HOMÈBE ET LES PHILOSOPHES
que Junon, Minerve et Jupiter ne sont pas ce qu'imaginent ceux qui leur élèvent des temples ; que ce sont des substances physiques, des agrégats de matière ; et que tous les héros grecs et barbares sont des créations symboliques du même genre; Agamemnon, par exemple (c'est le seul trait particulier qui nous reste de ce système), était une image de Tair*. Certains interprètes recouraient à l'astronomie, étendant à tous les personnages mythologiques le rapport évident qu'offrent certaines légendes païennes, entre autres celle d'Apollon, avec l'histoire du ciel et les révolutions planétaires *. Non content de personnifier dans Jupiter l'intelligence ordonnatrice du monde^ Anaxagore voyait dans les flèches d'Apollon les rayons du soleil ^ Une fois engagé dans
* Hésychius, au mot Agamemnon,
* Voyez la longue scholie, déjà citée, sur Tlliade, XX, 67, p. 533, b, 13 (éd. Bekker), morceau qui se retrouve dans les Allégories homériques d'Héraclide, p. 479 des Opuscula mythologica de Th. Gale.
> Tzetzès, sur Tlliade (publié par G. Hermann à la suite du Traité de métrique de Dracon), p. 67, 94, 105. Cf. Lobeck, Aglaophamus, p. i57. Peut-être quelques débris des explications d'Anaxagore se retrouvent-ils dans le petit ouvrage publié pour la première fois en i531, avec le Banquet de Xénophon, par Obsopœus, puis à Stockholm en i678, puis à Leyde en 1745, par J. Columbus, avec une traduction latine et des notes, sous ce titre : ^Enirofto^ ^tîjyijertç «te t«ç xocô* "Opïjpov 7r>ficvaçT0v 'O^uo'O'swç /xrra nvoç QiùnpiKqijBtxcûripKq yt^oTrovijQsto'a xalrô /x09ov ffadpôv, ùq oI6v rc, Gepa^sOouo'a, t^ç tûv àvoyivcao*xôvTcjv ivsAsrj u^sXs^aç. M. Westermann l'a compris dans sa collection des Scriptores mythicœ historiœ grœci (Brunswick,
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celle voie périlleuse, on ne savait pas s'arrêter. Les faits les plus simples et les plus naturels étaient défigurés par de ridicules interprétations. Ainsi, dans la description de la loile de Pénélope, on imagina un jour qu'Homère avait tracé les règles de la dialectique : la chaîne représentait les prémisses ; la trame, la conclusion ; et la raison avait pour symbole la lumière dont Pénélope éclairait son ouvrage*.
Cette déplorable méthode reçut, dans les écoles grecques, surtout chez les stoïciens, des développements plus puérils encore, s'il est possible, que les traits que nous en avons cités. Erreur pour erreur, mieux vaut encore l'opinion à laquelle le célèbre Évhémère a depuis attaché son nom, quoiqu'il n'en ait peut-être pas eu la première idée. Supposer que Jupiter et tous les dieux de l'Olympe furent des rois et des princes, bienfaiteurs de l'humanité, divinisés après leur mort par l'admiration et la reconnaissance, c'était se tromper sans doute, mais c'était altérer moins profondément le caractère primitif de la mythologie grecque. Après les
1843). Au reste, le rédacteur de cet opuscule paraît être un chrétien, à juger par quelques expressions comme celle-ci : rà Tfjq erapxôç ôp^iQtiKTK, qu'on trouve au chap. viii. Cf. S. Basile, Delà Lecture des livres païens.
* Scholies sur l'Odyssée, II, 104, interprétation dont l'auteur n'est pas nommé, mais suit évidemment la méthode d'Anaxagore, s'il n'est pas Anaxagore lui-même. Cf. V. Cousin, Fragments philos., t. I, p. 321-350 (éd. 1847).