ARISTOTE. — ŒUVRES DE PHILOLOGIE
gine des sciences et des arts, détails qui ont bien pu être rassemblés sous ison nom par quelque érudit des siècles suivants.
5** Catalogues des vainqueurs (aux jeux d'Olympie, de Delphes, de Tlsthme et de Némée); œuvre modeste, mais neuve alors, et dont on appréciera l'importance si Ton songe que les noms de ces vainqueurs servaient à marquer les années chez les historiens, et que ces catalogues formaient pour eux un véritable instrument de chronologie ^ La chronologie en effet n'est guère devenue qu'après Aristote une partie de la science historique chez les Grecs.
&" Aristote avait aussi réuni, sous le nom de DidascalieSj ce qu'on pourrait appeler les registres des concours soit dramatiques, soit lyriques, qui avaient lieu dans les fêtes de Bacchus : les vainqueurs y figuraient avec les titres de leurs ouvrages, souvent avec quelques renseignements accessoires sur leur biographie et sur Torigine des fables qu'ils* avaient traitées. C'est de ce livre d' Aristote et de ceux que composèrent d'après lui des érudits alexandrins, que découlent presque toutes les notions que nous retrouvons soit dans les compilateurs, soit dans les manuscrits, en tête
^ Voyez sur cet ouvrage et sur les deux suivants la collection des fragments historiques d' Aristote, dans le volume II des Fragments des historiens grecs^ publiés par C. MuUer (Bibliothèque grecque F. Didot).
des pièces de théâtre, sur la date des représentations. Tordre des concurrents, etc.
7" Les trois livres sur les Poètes n'étaient, pour ainsi dire, que la continuation et le développement des Didascalies. Il en reste à peine huit fragments qui font vivement regretter la perte d'un tel ouvragé. C'est là qu'Aristote soutenait qu'Orphée n'avait jamais existé: c'est là qu'il jugeait Empédocle comme poète, après l'avoir jugé ailleurs comme philosophe. Entre autres détails sur l'école de Socrate, il y disait que Platon ne fut pas l'inventeur du dialogue socratique* et qu'un certain Alexamène de Téos donna le premier exemple de ce genre d'écrits. Comme Hérodote, il attribuait au célèbre Arion de Méthymne l'invention du dithyrambe et Thonneur d'avoir fondé les chœurs cycliques ou chœurs de satyres chantant les louanges du dieu Bacchus. On peut juger à quelles minuties descendait sa curiosité par un extrait du deuxième livre, que nous a conservé Macrobe : Euripide avait représenté, dans son Méléagre, des chefs étoliens partant pour la guerre avec le pied gauche sans chaussure ; Aristote soutient que c'est le pied droit qu'il eût fallu dire pour exprimer fidèlement les usages d'Étolie. Bien autrement cré-
* Voir mon mémoire intitulé : Socrate et le dialogue socratique (Annuaire de l'Association pour l'encouragement des études grecques, année t879}.
HOMONYMES d'aRISTOTE 185
dule au sujet d'Homère qu'il ne Tétait au sujet d^Orphée, ou plus complaisant pour les fables dont la naïveté populaire entourait cette grande mémoire, Aristote transcrivait une longue et puérile légende sur la vie du chantre ionien. On a douté qu'un tel esprit ait pu accepter de tels contes ; mais outre qu'il n'est pas évident qu'en les transcrivant, il y attachât la moindre créance, ceux qui ont eu ce scrupule connaissaient peu les autres écrits d' Aristote : ils y auraient trouvé maint contraste du même genre. Il est vrai qu' Aristote eut dans Tantiquité plusieurs homonymes : l'un natif de Cyrène, qui écrivit sur la Poétique \ un autre qui avait écrit sur l'Iliade; un troisième, grammairien obscur, qui avait laissé un traité sur le Pléonasme^ : des ouvrages de ces écrivains ont donc pu se glisser parmi ceux de leur devancier. Il est vrai aussi que bien des faussaires ont abusé de ce nom illustre pour accréditer de mauvais livres. Gardons-nous cependant de repousser comme apocryphe tout ce qui nous semble peu d'accord avec la majeslé trop idéale que notre admiration prête au Stagirite : ses chefs-d'œuvre les plus authentiques offrent souvent de graves erreurs et des traits de mesquine subtilité. Rien ne peut mieux, ce me semble, nous préserver d'une telle défiance, que les excès où sont tombés
1 Diogène Laërce, V, 35.
quelques critiques modernes dans l'examen des écrits aristotéliques ^
S^ S'il faut en croire un témoignage de Strabon*, Aristote aurait appris aux rois d'Alexandrie à former des bibliothèques. En tout cas, il paraît certain que Démétrius de Phalëre, l'un des continuateurs de la science aristotélique en littérature, prépara par ses conseils la formation de la bibliothèque d'Alexandrie *.
9** Après avoir fondé la chronologie et l'histoire littéraire, il restait à fonder la science de l'interprétation, la cnVtçt/e, comme l'ont appelée quelques auteurs, rapportant cet honneur encore au Stagirite\ Tel est l'objet des nombreux commentaires qu'il avait écrits sur Hésiode, Homère, Archiloque, Chœrilus, Euripide. Il les intitulait Doutes ou Problèmes ('A7ropY)(jt.aTa), parce que, en effet, il posait d'ordinaire des questions sur chaque passage difficile et présentait ensuite une ou plusieurs solutions, laissant au lecteur le soin de décider. Nous ne
* Val. Rose, De Aristotelis librorum ordine et auctoritate commentatio (Berolini i854), ouvrage dont la doctrine se retrouve neuf ans plus tard dans VArUtoteles pseudepigraphus^ cité plus haut, du même auteur.