MÉTAPHYSIQUE DU LANGAGE
mules, divisée en une série de traités dont chacun a ses limites et tient sa place dans l'ensemble d'une vaste théorie de la nature et de Tesprit humain. On rencontre, il est vrai, plusieurs notions relatives à la haute critique répandues dans les divers ouvrages d'érudition el de littérature dont nous avons parlé plus haut; et dans la Métaphysique^ la Politique^ la Morale^ où il nous faut aujourd'hui les chercher, la Poétique ne nous étant parvenue que fort incomplète ; cependant ce dernier ouvrage devait certainement contenir, selon la pensée de Tauteur, toutes ses idées sur la poésie, et comme tel, il avait sa place à côté de la Rhétorique, Aristote a marqué lui-même, avec la brièveté excessive qui caractérise souvent ces résumés de leçons adressés à un auditoire intime, le lien qui unit Tart oratoire et Tart poétique à la partie des sciences philosophiques vulgairement comprise par les modernes sous le nom d'Organon ; c'est au quatrième chapitre du livre sur le Langage :
« La proposition est une énonciation significative et complexe, dont chaque partie séparément exprime une idée, mais non une affirmation ou une négation. Par exemple, le mot homme exprime quelque chose, mais sans affirmer que ceci est ou n'est pas ; pour qu'il y ait proposition il faut ajouter un moih homme,,. Toute proposition n'est pas jugement, mais seulement celle qui implique erreur ou vérité. Or cela n'a pas toujours lieu. Par exemple, un souhait (c'est-à-dire
une proposition optative) est une proposition, mais qui n'est ni vraie ni fausse ^Laissons de côté ces formes de langage dont f examen appartient à la Rhétorique et à la Poétique ; l'objet de la présente élude (c'est-àdire de la logique) est la proposition-jugement, »
Ces dernières lignes sont caractéristiques, et l'importance, je crois, n'en a pas été assez remarquée. Ainsi, au sommet de la science, Aristote place la métaphysique, qui traite de Fètre par excellence et des premiers principes ; par les Catégories et le traité du Langage il nous conduit à Y Analytique ou démonstration du vrai par les infaillibles procédés du syllogisme ; puis vient, dans les Topiques^ Tart de connaître et de démontrer le vraisemblable en tant que vraisemblable c'est-à-dire Tart du dialecticien. Puis, comme le dialecticien peut prétendre donner pour vrai ce qui n'est que vraisemblable (et alors il s'appelle sophiste), dans les Réfutations Aristote nous apprend les principaux moyens de résoudre ces sophismes . Jusqu'ici il n'est question que de procédés rationnels ; toutes les phrases analysées se réduisent à des propositions-jugements , à ces propositions
* 'ATToyavTtxôç Sï ou Tràç, à).À' Iv w tô à^ijGsûetv ^ ^t\i$i9^tx.i vndpy^gt, Oux Iv dcTracrt âe ùndp^Bij otov ii e'j)(ii ^ôyoç pÉv, à^V oÛTg oCknBinÇj ovre ipsy^ïj ç. Voyez le commentaire d'Ammonius sur ce passage, et les premières lignes du commentaire d'Alexandre d'Aphrodisias sur les Topiques, où l'on retrouve quelque chose de la comparaison que fait ici Aristote.