‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 117 sur 194 · PHILON LE JUIF · texte numérisé non relu

PHILON LE JUIF

pensée basse ou terrestre, à tout amour de la gloire et de la richesse, dégagé des vils plaisirs du corps, et me croyant sans cesse ravi au ciel par une sorte d'enthousiasme (d'apothéose), et comme entraîné d'un mouvement commun avec le soleil, avec la lune, avec le ciel et le monde entier. Alors, abaissant dû haut du ciel, comme on ferait d'un observatoire, l'œil de ma pensée, je contemplais sur la terre les misérables occupalions des hommes et me félicitais d'avoir victorieusement échappé aux misères de la vie moplelle. Mais un terrible ennemi me dressait des embûches, la jalouse envie, qui, tout à coup, tombant sur moi, ne cessa de me tirer avec violence que lorsqu'elle m'eut jeté dans l'océan des soucis politiques où le flot m'entraîne et me submerge. Je gémis et je résiste pourtant, fidèle à cet amour de la science que je porte en mon âme depuis ma jeunesse et qui, prenant pitié de moi, m'aide à soutenir le poids de ma douleur. Grâce à lui, quelquefois je soulève la tête ; et, des yeux de mon âme (ils sont bien affaiblis, bien obscurcis par ces nuages dont m'obsèdent les étranges affait^s du monde), je regarde du moins autour de moi et je m'ef* force de ressaisir la vie pure et sans mélange de misères. Que si, par une faveur imprévue, survient un peu de calme et de paix, au milieu des troubles de la vie publique, je me soulève de mes ailes sur la surface des flots et me laisse ravir au ciel par le souffle de la science, de cette science qui souvent me réduit en esclavage, m'arrachant comme à de rudes maîtres, non pas seulement aux hommes, mais aux affaires, dont le courant m'enveloppe de toute part. Aussi convient-il que je remercie Dieu de ce que, inondé, cependant je ne reste pas sous l'abîme, de ce que j'ouvre

encore les veux de mon ftme, que certaines gens Irop n.rJlésesDérer de mon salul, croyaient éteints ^™îfoluÏ ïlesl^^^ des lumières de la sagesse :rra-ï-;'ptt- moins d^

Dans cette page où les vertus de la vie contemplative, d'une vie étrangère et supérieure aux agita- Ls de ce monde sont décrites avec une si rcmarquable sincérité de sentiment et avec une sorte de coloris poétique, l'àme de Philon semble se rencon- Zv Je celle du Stagirite au milieu d'un monde purementidéal. Se«lement,nous avons vu que mal- L les élans de sa pensée philosophique, Aristote ne reste jamais bien loin des réalités de la vie ei

nue rart proprement dit y garde pour lui un grand S tandis que celle de Philon plane toujours en de s'ublimes'régio- où se perd toute concepUon des choses de l'art. Le théologien "^Y^^^ ;"T loppe dans un même dédain les tracas de la polit^e où il gémit d'être mêlé, et les mesquine jouissances de la littérature, comme s il n avait pas Vécu dans le foyer même des lett,res savantes.

Si Philon le Juif ne nous aide en rien a connaître la littérature hébraïque et l'érudition égyptienne, en revanche et à la même époque, les com- Tnicktions si fréquentes de la Grèce et de Rome mêlent davantage les deux littératures grecqiu, et latine. Les rôles ici sont changés : c'est Rome vie o rieuse, mais barbare, qui fait des avances a la Grèce

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vaincue, mais encore toute brillante de Téclat des arts et des sciences. La Grèce de son côté garde longtemps rancune au latin, qui du reste lui offrait, dans Torigine, bien peu de monuments dignes d'être mis en parallèle avec les chefs-d'œuvre du génie hellénique *. Il faut descendre jusqu'au siècle d'Auguste, pour trouver parmi les ouvrages du fécond polygraphe Didyme un traité Sur la langue des Romains, et parmi ceux d'un rhéteur sicilien, Cœcilius de Calé-Acté, une Comparaison de Démosthène et de Cicéron ; encore le livre de Didyme était-il, selon toute apparence, une simple grammaire; encore celui de Caecilius est-il jugé par Plularque avec le dernier mépris .*

Le même Caecilius avait écrit une Rhétorique ; des traités Sur les Figures^ Sur les Caractères des dix orateurs attiques, Sur Lysias et Sur Antipkon, Sur r Histoire, Sur le Sublime ^ une Comparaison de Démoshène et dEschine, une Comparaison de r Éloquence attique et de V Éloquence asiatique ; des Recherches sur Démosthène^ pour distinguer ses discours authentiques des discours qui lui sont faussement attribués. Didyme avait laissé des livres

* Voir mes Mémoires d'Histoire ancienne et de Philologie (De l'étude de la langue latine chez les Grecs dans l'antiquité), p. 259 et suiv.

* 'G TrsptTrè; sv dnatTL KcctAtkioi èvsavtcûffaTO OTiyzptffiv tov Auuoo'Oévovç xat Ktxepwvoç efsveyxetv (Plutarque, Comparaison de Démosthène et de Cicéron).

Sur les Figures y Sur le Style y Sur le Style tragique. Sur les Poètes, etc. ; on a récemment essayé de prouver que nous avons des fragments de ce dernier ouvrage dans les Biographies d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide placées en tète des manuscrits de leurs tragédies ^ L'auteur de cotte spécieuse conjecture l'étend même h une partie de la Vie de Thuajdide, ordinairement publiée sous le nom obscur du grammairien Marcellin.

Autour de Didyme, on peut ranger, avec plus ou moins de certitude : Aristoclës de Rhodes, auteur de deux livres. Sur la Poésie et Sur les Dialectes; Asclépiade de Myrléa, grammairien qui s'est fait l'historien de ses confrères, et dont l'ouvrage qu'on pourrait intituler : Tradition des sujets de comédie et de tragédie *, offrait un grand intérêt pour l'histoire et la critique du théâtre; Denv» de Phasélis, auteur d'un livre Sur les Poètes, le même peut-être qui, selon l'écrivain anonyme d'une des Biographies d'Aratus, avait écrit une Comparaison de ce poète avec Homère ; deux savants du nom de ïhrasylle, qui toua

* F. Ritter, Didymi Chalcenteri opuscula auctori suo restituta, ad codices antiquos recognita, annotatione illustrata (Cologne, <845). Du reste, il y a eu plusieurs grammairiens du nom de Didyme, et leurs ouvrages ont bien pu se confondre.

* Tpaywfîoûixeva xai xuexut^ov^&va. Voir sur cet écrivain la dissertation de K. I^ehrs à la suite de son édition des trois opuscules d'Hérodien (Kœnigsberg, 1848, p. 428-448).

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