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AtllSTOTE. -^ PHILOSOPHIE DES ARTS 205

lui-même allusion dans un passage de sa Morale à Nicomaqiie *) ; 2*^ Sur le Plaisir^ dont le fond se retrouve encore aujourd'hui, selon toute apparence, dans la Morale ; 3** Sur la Musique, dont Plutarque nous a conservé quelque chose dans son livre sur le même sujet ; 4** Sur la Diction ou Sur la Diction pure, correcte (Ilgpl Ag|6<oç ;taOap3cç),qui pourraient bien n'être que des extraits de la Poétique et du troisième livre de la Rhétorique, comme les ouvrages que les mêmes catalogues intitulent : Sur la Philosophie et Sur le Bien^ se retrouvent dans la Métaphysique, comme le livre De V Amitié se retrouve dans la Morale, comme le livre Sur F Education se retrouve dans la Politique; 5* Sur les Tragédies, livre dont on peut dire la même chose que des précédents ; 6* Sur la Voix (Ilepl ^(ov^ç); T Sur les éléments [de la voix?],(n6pl STotj^g{<ov) Straités qui, avec celui du Langage, avec le troisième livre de la Rhétorique et les derniers chapitres de la Poétique, auraient complété une série d'études sur la parole humaine et sur les arts dont elle est l'instrument. Quelques chapitres des Pro-

' I, 12 : Ta o'ffyxûpca tmv spy&iv ôuoifit»; xal ràv vciiixoeTixàv xa& Tûiv if»u;rtxfl!>v. 'AA^à Tavra |xîv eTw; oixttôrtpov Ï^Ks/LOi^O'rj TOtç Trsoî TV. kyxMutoi irtTzo'jriy.ivotq»

* Voyez, sur ce sujet, les Problèmes, livre XI, où sont consignées beaucoup d'observations intéressantes. Comparez un de ces morceaux traduit dans mes Observations sur le développement de rintelligence et du langage chez les enfants, p. 24 de la 4o édition, 1883.

blêmes nous laissent voir qu'Arisiote avait étudié avec soin le langage, comme signe éminent de notre supériorité sur les bêtes, et qu'il avait amassé sur ce sujet beaucoup d'observations intéressantes.

Nous sommes arrivés, après un long détour, au livre Ilepl IloiTjdeo); ou Ilepl IIoiy)tix^ç qu'Aristote atteste lui-même avoir composé, et que citent d'autres écrivains anciens. Ce livre est perdu aujourd'hui, ou du moins nous n'en possédons qu'une partie dans la célèbre Poétique tant de fois imprimée, traduite et commentée depuis quatre siècles. En effet, les citations dont je parle sont loin, comme on va le voir, de se retrouver toutes dans ce dernier opuscule.

Dans sa Politique ^^ en parlant de l'influence que la musique peut exercer sur les mœurs, et, à ce propos, de la purification ou de la purgation des passions (nous en parlerons plus bas), Aristote ajoute : « Ce que nous appelons purification, nous le disons simplement ici ; nous y reviendrons plus expressément dans la Poétique. » Or, le seul passage de notre Poétique où se lise le mot en question (c'est la définition de la tragédie), est beaucoup plus court que celui de la Politique. En deux endroits de la Rhétorique^, l'auteur renvoie au

* Livre VIII (V, selon la division adoptée par M. Barthélémy-Saint-Hiiaire), dernier chapitre.

LA POÉTIQUE d'aRISTOTE 207

même ouvrage pour la distinction des diverses espèces de ridicules : il n'y a encore là-dessus qu'une ou deux lignes dans notre Poétique, à propos de la comédie.

Deux autres renvois de la Rhétorique ' à la Poétique, au sujet du style propre à la poésie, des mots propres et des métaphores, peuvent à la rigueur convenir au chapitre vingt et unième du petit livre que nous lisons aujourd'hui ; mais la définition des synonymes, que Simplicius nous a conservée*, ne s'y retrouve plus. Il est donc certain qu'Aristote avait écrit star la poésie un ouvrage plus étendu que la Poétique qui porte son nom : c'est probablement l'ouvrage en deux livres qui, dans les Catalogues anciens, est intitulé : Traité de HArt poétique, npayjxaTeïai tI;^vy)ç ttoiyîtixyî;.

