‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 106 sur 194 · DOCTRINES GRAMMATICALES DES STOÏCIENS · texte numérisé non relu

DOCTRINES GRAMMATICALES DES STOÏCIENS

vieux poètes, c'est-à-dire des documents où les mots se présentaient avec le sens le plus voisin de leur sens originaire*.

La science des mots ainsi constituée, ils y rattachaient les catégories de la pensée, qui ont leur expression dans les catégories du discours. Le discours avait, selon les premiers stoïciens, quatre parues : le nom, le verbe, Farticle, la conjonction, ce qui est déjà la doctrine d'Aristote^ Plus tard, Chrysippe et Diogène le Babylonien distinguèrent le nom proprement dit de V appellation • Antipater de Tarse porta bientôt à six les parties du discours, on faisant une classe à part de l'adverbe, qu'il appela le moyen ou le terme à double sens (|;.£(76t7);), sans doute parce qu'il pouvait modifier tour à tour le verbe ou l'adjectif, et que d'autres appelèrent aussi le mot à tout sens (rav- S£/.T73ç), apparemment parce que cette catégorie renfermait une foule de mots très divers d'origine et d'usage. Enfin, on peut dire qu'en signalant parmi les conjonctions celles qu'ils nommaient /?r<?. positives, les stoïciens ont ouvert la voie aux grammairiens qui, après eux, ont fait de la préposition une septième partie du discours.

lM77e"';tl''''''\ p.. 215, 216, pour ce qui concerne larucle. Je vois avec plaisir que M. Schmidt (p. 37) combat

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354 HISTOIRE DE LA CRITIQUÉ. CItAP. IV, § I

De chaque catégorie ils donnaient des définitions moins nouvelles parle fond que par la forme*, et, qui pis est, souvent inexactes. C'est ainsi qu1ls appelaient Tarticle « un élément du discours qui se décline et qui sert à distinguer dans les noms le genre et le nombre, » définition superficielle et fausse, qui a cours aujourd'hui encore dans des milliers d'écoles, bien que réfutée depuis longtemps, et d'une manière péremptoire, dans le beau traité d'Apollonius Sur la Syntaxe'. Voilà un nouvel et singulier exemple de ces erreurs obstinées, qui, toujours combattues, traversent pourtant les siècles.

Venait ensuite la déclinaison, où les stoïciens ont, les premiers, reconnu cinq cas : le cas direct (c'est notre nominatif), le génitif, le datif, l'accusatif, le vocatif; puis la conjugaison, où ils distinguaient par des termes nouveaux les diverses nuances de l'affirmation déjà signalées par leurs devanciers % et montraient avec sagacité le rôle mixte du participe, la différence des voix active,

passive, etc.

Mais s'ils s'élevaient au-dessus de cette analyse

« De là le mot de Cicéron (De Finibus, III, 2) : « Zeno, eorum princeps, noP lam rerum invenlor fuit quam verborum Dovorum. » Cf. ibid., V, 8 et passim. . . e i

« I, 34. Comparez le traité du même grammairien bur le

Pronom.

* Voyez plus haut, p. 109.

tES STOÏCIENS ET LA POÉSIE 355

des mots, C'était pour traiter dos propositions et des phrases au point de vue dialectique; l'éloquence proprement dite et la poésie leur restaient étrangères. C'est ainsi que Denys d'Halicarnasse ' oppose la subtilité de Chrysippe dans les matières de dialectique à la grossièreté dont il fait preuve comme écrivain, négligeant tout à fait les règles de 1 harmonie oratoire. L'hymne de Cléanthe à la Vertu n est qu'une exception sans conséquence. Parmi les nombreux témoignages de l'antiquité sur les doctrines stoïciennes, c'est à peine si Von trouve quelques traits relatifs aux beaux-arts • et même en logique, Cicéron leur reproche d'a'voir néglige I invention ^ Le traité d'Aristoclès Sur les Chœurs que cite Athénée ', ne paraît pas appartenir au stoïcien Arisloclès, ami de Chrysippe, mais à un penpatélicien beaucoup plus moderne, qui fut précepteur d'Alexandre d'Aphrodisias ; en tout cas, ce n eta,l sans doute qu'un livre d'histoire et ! ^'■"^'"°"- Q"^»l à l'obscure et mesquine définition de la poésie que Diogène nous a transmise

tique stoïeiennre Lrv " jrurpfplpi"".;"'''. '' ^""'nolre collection du Louvre fNoticesPt.v. ?,'"''°-'SyP^'''' de t. XVIII oenarii^i m,,"; '""''^ ^' ^^'^'Is des manuscrits,

' De Finibus, IV, 4.

» XIV, p. 620 B. Cf. Fabricius, t. III, p. 47O, 542.

SOUS le nom de Posidonius', elle prouve seulement à quel point les leçons de Platon et d'Ans-, tôle étaient oubliées ou mal comprises dans l'école

stoïcienne.

Les stoïciens, du reste, ont été punis de leur dédain pour les muses \ Leur secte n'a pas produit, pour ainsi dire, un seul écrivain ; car Sénèque est surtout un élève des écoles romaines. Elle n'a pas même su conserver intacte la tradition de ce correct et sévère langage qu'Aristole prêtait aux vérités de la science, et qui, sans être populaire, du moins ne tombe jamais dans le pédantisme. Tourmentant par leurs subtilités les mots comme la logique, les stoïciens se sont, les premiers en Grèce, composé un langage de convention, inintelligible au vulgaire : ce sont, à cet égard, les scolastiques de l'antiquité. La beauté de leur morale a fait pardonner aux écarts de leur mauvais goût, mais elle ne peut les faire oublier. Le Manuel d'Epictète, les Conversations de ce sage, rédigées par Amen, les l^ensées de Marc-Aurèle sont assurément des livres qui honorent l'humanité. Quelle différence toutefois avec les Mémoires sur Sacrale, avec le .

'. Cicéron, Pamdoxorum Proœm.um, cap. . : « Stoica h^ re'^is nullum sequilur tlorem orationis, neque d.latat argumenlum ; sed minutis interrogaliunculis, quas. puncl.s, quod proposait efficit. »

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