DE LA CRITIQUE EN GRÈCE APRÈS ARISTOTE
1 1 . Première période : les péripatéticiens, les stoïciens, les épicuriens, écoles d'Alexandrie et de Pergame, auteurs divers, Denys d'Halicarnasse.
Platon avait eu dans Aristote un successeur et un rival digne de lui. Après Aristote, l'histoire de la critique ne nous offre plus que des œuvres secondaires, dont souvent même il ne reste que les titres ou de minces fragments. On se plaît à réunir avec sollicitude dans les auteurs anciens le§ moindres indices du travail philosophique par lequel se préparent les deux grandes théories de Platon et d' Aristote. Après Platon et Aristote, c'est une tâche assez ingrate de parcourir lés ruines dé la littérature grecque, pour y recueillir çà et là quelques pages, quelques lignes, seuls débris de longs travaux que n'anime plus le génie, mais qui se recommandent, tantôt par l'exactitude du savoir, tantôt par l'élévation et par la finesse des aperçus^ Résignons-nous donc à cette tâche pour compléter
le tableau que nous nous sommes proposé. Ici on nous pardonnera de n^être souvent que bibliographe, et de passer un peu rapidement sur des auteurs dont les ouvrages, encore volumineux aujourd'hui, ne méritent pas pour cela d'être analysés en détail. Les péripatéticiens, et parmi eux Théophraste, ont droit ici au premier rang. Théophraste, qui s'était donné pour tâche de reprendre l'une après l'autre chaque partie de la philosophie aristotélique, avait écrit : 1* divers traités de Grammaire et de Rhétorique, entre autres un traité Sur le Style^ dont il reste environ vingt-cinq fragments pleins d*observations délicates sur les qualités de la langue grecque et sur les caractères des anciens orateurs attiques, observations qui, du reste, ne font souvent que commenter et développer celles d'Aristote sur le même sujet : Cicéron, Denys d'Halicarnasse et Quintilien y ont puisé beaucoup de leurs meilleurs préceptes * ; 2® Sur l'Art Poétique, dont le grammairien Diomède a extrait la définition que l'auteur donnait de la tragédie *; 3** Sur le Ridicule j livre qui n'est peut être qu'une partie du
' Voir, pour plus de détails, l'excellente dissertation de M. Schmidt, De Theophrasto rhetore (Haies, 1839).
' « Tragœdia est heroicse fortunae in adversis comprehensio. A Theophrasto ita defînita est : tragœdia est ^Qpfiaïx;^; tû;^i3Ç TrcjoioToc^fç. » C'est probablement aussi à Théophraste qu'il emprunte, plus bas, la définition de la comédie: ttComœdia... apud Grœcos ita defînita : K&>|xw^t6e c^rlv t^euTcxeâv xsù ttoXi- Tixuv TT^oyaocTuv «xév^uvo; Trepto;^^. » (Lib. II).