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* XII, 25, i : UocpaTÙTiCtôi «ort (otypa^oeç rotç «ttô twv «va- [«ca] yjixsvwv GuA«X6>y TrotovfAÉvoe; ràç «Troypattccç. La restitution, «va [<rî<ra] y|xey&>y, au lieu de àva|xefAey|xév6>v conjecturé par A. Mai, paraît certaine, et le passage se trouve ainsi nous fournir un témoignage unique, je crois, de cet usage dans les ateliers des peintres grecs,
326 HISTOIRE DÉ LA CRltlQUK. CHAP. III, § IX
événements, surtout les causes naturelleis, et nie recourir que faute de mieux à l'intervention dé la fortune et des dieux *. Là dessus, Polvbe croit sincëremeiit inaugurer une méthode douvelle qùll décore d*iin nom particulier, TrpâyjxxTixY) l<7Topta, appliquant à cette méthode un mot employé jusque là simplement pour désigner la connaissance ou la pratique des affaires '. Au fond, ce n'est pas autre chose que le raisonnement qui recherche et met en lumière la cause des actions et des événements humains. Hérodote et Thucydide, le dernier surtout, avaient-ils piratiqué aUtremehl les principes de rhistoirc philosophique ?
Aprèé cela, faut-il s'arrêter aii conseil iquc Pôlybe nous doiihe, de suspendre de temps à autre la narration par des résUmés des grandes scènes historiques pour en dégager le sens moral et pour préparer Tintelligehce des récits qiii voiit suivre^? Ce conseil est très sage, coriime celui de varier Texpositioil des faits par quelques digressions opportunes et instructives*. C'est une liberté dont il use largement, dont il abuse même jusqu'à faire parfois perdre patience à tel de ses coitimentàteurs
« XXXVn, 4 ; V, 31 ; Xï et XIV au commencement.
* Voir (je Vriea ; de Historia Polybii pragmatica, Leyde, 1843. Cf. Daunou, Cours d'Etuc(es historiques, tome XH^S^ leçon, p. 89 et suiv., Paris, 1846.
* XXXIX, au commencement.
POLYBÉ. — ik MÉTHODE. 327
qui s'écrie à propos d'aîie de ces dissertations : * Digrëssio longa, prollxa^ graecanica. i Nous sottimes en général disposés à plus d*indulgetice, quand de tels morceaux nous apportent sur leé institutions et sur les mœiirs des peuples observés par Polybe maint renseigiiëttieiit utile, et qiie nous chercherions vainement ailleurs. Tel élàit tout son sixième livre, consacré à lin réstttrié de Thistoire de Ronie et de sa constitution, livre dont une partie contient une précieuse description du camp romain. Expliquer les triomphe^ rëcehts dé la république rotnàihe par les talents et le caractère de seé grands hommes, par l'analyse de ses lois séculaires, de sa constitution militaire, civile et religieuse, c'est faire à ptoptement dire la philosophie de Thistôire. Bossuët, Saint-Évremohd et Montesquieu, ont là, chez Polybe, un devaiibief et un maître, dont ils ont justement apprécié les leçons. Mais, prise dans son ensemble, la méthode historique de Polybe ne justifie pas, il faut l'avouer, ses prétentions à Toriginalité. D'ailleurs, ra|iplication qu'il en fait n'est pas èxemj5te d'inconséquèncfes ; l'auteur, qUi se montré' âî sévère contré labiis deiâ harangues fehëz ses devàriciet*s, est trop complaisant lui-même à en fabriquer quand il manque de documents oratoires qu'il puisse transcrire au cours de son récit; et pourtant, il atteste lui-n^ên^e l'existence de tel de ces doeu-
ments, par exemple, du discours prononcé et publié par Astymède de Rhodes dans sa première ambassade auprès du Sénat romain ^ Mais on ose à peioe reprocher à Polybe un tel abus, quand on songe qu'il faisait pour ainsi dire loi dans les écoles, et qu'on le reirwivera pratiqué jusque chez lois annalisles hftmiiîns.
Efr résumé, Polybe garde, malgré ses inconséquences une place considérable parmi les historiens qui ne se sont pas bornés au rôle de simples narrateurs, et qui ont voulu joindre la théorie à l'élude d'une science et à la pratique d'un art si difficiles. Maid, pour l'élévation des vues et pour leur justesse, pour Ténergique précision du langage, la préface de Thucydide reste bien supérieure à tout ce que l'antiquité grecque nous a légué sur ce sujet.*
{ 10. Analyse et examen des principes de la Poétique dans Arlstote. Sixième et dernière partie : de la langue et du style.
