‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 46 sur 180 · PLATON. — LA RÉMINISCENCE · texte numérisé non relu

PLATON. — LA RÉMINISCENCE

rieux à la fois s'appelle extase et enthousiasme ; les modernes Tont appelé amour platonique et Ton v sait quel rôle il a joué dans le spiritualisme chrétien de la chevalerie ^ Platon en a fait quelque chose de plus grand et de plus fécond encore ; c'est pour lui le principe commun de la philosophie et de la poésie. Cf^snotimiis^cgs axiomes généraux que rexpérience jie,.^ut nous,jaBprendj:e, sont la vérîte^lïBsoIue, Tidéejjire, Tobjet de la science par excellence. « Le propre de l'homme, dit Socrate dans le Phèdre, est de comprendre le gêné- \/ rai, c'est-à-dire ce qui, dans la diversité des sensa- ^^ ^

tions, peut être compris sous une unité ration- \^^^^ nelle. Or c'est là le ressouvenir de ce que notre âme a vu dans son voyage à la suite de Dieu, lorsque, dédaignant ce que nous appelons improprement des êtres, elle élevait ses regards vers le seul être véritable. Aussi est-il juste que la pensée du philosophe ait seule des ailes ; car sa mémoire est toujours, autant que possible, avec les choses qui font de Dieu un véritable Dieu... L'homme qui fait un bon usage de ces précieux ressouvenirs, participe perpétuellement aux vrais et parfaits mystères, et devient seul véritablement parfait. Détaché des soins et des inquiétudes de ce monde, uniquement attaché aux choses divines, la multi-

^ Saint-Marc-Girardin, Cours de Littérature dramatique (t. II, 1849), leçons xxxv et xxxvi.

tude riiivilo à être plus sage ouïe traite d'insensé ; elle ne voit pas qu'il est inspiré *. » La même pensée se retrouvera plus tard, sous la célèbre allégorie de la Caverne, au septième livre de la République : Des hommes sont enchaînés au fond d'une caverne qu'éclaire seulement un feu lointain ; et là ils ne voient que les ombres de ceux qui vivent sur la terre, ils n'entendent qu'un écho affaibli de leurs voix. Arrachez un de ces malheureux à l'obscurité de sa prison, faites-lui contempler le spectacle du monde. Quand ses yeux, d'abord éblouis, se seront habitués à la véritable clarté des astres, quand ils auront embrassé l'harmonieux ensemble des phénomènes célestes, supposez qu'on le ramène dans son ancienne demeure, en vain il portera témoignage des merveilles qu'il vient de voir, on ne le croira pas, on traitera d'illusions maladives les brillants souvenirs qu'il apporte d'un autre monde. Eh bien, la prison souterraine, c'est l'univers visible; le feu qui brille dans l'ombre, c'est notre soleil ; le captif qui monte sur la terre et dont les yeux s'ouvrent à de nouveaux spectacles, c'est l'âme qui s'élève jusqu'à la souveraine

* Il y a encore dans cette partie de la théorie platonicienne des emprunts à la philosophie de Pythagore. Voyez V. Cousin, Antécédents du Phèdre (Fragments philosophiques, p. 126) ; Stallbaum, De Primordiis Phaedri Platonis (Leipsig, 1848), p. 14 ; Krische, Sur le Phèdre de Platon (en allem. Gôttïngue, 1848), p. 61,

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