S 4. De la Poétique, de son authenticité, de sa date et de sa place parmi les écrits d'Aristote.

Si notre Poétique est différente de celle qu'Aristote a citée et que lisait encore, au v* siècle de

* III, 1 et 2.

' Commentaire sur les Catégories, p. 43 a, 1. 12, éd. Brandis : *0'A|3tO'TOTsXïîç 8v T« Wi^\ notïjTtxi^ç (Tuvwvv^a siTTSv givat &iv 7r^8(fii> jxcv Ta ovo/xocra, Xôyoç ^* 6 «vtoç, ota ^ii lort rà 7ro^u(ûvL»u«, t6 ts ^eÛTTtov xaè rô éjxaTcov xal tô ^âpoç. Et un peu plus bas : "EvÔa ^\ inpï rà; nlsio'jq f(ayàç "h (riroxt^ii xal rfiv TiokitBL^'C ÉxaoTO'j 6yo|xxa'(av, ûtrirsp h 7u Uspï IIoojtcx^ç xai T&> rpiTtu ïlipVVriTopt7(.f3q (chap. ii) roO rrtpou o^>v&>vO|xou ^eô/xeda.

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l'ère chrétienne, un commentateur grec du Stagirite, peut-elle être considérée comme une partie de ce grand ouvrage? est-elle authentique?

A la première question nous pouvons répondre : de deux choses Tune : ou bien la Poétique est un brouillon incomplet, une ébauche destinée à recevoir des additions et des corrections nombreuses que Tauteur n'a jamais faites, ou qu'il avait faites dans une autre rédaction, celle dont Texistence est attestée par les témoignages que nous citions tout à rheure ; ou bien la Poétique est un extrait du grand ouvrage d'Aristote sur le même sujet, extrait fait par une main très inhabile, peut-être même d'après quelqu'un de ces manuscrits du philosophe qui, longtemps conservés dans les caves des héritiers de Nélée, n'en sortirent qu'à moitié détruits et illisibles. On sait, en effet, quelle fut la singulière fortune des manuscrits d'Aristotc après sa mort, et, si cette mort qu'on peut dire prématurée, explique beaucoup d'irrégularités choquantes dans la composition de ses derniers ouvrages, on attribue aussi sans invraisemblance une partie de ce désordre aux altérations matérielles qu'avaient subies les manuscrits originaux avant de parvenir entre les mains des grammairiens éditeurs*.

* Sur ce sujet, outre le livre de M. Stahr déjà cité, voyez M. Ravaisson, Essai sur la Métaphysique d'Aristote^ t. I

Quant à la seconde question, elle n*a guère pu être posée que de nos jours. Au temps où Aristole régnait dans les écoles et où les érudits étaient familiarisés par de continuelles lectures avec ses idées et son style, qui eût songé à douter que la Poétique fût tout entière du même auteur que la Rhétorique et queVOrganon? Aujourd'hui, puisque des doutes se produisent, sinon sur l'ensemble de Touvrage, au moins sur des paragraphes isolés et même sur d'assez longs chapitres, avant de pousser plus loin notre étude il faut d'abord résumer les témoignages et les observations qui établissent selon nous avec évidence l'authenticité de la Poétique*

Ne nous arrêtons pas aux témoignages qui montrent seulement qu'Aristote avait traité de la poésie dans un livre spécial*, ou à ceux qui font vaguement allusion soit aux divisions de la poésie qu'on trouve aujourd'hui dans le premier chapitre, soit aux recherches sur le langage qu'on trouve dans les derniers. Mais un des plus savants interprètes d'Aristote, Alexandre d'Aphrodisias, renvoie pertinemment au chapitre xxv où est exposée la cor-

(1837), p. 3-3J, et l'Examen critique du môme ouvrage d'Aristote par Ch. L. Michelet (i836), p. 5-16; comparez E. Essen, La cave de Scepsis, recherches sur la destinée des écrits aristotéliques (en ail., Stargard, 1866, 4»).

* David l'Arménien, Commentaire sur les Catégories, p. 25 ; Boèce, Sur le traité du Langage, p. 290; et les biographes anonymes d'Aristote.

