‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 45 sur 180 · PLATON. — LA RÉMINISCENCE · texte numérisé non relu

PLATON. — LA RÉMINISCENCE

tait comme ces anges créés par Timaginatioa des peintres chrétiens et qui n'ont du corps humain que la partie supérieure, la tête pour comprendre Dieu et le cœur pour Taimer, avec deux petites ailes blanches pour fuir la terre et planer au plus haut du ciel. Ici-bas, les ailes de Tâme sont captives sous une lourde enveloppe de matière ; vainement elles frémissent et veulent sortir ; chez le vulgaire des hommes, elles ne le peuvent jamais ; quelques êtres privilégiés ont seuls ce bonheur : ce sont les poétesses philosophes et les parfaits amants. Quand une image de cette beauté divine dont nous portons en nous le^souvenir et le regret, se présente à nos yeux dans quelque belle créature, alors notre âme se rappelle plus vivement le lieu de délices d'où elle est exilée. « Une chaleur divine fait gonfler la tige de ses ailes qui s'eff'orcent do percer...; elle est dans le plus grand travail, elle s'agite avec violence et ressemble à Tenfant dont les gencives sont irritées par les efforts que font les premières dents pour percer. En effet ses ailes commençant à naître, lui font éprouver une chaleur, un agacement, un chatouillement du même genre. » Mais alors aussi commence pour Tâme un terrible combat. Dans son alliance avec le corps, deux instincts contraires la sollicitent et la tourmentent, deux instincts que Platon compare poétiquement à des coursiers : a Le premier, d'une

noble contenance, droit, les formes bien dégagées, la tête baute, les naseaux recourbés, la peau blancbe, les yeux noirs, aimant Thonneur avec une sage retenue, fidèle à marcher sur les traces de la vraie gloire, obéit, sans avoir besoin qu'on le frappe, aux exhortations et à la voix du cocher. Le second, gêné dans sa contenance, épais, de formes grossières, la tête massive, le col court, la face plate, la peau noire, les yeux glauques et veinés de sang, les oreilles velues et sourdes, toujours plein de colère et de vanité, n'obéit qu'avec peine au fouet et à Taiguillon. Quand la vue d'un objet propre à exciter l'amour agit sur le cocher, embrase par les sens son âme tout entière et lui fait sentir l'aiguillon du désir, le coursier qui est soumis à son guide, dominé sans cesse, et dans ce moment même, par les lois de la pudeur, se retient d'insulter l'objet aimé ; mais l'autre ne connaît plus ni l'aiguillon ni le fouet; il bondit emporté par une force indomptable, cause les plus fâcheuses disgrâces à l'autre coursier et à son guide, et les entraîne à la poursuite d'une volupté toute sensuelle. » Ce sont ainsi de longs et laborieux combats, jusqu'au moment où l'âme, ce guide spirituel de la vie, triomphe pour toujours de ses grossiers désirs, et n'adore plus dans la beauté terrgstiie que la souveraio^ perfection dont elle est le reflet sensible. Cet état calme et glo-

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