PLATON
toute dramatique pour se jouer dans les distinctions subtiles, pour exagérer certains arguments, pour couper court à une discussion embarrassante, au moyen de quelque plaisanterie, et pour se retirer d'un débat sans conclure ; en un mot, il a, ou, ce qui est plus vrai, Platon a, sous son nom, des opinions de circonstance et des ruses de dialectique à travers lesquelles il est souvent difficile de | retrouver le fond sérieux de sa doctrine. Heureusement ces difficultés ne touchent pas aux principes généraux du Platonisme. La critique platonicienne en particulier, dans ce qu'elle a de plus original et de plus élevé, se rattache à la grande j^ ^c^t-^^ théorie des idées et de la réminiscence. On la trouve ^ \<,cvv*J^^ exposée dans plusieurs dialogues avec une clarté * ' qui ne permet ni le doute ni l'incertitude. Comme d'ailleurs Tordre chronologique des ouvrages de Platon est trop peu déterminé pour nous permettre de tracer une histoire de ses doctrines, rien ne nous empêche de suivre ici un ordre tout rationnel et de commencer par la métaphysique do Tart, ^ ' pour descendre de là aux développements et aux t. applications secondaires*.
* Entre autres écrits sur le même sujet, nous renverrons au livre d'Arn. Ruge : L'Esthétique de Platon (en allem. Halle, 1832) ; à la thèse de M, Em. Burnouf : Des principes de TArt d'après la méthode et les doctrines de Platon (Paris, 1850) ; et au livre de M. Ch. Levôque : La science du beau (Paris, 186i).
Dans le système de Platon, toute notion qui ne vient pas directement de Texpérience et de l'observation dont nos sens sont les organes, a une ori- I gine^ supérieur^ à nous, antérieure à notre vie ' présente. Quand une de ces vérités nous apparaît, on devrait dire qu'elle reparaît. Notre conscience Tavait seulement oubliée, elle la reconnaît : c'est une empreinte que l'âme a jadis reçue et qui redevient sensible par la réflexion*. L'âme en effet n'est immortelle que parce qu'elle existait avant cette vie. Avanjt^son alliance avec le corps qu'elle habite aujourd'hui, elle vivait dans le monde des purs esprits, face h face avec la beauté^ la bonté .^etlavérité suprêmes^ unies en la personne de Dieu. Puis, à travers de niystérieuses migrations, elle a rencontré cette prison où nous la voyons maintenant enfermée, ^ce tombeau du cor£S^' où elle gémit, ces organes à qui elle communique une sorte de vie, mais qui tombent en dissolution et en pourriture quand elle les abandonne. Jadis, dans ce monde éthéré, que nos sens n'aperçoivent pas, l'âme, légère de toute sa pureté, avait des ailes qu'elle agitait avec bonheur et qui la portaient sans peine au trône de son souverain maître. C'é-
* Voyez surtout le Ménon, et, sur Torigine pythagoricienne de ces idées, l'Examen d'un passage du Ménon, par V. Cousin (Fragments philosophiques, p. 144, éd. 1847).
* 2>5|xa-(rwaa, jeu de mois intraduisible en français, et sur lequel ont souvent insisté les philosophes platoniciens.