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rection d'Hippias de Tha»os sur un passage de ^Iliade^ Thémistius critique en propres termes les assertions du chapitre iv, relatives aux progrès de la tragédie; seulement il parait y avoir lu, au sujet de Thespis, quelque chose qui manque aujourd'hui dans le texte*. Le compilateur auquel on doit le recueil de scholies sur Tlliade publié par Yilloison, nous fournit un indice plus précieux encore et qui jusqu'ici a, je crois, échappé aux éditeurs de leL Poétique. Dans sa note sur le 73* vers du deuxième chant de Tlliade, au sujet de la résolution que prend Agamemnon de tenter les Grecs par un faux conseil en les engageant à la fuite, ce scholiaste consigne la remarque suivante :

* Sur les Réfutations des Sophistes, c, 4 (p. 299, 643, éd. Brandis) : *E7ri^topOoîîTat ^e toOtov; Iv rô Tlzpï OotïjTizigç, w; aùrôç 'AjotffTOTAîjç iv tç 'PijToptx^ fin^ïv 'limiccç ô OeÉTtoç. Passage évidemment altéré, mais facile à corriger, puisque le sophiste Hipplas n*est pas nommé dans la Rhétorique, tandis que sa conjecture sur le texte d'Homère se retrouve préciséipent dans la Poétique. Voyez Ritter, Préface de son édition de la Poétique, p. xv.

* Disc. XXVI, p. 382, éd. Dindorf : 'AX>m xal ii o-tfAv^^ zpaytù^ioL ueroLitTitTrii ô^ov rii ç txsuiq; xal toû ;^0|Sov xai Tcâv v7rox|0(Tàv TrapsAîjAyôsv st; zà ôsarpov, xal oy Trpoo'e^^oasv 'AptoToreAst (Poét,, c. iv) Sri TÔ tih TrpfiiTov ô X^P^^ ù^tûv ft^sv «t; toùç Ôsouç, ©ecTTiç âe irpôXoyov ts xal pijdiv sÇeûjoev, Ato";^ûXoç âï rptrov OiroxpiTiQv xal ôxptêovTa;, rà ^k 7r).sî«i> rouT(uv lofoyùiéovç ccjtt~ "koLxtdKtisv xal EijpiKi^o\j, Trois autres citations, d'Ammonius (sur le traité du Langage, p. 99), de Philoponus (sur le traité de TAme, p.l28), d'Hermias (sur le Phèdre de Platon, p. iil), recueillies par M. Ritter, sont faites en termes trop vagues pour qu'on en puisse rien conclure de certain.

« Comment Agamemnon peut-il tenter ainsi les Grecs et s'arranger de façon qu'il arrive presque le contraire de ce qu'il voudrait ? D'ailleurs Tempèchement qui survient pat* le fait de Minerve est un effet de machine (à,rôî.y.xav>i;). Or, il n'est pas régulier en poésie de dénouer [une intrigue] par dautres moyens que ceux que fournit la fabl^ même. »

Puis il ajoute : « Mais Aristote dit que c'est chose poétique d'imiter ce qui est dans^l'usage, et [que?] c^est le propre du poète de mettre en scène des situations pleines de dangers. Or, Agamemnon, après la retraite d'Achille, ne pouvait conihiire à la bataille les Grecs découragés, sans avoir d'abord éprouvé leur ardeur; d'ailleurs, il s'est assuré d'avance de l'opposition que feront les principaux chefs à son projet de départ, ne songeant pas que

les Grecs les prendraient au mot Ainsi le poète

a jeté son auditeur dans tine douloureuse incertitude. Le revers qui menace et le succès qui arrive ensuite sont d'un effet tragique ; c'est de la part du poète, un beau tmilde génie. Le dénoûment d'ailleurs n'est pas un effet de machine, car il n^ a pas machine lorsque les choses se passent selon la vraisemblance ^ même si un Diefu intervient en surplus, etc. * »

Or, on lit dans le quinzième chapitre de la Pod-

* Comparez la note sur le vers 156.

tique : « Il est évident que le dénoûment doit sortir de la fable même et non pas être un effet de machine, comme dans la Médée [d'Euripide], et, dans riliade, ce qui concerne le départ des Grecs ; il ne faut se servir de machines que pour ce qui est hors du drame. » Les interprètes ont torturé à plaisir ce passage. Ils ont supposé, Tun, qu'il y était question de la Petite Iliade^ qui comprenait en effet une description du départ des Grecs après la prise de Troie ; Fautre que Tallusion se rapportait à quelque tragédie d'Eschyle sur le même sujet. Mais la première partie du texte que nous venons de traduire lève tous les doutes à cet égard et ne permet plus que deux suppositions : ou bien Aristole avait dans les Problèmes homériques jugé cet épisode de TUiade exactement comme il est jugé dans sa Poétique ; ou c'est à ce dernier ouvrage que le scholiaste empruntait le jugement qu'il a discuté. Dans les deux cas, Tauthenticité de ce petit livre s'appuie désormais sur une preuve de plus.

