PLUTARQUE. THÉORIE DES PLAISIRS
loi?*» C'était là prévoir avec résignation l'abaissement des libertés publiques qui commençait dans l'orient grec pour se continuer et s'organiser sous la discipline des Romains.
Quelque chose des idées de Platon se retrouve encore dans un chapitre des Propos de Table, où Plutarque discute en quel sens on prétend que l'amour enseigne la musique^ et dans un autre où il montre les dangers de la mauvaise musique). Ailleurs il se rapproche plus d'Aristote : il le cite pour discuter avec lui, sinon pour le contredire, dans le petit plaidoyer suivant qu'il fait prononcer par son ami le sophiste Callistrate, en faveur des plaisirs de la vue et de l'ouïe, comparés aux plaisirs de boire et de manger*:
« J'absous, dit-il, du reproche d'intempérance Tamour de la musique et l'amour des spectacles, sans toutefois me ranger entièrement à l'opinion d'Aristoxène qui prétend que ces plaisirs sont les seuls que le langage appelle « beaux». Car on appelle « beaux » des mets, des parfums, et, en sortant d'un festin délicat et somptueux, on déclare que les choses se sont passées d'une a belle » manière. Bien plus, il
« Politique, III, 13 éd. Bekker, 8 éd. Gœttling, où, traitant du rôle des grands hommes dans l'État, il les compare à des dieux pour qui les lois humaines oe sont pas faites.
* Svmposiaques, 1, 5.
» Ibid., VII, 5.
* Ibid., VII, 5, 2, où la scène se passe à Delphes après une représentation dramatique.
me semble qu'à ce compte AristoLe lui-môme n aurait pu justement absoudre du reproche d'intempérance les jouissances des yeux et des oreilles, lui qui les déclare exclusivement réservées à l'homme, tandis que la nature a donné aux animaux de jouir des autres et de les partager avec nous». Nous voyons en effet la musique charmer beaucoup d'êtres sans raison : c'est ainsi que la syrinx attire les cerfs ; Pindare dit que le chant l'invite à chanter, comme il excite le dauphin dans la mer t où l'aimable son des flûtes l'excite au sein des flots tranquilles. » C'est en dansant que l'on prend les chouettes, car elles s'amusent à regarder, et, par un mouvement d'imitation, elles vont et viennent, jouant des épaules à droite et à gauche. Je ne vois pas que ces plaisirs aient rien de particulier, rien qui en fasse le privilège de l'âme, tandis que les autres dépendraient du corps et s'y renfermeraient: toutefois, la mélodie, le rythme, la danse et le chant dépassent la sensation, appuient et fondent leur charme et leur séduction sur la joie de l'âme. Aussi, aucun de ces plaisirs ne cherche à se cacher et ne demande ni les ténèbres, ni une enceinte de murs, comme disent les femmes « : loin de là, c'est pour eux que l'on fait des stades et des théâtres. Un spectacle et un concert, donnés en nombreuse compagnie, en deviennent plus intéressants et plus nobles. • Nous avons alors le plus de témoins possible, non pas apparemment de notre intempérance et de notre sensualité, mais du libéral et honnête exercice auquel nous nous livrons. »
* Plutarquê paraît se référer ici aux Problèmes aristotéliques, 1. XXVIII, 2.
* L'auteur semble faire allusion ici aux plaintes des femmes sur les murs du gynécée, où elles vivaient recluses.