LE RHÉTEUR MÉNANDRE 48T
tenir, comme Cassius Longin, à la seconde moitié du m« siècle ; car, outre les rhéteurs Dion et Nicostrate que, par un rapprochement singulier, et dont Hermogène nous a déjà offert un exemple, il compare à Xénophon, ou trouve encore cité chez lui l'aîné des deux Philostrate, auteur des Tableaux et des Vies des sophistes que nous apprécierons plus bas. Son manuel a pour nous quelque intérêt, et par le sujet qu'il y traite, et par quelques renseignements historiques qui le distinguent entre bien des œuvres de ses contemporains.
Et d abord, bien que défini au moins depuis le temps d'Aristote, le genre épidictique ou d'apparat n'est spécialement étudié dans aucune des Rhétoriques antérieures, et c'est sans doute pour cela que Ménandre a voulu en traiter dans un livre où il verse tout le trésor de ses préceptes et de ses recettes en vue de préparer le succès des orateurs jaloux de réussir en ce genre de talent. L'antiquité classique connaissait déjà Tusage des discours d'apparat, entre autres des oraisons funèbres et des harangues patriotiques dans certaines assemblées de la Grèce comme à Olympie. Mais, d'ordinaire, on laissait à la poésie le soin de célébrer les vainqueurs dans les jeux publics, les rois et les généraux, et les autres personnages dignes de la reconnaissance ou de l'admiration de leurs contemporains. Quelquefois aussi, et même d assez bonne
heure, on compta Téloge des choses les moins louables parmi les exercices utiles pour former le talent oratoire.* Mais, avec le temps, et cela surtout depuis la soumission des Grecs à la Macédoine et à Rome, le nombre et la variété de ces compositions va sans cesse en augmentant. Ménandre en connaît plus de vingt, soit en vers, soit en prose, plus souvent d'ailleurs en prose qu'en vers, et pour lesquelles la langue grecque lui fournit autant de dénominations différentes. H y en a pour la naissance, pour le mariage, et pour les divers actes de la cérémonie nuptiale ; il y en a pour la mort, pour saluer les empereurs à leur avènement et les fonctionnaires à leur entrée en charge, pour célébrer les dieux, les villes et les régions, et sur tout cela Tauteur énumère minutieusement soit les idées qui doivent nourrir un discours, soit les procédés de style qui conviennent à chaque espèce d'éloge. Au cours de ces développements se rencontrent çà et là quelques traits bons à relever pour l'histoire, et que leur rareté même nous recommande. Par exemple, dans l'éloge des villes entre naturellement celui de leur législation. Mais, observe l'auteur, c'est là une matière peu variée depuis qu'une seule législation régit toutes les villes de l'Empire romaine Déjà le rhéteur Aristide, dans son éloge
* Voir Talbot : De ludicris apud veteres laudationibus,4850. ' Rhetores Grîcci de Walz, IX, p. 195.