Au sujet des vers où Homère nous représente les lances des Grecs fichées en terre par la pointe pendant les heures de repos, le même scholiaste transcrit la note suivante de Porphyre : « Cette position des lances parait une faute ; plus d'une fois, pendant la nuit, la chute d'une lance a jeté le trouble dans un camp. Aristote résout la difficulté,

en disant qu'Homère se conforma toujours aux

usages anciens ; or, les anciens Grecs faisaient

précisément comme font encore aujourd'hui les

barbares*. » Au xxv* chapitre de la Poétique ^ nous

trouvons le même vers cité, et l'auteur observe (c que c'était l'usage des anciens, comme c'est

encore Tusage des Ulyriens. » On peut citer un troisième exemple de cet accord entre les extraits des Problèmes dans le commentateur d'Homère et le texte actuel de la Poétique^. Enfin, il n'est pas indifférent de remarquer que, dans le chapitre xix de la Poétique, l'auteur renvoie expressément à sa Rhétorique, où Ton trouve, en effet, les développements auxquels il se réfère.

Mais, dira-t-on, cette citation de la Rhétorique peut aussi n'être que le fait d'un faussaire habile. D'ailleurs, tous ces rapprochements entre divers ^ chapitres de la Poétique et des témoignages soit d'Aristote lui-même, soit d'autres écrivains, ne défendent pas les autres chapitres du soupçon d'interpolation. Cela est vrai. Tenons même pour insuffisante l'autorité des manuscrits, dont l'un

» Iliade, X, 153.

' Scholies sur riliade, X, 252. Rîtter a signalé les deux derniers exemples, p. 265 de son Commentaire ; mais ce rapprochement ne Tempêche pas de supprimer comme interpolé tout le chapitre xxv de la Poétique. Il est vrai que, suivant en cela Topinion d'un grave critique (K. Lehrs, De Âristarchi studiis homericis, p. 227), il tient pour apocryphes les prétendus Problèmes homériques d'Aristote.

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cependant remonte au xi" siècle % et qui tous placent l'ouvrage en question sous le nom d*Aristote. Reconnaissons que le texte des manuscrits a pu être altéré. Alors, pour retrouver le véritable Aristote, il faudra : soit transposer certaines parties du texte, comme Font fait Heinsius, au xvn* siècle, avec, une hardiesse peu discrète, puis en 1802, avec beaucoup plus de réserve, G. Hermann, enfin, en 1822, Yalett, dont l'édition est une véritable refonte de l^opuscule aristotéliques soit, en conservant Tordre des chapitres, y retrancher tous les passages où Ton croit reconnaître la main d'un faussaire, ce qui est. la méthode de Ritter dans son élégante édition publiée à Cologne en 1839. Dans ce dernier. cas, les interpolations se démontrent : l"" par la contradiction du texte avec d'autres écrits tout à fait authentiques du' même auteur, ou avec les opinions qui lui sont expressément attribuées par d'autres écrivains de l'antiquité ; 2*" par des incohérences de doctrine entr« les diverses parties du même livre ; 3° enjin par

' C'est le ms. no 1741 de la Bibliothèque nationale de Paris.

' Aristotelis De Arte poetica liber in de re tragica commentationem revocatus (Goslar, 1822), M. Henri Martin propose SLUSsi et discute, surtout d*après Hermann, une division des chapitres plus rationnelle que celle des manuscrits (Analyse critique de la Poétique d*Aristote, Caen, 1836). M. Hartunga pris les mêmes libertés dans son ouvrage intitulé : Doctrines des anciens sur la poésie, comparées avec celles des meilleurs critiques modeimes (en allem., Hamburg et Gotha, 1844).

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