PLATON. — LE DÉLIRE POÉTIQUE
intelligence, la philosophie en un moi, telle que Tont tant de fois méconnue les peuples ignorants, telle que naguère Athènes Timmolait dans la personne de Socrate.
Ces idées qui sont le vrai, sont aussi le beau par excellence ; sans elles il n'y a pas de poésie. Qu'elles descendent du ciel dans Tâme du poète par une faveur des dieux, qui est Uinspiration ; ou 1 ^v>i "^^^ ' '-^'^^'''^ que le poète, par la force de Textase et de Ten- i thousiasme, s'élève à leur source divine pour s'en \ l*^ a^-^nourrir et pour les faire passer dans son œuvre ; cesera, sous deux form*^» f^î^ér^ntes un seul et même principe. Dans le Phèdre, où il nous présente cette admirable allégorie de Textase, Platon définit aussi par une influence céleste le génie du poète; distinguant plusieurs espèces de délire, il dit : « Le délire qui est inspiré par les Muses, quand il s'empare d'une âme simple et vierge, qu'il la transporte et Texcite à chanter des hymnes ou d'autres poésies et à embellir des charmes de la poésie les hauts faits des anciens héros, contribue puissamment à l'instruction des races futures. Mais sans cette poétique fureur, quiconque frappe à la porte des Muses, s'imaginant à force d'art se faire poète, reste toujours loin du terme où il aspire, et sa poésie froidement raisonnable s'éclipse devant les ouvrages inspirés. » Et dans l'/o/i* il
* Voyez l'Argument de V. Cousin en tête de ce dialogue.
développe complaisamment cette théorie de Tinspiration :
« Gomme la pierre magnétique non-seulement attire les anneaux de fer, mais leur communique la vertu d'attirer à leur tour d'aulres anneaux, en sorte qu'on voit quelquefois une longue chaîne de morceaux de fer et d'anneaux suspendus les uns aux autres, qui tous empruntent leur vertu do cette même pierre ; ainsi la Muse inspire elle-même le poète ; celui-ci communique à d'autres l'inspiration, et il se forme comme une chaîne inspirée. Ce n'est pas en efTet à l'art, mais à l'enthousiasme et à une sorte de délire que les bons poètes épiques doivent tous leurs beaux poèmes. 11 en est de même des bons poètes lyriques... Ils nous disent que c'est h des fontaines de miel dans les jardins et les vergers des Muses, que, semblables aux abeilles et volant çà et là comme elles, ils cueillent les vers qu'ils nous apportent, et ils disent vrai. En effet, le poêle est un être léger, ailé et sacré. Il est incapable de chanter avant que le délire de l'enthousiasme arrive ; jusque-là on ne fait pas de vers... Or comme ce n'est point l'art, mais une inspiration divine qui dicte au poète ses vers et lui fait dire sur tous les sujets toutes sortes de belles choses..., chacun d'eux ne peut réussir que dans le genre vers lequel la Muse le pousse...; autrement ce qu'ils pourraient dans un genre, ils le pourraient également dans tous les autres. En leur ôtant la raison , en les prenant pour ministres, ainsi que les prophètes et les devins inspirés, le dieu veut par là nous apprendre que ce n'est pas d'eux-mêmes qu'ils disent des choses si merveilleuses, puisqu'ils sont hors de leur bon senSj