se cache sous toutes ces accusations, que Platon a développées avec éloquence et surtout avec les réserves d'une vive admiration pour le génie du poète : c'est le besoin d'épurer et de renouveler la morale en ruinant l'autorité des fables antiques. Mais, avec les fables, la poésie succombait sous l'anathème des philosophes. D'honnêtes apologistes vinrent à son secours. Ne pouvant sauver la lettre d'Homère, on l'interpréta de façon à ménager les deux partis; on chercha sous les vers du poète un sens différent du sens vulgaire, un sous-sens (ùrovoia), comme dit le grec avec une précision difficile à reproduire en français ; c'est ce qui plus tard s'appela V allégorie^^ mot inconnu aux plus anciens philosophes.

* Diogène Laërce, IX, 1.

' Xénophon, . Banquet, III, 6 ; Plutarque, De la manière

Théagène de Rhégium, qui passe pour avoir le premier écrit sur ce sujet*, et le célèbre Anaxagore, au milieu du v® siècle avant l'ère chrétienne, puis Stésimbrote de Thasos et Métrodore de Lampsaque* expliquèrent les fictions étranges dont riliade et TOdyssée sont remplies, en supposant qu'elles servaient de voile soit aux mystères de la physique, soit aux vérités de la morale. Ainsi, pour eux, le combat des dieux au vingtième chant do riliade n'était que le symbole d'une lutte entre les éléments du monde physique ou bien entre les vices et les vertus. Apollon, disait Théagène, est opposé à Neptune, comme le feu à l'eau; Minerve à Mars, comme la sagesse à la folie ; Junon à Diane, comme l'atmosphère terrestre à la lune ; Mercure à Latone, comme la raison ou l'intelligence à l'oubli. Métrodore* soutenait, en général,

d'écouter les Poètes, chap. iv. Cf. Lobeck, Aglaophamus, p. 156.

* Scholiaste de Venise sur l'Iliade, XX, 67. Cf. Eusèbe, Préparation évang., X,2; schol. d'Aristoph. sur la Paix, v. 928, sur les Oiseaux, v. 822.

* Xénophon, Banquet, III, 6 ; Platon, Ion, p. 530 ; Diogène Laërce, II, 24 ; scholies de Venise sur l'Iliade, XV, 193. — Ce Métrodore pourrait bien n'être que le disciple d'Epicure dont il sera question plus loin ; il serait alors d'une date beaucoup plus récente que ces premiers interprètes d'Homère. Cependant il faut remarquer que Métrodore est déjà cité dans Vlon de Platon, à moins qu'on ne voie dans cette citation même une preuve que Vlon est l'œuvre de quelque Platonicien plus moderne.

* Tatien, Discours contre les GentDs, eh. xxi, p. 262, éd. 1742.

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