‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 71 sur 180 · F0>'CT10NS DE LJNTELLIGENCE · texte numérisé non relu

F0>'CT10NS DE LJNTELLIGENCE

heur divin. Mise en rapport avec les objets que notre âme désire ou qu'elle repousse, qu'elle aime ou qu'elle hait, Tintelligence éclaire notre volonté pratique (Trpoaipsçi;), en détermine les mouvements, et devient ainsi la cause de nos actes (wpàïgiç) ; elle répond, en morale, à la vertu qu'on appelle prudence ((pp6vy)çi;), qui est le guide de la vie, qui fait les hommes habiles à gouverner leur famille ou l'État. Ce n'est déjà plus une science, parce qu'elle n'a pas pour objet, comme la contemplation, une vérité absolue, immuable, nécessaire, mais quelque chose de variable selon les lieux et les temps. Ce ïi^est pas non plus un art, car le propre de l'art, c'est de créer ; l'acle qui a pour objet quelque chose de différent de lui-même, qui n'est point à lui-même sa propre fin, est proprement une opération de l'art (7:o(y)<7i;).En d'aulres termes, et pour laisser parler Aristote * :

« Ce qui peut être autrement qu'il n'est, est un fait de création ou d'action ; créer et agir sont deux choses différentes (et sur ce point Tauleur renvoyait, pour plus de détails à ses discours exotériques), de sorte que la faculté d'agir avec réflexion diffère de celle de créer avec réflexion ; Tune des deux n'implique pas ]*autre : l'action n'est pas création, la création n'est pas action. Si l'architecture est un art et une faculté d'agir avec réflexion, s'il n'y a pas d'art qui ne soit une telle faculté, ni de telle faculté qui ne soit un art,

* Morale à Nicom., VI, 4.

Tari [proprement dit] peut se définir la faculté de créer le vrai avec réflexion. Tout art a pour office d'engendrer, ^'inventer, de chercher les moyens de produire une chose qui pouvait être ou ne pas être, et dont le principe se trouve dans l'être créateur, non dans l'objet créé. Car il n*y pas d'art des choses qui existent ou qui naissent nécessairement, ni des choses que produit la nature, ces choses-là ayant en elles-mêmes leur raison d'être. Or, si créer et agir sont deux facultés différentes, l'art dépend nécessairement de la première, non de la seconde. On peut dire, à quelques égards, que l'art et le hasard ont môme objet, selon ce mot du poète Agathon :

L*art aime le hasard et le hasard aime Tart.

Ainsi l'art est comme une faculté de réaliser le vrai avec réflexion ; l'incapacité contraire (ocTsxyia) réalise le faux avec réflexion dans les choses qui peuvent être autrement qu'elles ne sont. »

Sous la sécheresse de cette analyse, que j'ai voulu reproduire aussi fidèlement qu*il m'était possible, il y a un sens profond : la définition du génie poétique nest pas explicite encore, mais « réaliser le vrai (et Ton sait combien, pour Platon et Aristote, le vrai et le beau sont identiques l'un à Tautre) gar unecréfi^onrai^^ n'est-ce pas pré-

cisément l'office du poète? L'artiste, en effet, ne diffère-t-il pas du savant en ce que Tun tire vraiment son œuvre de lui-même et y attache davantage sa propre personnalité, tandis que l'autre ne fait que mettre en lumière une vérité indépendante en

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