‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 70 sur 180 · MÉTAPHYSIQUE DU LANGAGE · texte numérisé non relu

MÉTAPHYSIQUE DU LANGAGE

auxquelles nos langues classiques consacrent la forme du verbe appelée Tindicatif. Mais que la proposition renferme un vœu, un commandement ou une condition ; que l^idée qu'elle exprime ne soit plus une conception absolue, mais contingente, mêlée au sentiment et à la passion, ce qui dans le langage se marque par l'emploi des modes autres que rindicatif, alors la proposition n'appartient plus à la logique. La parole qui persuade, non par le raisonnement seul, mais aussi par Témotion, par la peinture des mœurs, c'est l'éloquence : Torateur est dans les assemblées publiques et les tribunaux ce que le dialecticien est dans les discussions de l'école : la Rhétorique est le pendant de la Dialectique *, et, comme telle, se range de plein droit à la suite de cette dernière. Après Téloquence viendra la poésie qui n'est, elle aussi,! qu'une manière d'instruire les âmes en les char- | mant ; la Poétique fermera donc le cercle de ces théories qui comprennent toutes les facultés rationnelles et créatrices de l'esprit humain S Pour

^ Rhétorique, I, 1 ; passage habilement commenté par M. Rossignol dans le Journal des SaVants, septembre ^842.

^ Voilà sans doute pourquoi les anciens commentateurs comprenaient dans rOrganon.la Rhétorique et la Poétique (Barthélémy Saint-Hilaire, de la Logique d' An stote, t. II, p. ii9;. Ces rapports de l'Organon avec la Rhétorique et la Poétique sont aussi l'objet d'une thèse de M. Fortool : Aristotelis Logice, Rhetorice, Poetice, quibus utantur communibus princi piis (Lyon, 1840).

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232 HISTOIRE DE LA CRinQUE. CHAP. III, § V

achever l'élude de rhomme il ne restera plus qu'à analyser sa vie morale, son rôle dans la famille et dans TEtat : c'est l'objet de X Ethique^ de V Economique et de la Politique.

Mais toute la différence de l'éloquence et de la poésie, comparées à la logique, se réduirait-elle donc à la différence des propositions qu'elles emploient ? Non sans doute, et Ton aurait tort de s'arrêter à cette stricte conséquence des distinctions établies dans le traité sur le Langage. La logique est une science plutôt qu'un art ; la rhétorique et la poétique sont des arts. Aristote ne le démontre pas formellement, mais cela ressort avec certitude de son ingénieuse théorie sur la science et l'art, que nous allons maintenant exposer.

L'intelligence (Siàvoia) a, selon Aristote*, trois fonctions distinctes : la fonction contemplative, Ja pratique , la créatrice (^ïoiyjtiîcy)). La première est celle qui nous met en rapport avec le vrai absolu, avec la réalité qui ne peut être autrement qu'elle n'est conçue par l'intelligence ; contempler cette vérité suprême, c'est la sagesse, le plus noble exercice de nos facultés, l'état le plus indépendant de tout besoin physique, le bonheur le plus parfait que comporte l'humanité ; c'est presque un bon-

* Voyez Métaphysique, Vi, { ; Vil,7; Morale à Nicom., VI,4; comparez M. Ravaisson, Essai sur la Métaphysique, t. I, p. 250 et suiv., p. 442 et suiv.

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