DOCTRINES GRAMMATICALES DES STOÏCIENS
articulées, il y a celles qui ne s'écrivent pas et celles qui s'écrivent ; les premières ne s'appellent que des sons ; les secondes sont les mots proprement dits, qui se composent d'éléments ou de lettres. Les mots diffèrent entre eux par le dialecte et par le degré de signification ; le mot par excellence est celui qui non-seulement est prononcé par Torgane de la voix, mais compris par l'intelligence de l'auditeur, c'est le mot qui offre un sens ; parler, c'est donc essentiellement prononcer des mots avec conscience de ce qu'ils veulent dire. De là la nécessité, pour un être raisonnable, de remonter à l'origine du langage dont il se sert, à Yétymologie. Sur ce point, les stoïciens pensaient qu'il n'y a pas un mot dont on ne puisse rendre compte, soit par la ressemblance directe du son avec la chose qu'il exprime, comme dans les mots qui désignent les cris des bêtes ou le son des instruments ; soit par une analogie plus secrète avec les impressions que l'âme éprouve et avec les idées qu'elle conçoit, comme dans les mots miel et volupté d'une part, et de l'autre dans croix, épine ^ ; soit enfin par une sorte de contraste entre le son et le sens, comme si l'on disait que la guerre est ainsi appelée parce qu'elle ne nous plaît guère^. Ils admettaient
' Je prends les exemples que cite saint Augustin analysant la doctrine stoïcienne (De princîpiis Dialecticœ), et qui heureusement conservent à peu près la même valeur en passant dans notre langue.
* On me pardonnera cet exemple français en lisant dans
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d'ailleurs des moyens termes entre ces trois classes et des transitions d'une classe à lautre, et cela leur donnait occasion de reconnaître la dérivation comme un des principes qui contribuent à développer et à enrichir le langage. 'L'un des plus sages esprits de Tantiquité, Galien, a déjà caractérisé avec une juste rigueur, ces abus du principe de l'onomatopée, et, en général, « cette fanfaronne science de Tétymologie, qui fournit indifféremment des preuves k la vérité comme à Terreur, plus souvent même à l'erreur qu'à la vérité *; » mais il n'a pas guéri les grammairiens d'une maladie qui n a trouvé que de nos jours un remède dans les méthodes vraiment scientifiques de la philologie comparative.
Quelque confiance qu'ils eussent dans leur théorie sur Torigine du langage, les stoïciens ne se dissimulaient pas que, l'homme étant déjà depuis bien des siècles sur la terre, les mots ne devaient plus porter l'empreinte fidèle des causes qui en avaient déterminé la formation. Pour remédier, autant qu'il est possible, à ce malheur, ils conseillaient au philosophe l'étude des proverbes et des
le même saint Augustin : « Lticus quod minime iuceat, bellum quod res bella non sit. »
» Sur les dogmes de Platon et d'Hippocrate, II, 2, témoignage cité parRud. Schmidt, Stoicorum Grammatica (Haies, 1839), p. 28, auquel je renvoie pour plus de détails sur ce sujet.
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