‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 119 sur 194 · DENYS CRITIQUE DES HISTORIENS · texte numérisé non relu

DENYS CRITIQUE DES HISTORIENS

Le Traité De la Disposition des griots, plein de particularités intéressantes pour Tétude de la langue grecque, est encore d'un grammairien plutôt que d'un véritable critique*. Rien de plus légitime en soi que l'analyse des propriétés euphoniques de l'alphabet grec et l'application des principes qui en ressortent à l'art de composer et d'écrire ; mais ce qui nous afflige, c'est de voir l'auteur s'enfermer dans cette étude si exclusivement qu'il semble méconnaître jusqu'aux rapports de l'harmonie du langage avec les passions et les idées que le langage exprime ; c'est de le voir peser des mots et des phrases sans s'inquiéter de leur sens, et condamner sans réserve un écrivain tel que Polybe, uniquement parce que cet écrivain est inhabile à manier la période oratoire '.

En général, tout ce que Denys nous a laissé sur les historiens grecs est fort au-dessous de la gravité d'un tel sujet. On dirait que l'histoire n'est pas autre chose pour lui que l'art d'amuser un lecteur en exposant des faits vraisemblables dans uri style élégant et harmonieux, avec un mélange habile de narrations, de portraits et de discours. il trace à l'historien quatre devoirs principaux î 1' Choisir un sujet noble et agréable pour le leô-

* On peut consulter avec fruit l'étude de M. E. Baudat sur Denys d'Halicarnasse et l6 Tt-aitê de la Disposition des mots, Paris, 1879.

' De la Disposition des mots, ch. iv.

teur, et, à ce propos, il place Hérodote beaucoup au-dessus de Thucydide, parce que celui-ci, dans la Guerre du Péloponëse, offrait à ses concitoyens un spectacle à la fois triste et humiliant, tandis qu'Hérodote était sûr de charmer la vanité des Grecs en décrivant leurs triomphes sur les Barbares ; 2** Examiner où Pon doit commencer et où Ton doit finir une histoire ; 3" Distinguer quelles sont les choses qu'on doit dire et celles qu'on doit taire ; et sur ces deux points, s'il préfère Hérodote à Thucydide^ c'est toujours comme artiste plus habile , ce n'est jamais comme narrateur plus véridique* ; 4* Diviser son sujet de manière que chaque objet occupe la place convenable : là-dessus il blâme beaucoup Thucydide de suivre dans son récit l'ordre des événements^ au lieu de faire comme Hérodote qui les groupe, à l'imitation d'Homère, de la façon la plus dramatique et la plus intéressante. En même temps il lui demande pourquoi il place dans son second livre et pourquoi il fait prononcer à Périclès l'oraison funèbre d'une quinzaine de guerriers athéniens morts dans les premiers engagements avec l'armée des Spartiates ; il voudrait que Thucydide eût réservé ce beau discours pour honorer les soldats morts dans rexpédition de Pylos sous les ordres

• Voir E. Hamel : Jugement de Denys d*Halicarnasse sur Thucydide, dans les Mémoires de rÂcadémie de Toulouse*

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