LA CRITIQUE CHEZ DÉMOCRITE
seur déjà presque accompli de haute critique et de grammaire. Malheureusement, en Tabsence d'autres preuves, on incline à penser que Diogène, dont la négligence est connue, aura souvent confondu, dans cette liste, les ouvrages du vieux Démocrite avec ceux de quelque grammairien homonyme plus moderne, ou bien qu'il aura pris pour authentiques des œuvres de faussaires. Toutefois Dion Chrysostome * et Clément d'Alexandrie ' rapportent deux jugements de Démocrite qui ne seraient pas déplacés dans une dissertation sur le poème épique : « Tout ce que le poète écrit avec enthousiasme et sous le souffle divin est trèsbeau. » — « Homère, doué d'une nature vraiment divine, a construit un édifice poétique aussi régulier que varié. » Quelques observations éparses dans un scholiaste de Flliade ^ semblent montrer que Démocrite ne s'était pas borné à ces généralités philosophiques, et qu'il avait aussi commenté Homère en grammairien. L'une de ces observations porte sur le sens d'une épithète, les trois
* Discours un. M. Ed. Mûller (Histoire de la Théorie de TArt chez les anciens, t. I, p, 21) rapproche avec raison de ce témoignage celui de Cicéron (Orator, xx, 67) sur le caractère tout poétique du style de Démocrite.
* Stromates, VI, 18, fin. Cf. Cicéron, De la Divination, I, XXXVII, 80; De TOrateur, II, xlvi, 194 ; Horace, Art poétique, V. 295.
8 Scholies de Venise, VII, 390 ; XI, 554 ; XIlI, 137 ; XXIV, 315,
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autres sur des détails d'histoire naturelle. D'un autre côté, Proclus, dans ses notes sur le Cratyle de Platon, attribue à Démocrite d'avoir produit, le premier, Topinion, devenue depuis si célèbre, que les mots sont imposés aux choses d'une façon tout arbitraire : 8e<;£i, opinion qui s'accorde avec la théorie, d'ailleurs connue, que professait Démocrite au sujet de la vérité des choses*. Ces divers rapprochements, il faut l'avouer, ajoutent quelque poids au témoignage de Diogëne Laërce. Sans l'accepter tout entier à la lettre, on peut croire que le philosophe d'Abdère, outre ses profondes spéculations sur la nature, s'était fort occupé de la science du langage et des questions philosophiques qui s'y rattachent, et celte vraisemblance se change presque en certitude quand on voit les mêmes questions agitées par les disciples et les successeurs immédiats de Démocrite*.
L'un des plus illustres, qui était aussi son compatriote, Protagoras, comprenait formellement,
* t In profuudo veritatem esse demersam ; omnia opinionibus, omnia institutis teneri. » Cicéron, Academica, 1, 12. Cf. II, 10.
* Pour les détails qui vont suivre, consultez surtout le livre, cité plus haut, de M. L. Spengel, et celui de M. Lersch, La Philosophie du Langage chez les anciens (en allem.^ Bonn, 1838-1841), où les témoignages sont recueillis et discutés avec beaucoup de soin. — A ces mentions je puis me permettre d'ajouter celle de mon ouvrage sur Apollonius Dyscole, Paris, 1854, 8o.