Aristote ne fut jamais ni ui# poète ni un orateur de profession : la science était son véritable génie. Dans Texposition des vérités scientifiques, il est
« XXX, 4, § 10 et suiv.; cf. XXXI, 6, § 1er.
* Consulter sur Polybe en général K.W. Nitzsch : Polybius, histoire de la politique et de Tiiistoriographie ancienne (en ail.), Kiel, i842, et, en particulier, Fustel de Coulanges : Polybe ou la Grèce conquise par les Romains, Paris^ 1858.
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écrivain habile, ingénieux, parfois éloquent* ; tout cela moins par le calcul de Tart que par la force même de la pensée. Outre les belles pages dont nous avons cité plus haut quelques exemples, il sème souvent dans ses plus arides analyses des traits vifs et pittoresques, qui colorent heureusement la sévérité habituelle de son style. Ainsi, « entre le mari et la femme, les enfants sont un lien (ou une chaîne)'. » — Pour accomplir le bonheur, il faut plusieurs conditions, « car une seule hirondelle ne fait pas le printemps, non plus qu'une seule journée'. » — « Le plaisir complète Tacle et l'achève en venant s'y ajouter, comme la fleur à la jeunesse*. » — Les troupeaux sont
* L'auteur des courts jugements Sur les Philosophes, qu*on trouve parmi les œuvres de Denys d'Halicarnasse, ajoute à ces qualités du style d'Âristotela clarté; nous avons vu plus haut dans quel sens cet éloge est admissible : Uapalnitriov ^e xal ^Apircorekii etç jxtu^QO'ty Tigç t« ntpt Triv g|9/xiQyeéav ^civôtisto; xal T^ç vafTiVeiaç xai roû ii^éoç xoù TroXujxaOov;. Cf. Barthélémy Saint-Hilaire, Sur la Logique d'Âristote, I, p. 53, où les trois témoignages de Cassiodore, d'Isidore et d'Âlcuin ne sont que des traductions d'un jugement conservé en grec par Suidas: 'O 'Ap(9TOTs)ï3; tiq; ^ûo'soiç ypoctAUQCxsùç jv, Tov xocXa]:AOv àiroêpi- ^&>v tii voûv.
* Ixtv^etTiioq T« T« va (Morale à Nicom., VIII, 14).
' Mt« yàp )^slii6iv sap où irouï, où^s jxta iiyiépa (Morale à Nicom.,I, 7). C'était un proverbe qu'on retrouve dans Zenobius, V*, 12; dans les Proverbes métriques, v. 701 ; dans Julien, lettre 59, où M. Heyler cite les deux textes précédents, mais n'a pas connu celui d'Âristote, qui est évidemment le plusancien.
* Tzkztol ^t Tigv cvgp^ttov ii ii^ovii wç iirtytyvôixivôv ti rùoq, elov rot; àx/xaéot; ii (ûpa (Morale à Nicom., X, 4).
« comme un champ vivatil que cultive le nomade*.» — Leë nations guerrières « perdent leur trempe dans la paix '. » — « Voilà pourquoi la justice peut paraître la preniière des vertus, et ni l'étoile du ^oir, ni celle dii niatin n'ont un aussi admirable ëciàl*. » — Maïs on peut dire qiie ceis traits lui échappent plutôt qu'il ne les recherche, et que son uniqilé âmbilion est de se faire Comprendre ^ Pour cela, oh vieht de Voli* qu'il ne fait pas certaines comparaisons poétiqiies. Âihsi que faisait Platon^ il les emprunte quelquefois à la langue des arts plastiques. Un cohipàlHote de Lysippe et d'Apëlles vivait efa familiarité joùrhilîère avec \ei œuvres dés artiâtéâ ; il en cônhàisi^ait au môiiis les procédés, et les termes en usage dans les ateliers. Cest ainsi qu'on rencontre fréquemment chez ces deux philosophes dès indications précieuses sur la technique de la statuaire et de la peinture ^ D'ailleurs, stlr des sujets telà qiie cétix qu'il
yîov Çûcflcv ytiwpyoùvTgç (Politique, I, Ô). ,
^ T)Qv yûp ^afïiv à^eôêo'cv, ôlténep 6 ffi^iipoç, etpiQVigy âyovrgç (Politique, yin, i4).
