DÉCADENCE DES RHAPSODES
répopéo était toute la science des Hellènes, lorsqu'on ne récrivait pas ou qu'on récrivait peu, et que ses divines productions passaient d'école en école ou plutôt de famille en famille, les fils d'Homère ne transmettaient pas seulement son œuvre, ils la continuaient ; ils étaient encore des disciples d'Apollon et de la Musc. Cinéthus de Chio, le dernier et le plus illustre de cette génération, passait pour auteur de V Hymne à Apollo7i que nous lisons encore et que Thucydide regarde comme un poème d'Homère. Mais, au temps de Socrate, toute poésie et toute science ne sont plus renfermées dans l'épopée ; il y a des auteurs dramatiques, des lyriques, des moralistes, qui se sont partagé le domaine poétique d'Homère ; il y a des philosophes qui prétendent expliquer mieux que lui les choses divines ; il y a des historiens qui se disent mieux autorisés que les poètes à recueillir la tradition des faits pour la postérité ; et quant aux vers mêmes de cette poésie révérée, il y a des copistes pour en assurer la transmission mieux que ne fit jamais la meilleure mémoire de rhapsode. Tout maître d'école, à Athènes, possède au moins un exemplaire de llliade et de l'Odyssée *, et tel père de famille fait apprendre par cœur ces deux poèmes à son fils*. Dans cette transforma-
* Plutarque, Vie d'Alcibiade, chap. vu.
' Xénophon, Banquet, III, 5.
tion du monde, quel rôle reste donc au rhapsode? celui de panégyriste officiel du poète, qui n'en a pas besoin, ou celui de bon déclamaleur. C'est une déchéance fatale et qui ne serait que triste, si les prétentions surannées dlon et de ses confrères ne la rendaient ridicule. La rhapsodie vivra encore plusieurs siècles : nous trouvons jusque sous Tempire romain des concours de rhapsodes ^ ; mais ce n'est plus là qu'une espèce de déclamation théâtrale. La révolution qui s'est opérée en Grèce entre le temps de Pisistrate et celui de Périclès a porté à l'antique rhapsodie un coup dont elle ne peut se relever.
{ 2. De la critique chez les sophistes et les rhéteurs. ^ Premiers essais de rhétorique et de grammaire*
Selon son biographe Diogène Laërce, le célèbre Démocrîte avait écrit, entre autres ouvrages, des livres Sur le Rhythme et l'Harmonie^ Sur la Musique^ Sur la Beauté des vers (ou peut-être des chants épiques), Sur Homère et sur la correctioii du langage^ Sur les Chants des aèdes ^ Sur les Verbes, Sur les Mots, Sur les Lettres rudes ou douces à prononcer^ Sur la Peinture, enfin Sur PHistoire. S'il fallait croire à ce témoignage, nous aurions dans le philosophe abdéritain un profes-
^ Boeckhy Corpus Inscr. graec, n. 1585, 22H*