' Atà ToiJTO noWoixt i npaTivTm tûv «psrâv thaï ^oxtt ij ^ixatO'? on)v)3, xa| oyP' ivnspoi oOQ' s'ûo; oiiro) éau^affrôç (Morale à Nicomaqu^, V, 3).
^ M. E. Mavet a Onement signalé ce caractère du Stagirite dans ^a ti)èse sur la Rhétorique d'Aristote (1843).
5 Voir les exemples réunis par M. È. Bertrand : De pictufa et sculptura apud veteres rbetores (Paris, 1881^ S% p. i9, note.
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traite, et poiir les idéeâ nouvelles qu'il veut exprimer, comme la langue grecque ne lui fournit pas toujours lés inots et les tourn lires dont il a besoin, Aristolé alors se permet d'ilmovfer, liriàis c'est avec' . line singulière dîscréiidh^ Danà sa Morale, par exemple, oÛ il place chaque vertu comme iin riioych terme entre àéni extt'êrheà, les hfiots lui ihàtiquéril souvent pour nomiftter le moyeh terme ou Tun des deux extrêmes ; alors il signale cette indigence de là langue, mais il ri*essâyé pas d'y remédier*. Il excelle surtout à circonscrire par dés définitions précises le sens dés mois déjà en tjsàgc, et bcs ôiivrkges àbôhdènt, â cet égard, eh retiàeiglieinerits précieux que négligent trop les lexicographes modernes ; le cinquième livre dé sa Métaphysique est aihsi consacré à définir les {jriricipaùx termes dô là scienée ; et, dàfas le deiixième livre dé la Rhétorique, les seize premiers chapitres sont également
* Exemple^ : les adjectifs cxc^vivoç, dans la Métaphysique, VI, 7; Vn, 7; yt^oTotoùToç, dans la Morale, ï, 8; le célèbre substantif iv7i^^;^sca^ qui résume toute la théorie d*AHstote sur l'âme ; parmi lès tournures particulières, le tô ivi itvat et le to T^ -^v sivae, sur lesquels on peut lire uii excellent mémoire de Trëndelenboiirg dans le Rheinisches Muséum de 1828, t. il, p. 457484. La langue d'Àriètote d'à encore été que bien rarement et sur peii de points étudiée avec cette érudition él cette rigueur de méthode.
* tîfc-ol jiVv ouv ^ô^ovç x«l G«/d^i] ùv^psin LtiaÔTïjç* twv ^'
X, T, X. — 'Avwvvjxot ^k x«i oct iiet^ivitif îrÀnv iç toù ytAoriaov fàoTLuioL (Morale à Nicom., Il, 7 et passim).
pleins de définitions précises mêlées à la description des passions et des caractères.
Quand il passe de la métaphysique et de la logique à Téloquence, Aristotc sent bien que l'art d*écrire n est pas tout entier dans ces règles d^exactitude auxquelles il Ta borné jusqu'ici. « Le langage qui ne montre pas Tidée, ne fait pas son office ^ » La première qualité du langage est donc d'être clair ; mais ce n'est pas la seule. Les hommes sont faibles, ignorants, grossiers ; il faut leur plaire, il faut les séduire pour les éclairer et pour les corriger. L'auditeur d'un discours a besoin qu'une action intelligente et animée ajoute à Teffet des paroles. Ces paroles mêmes ont une double valeur et par le son qu'elles produisent et par le sens qu'elles expriment ; le choix des figures et des tours harmonieux n'est donc pas chose indifférente. Aristote gémit de ces nécessités '; mais il s'y résigne
* '0 ^oyo;, sàv iiii ^li^oî, ov Trot^o'et ro sovrov spyov (Rhétorique, III, 2).
' Rhét., m, 1 : « Il faut lutter avec les faits ; tout le reste est accessoire, et cependant a beaucoup d'importance à cause de la perversité des auditeurs. Le style a bien quelque chose de nécessaire dans tout enseignement ; car il n'est pas indifférent, pour démontrer, de parler d'une façon ou d'une autre. Mais tout cela n'est pas non plus de grande conséquence ; c'est pur plaisir d'imagination, pour flatter l'auditeur; mais personne ne s'aviserait d'enseigner ainsi la géométrie. » Le père André, dans son charmant et solide Essai sur le Beau, où il sacrifie un peu trop Platon aux Latins et à saint Augustin, et où il néglige complètement notre philosophe, le traduit pour ainsi dire, sans s'en apercevoir, quand il écrit (Troisième discours.