‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 140 sur 194 · LE RHÉTEUR MÉNANDRE · texte numérisé non relu

LE RHÉTEUR MÉNANDRE

de la ville de Rome, avait anticipé sur cet hommage, qui nous rappelle les deux beaux vers d'un poète latin : *

Tu quoque, legiferis mundum complexa triumphis, IJrbem fecisli quod prius orbis erat.

Le célèbre décret de Caracalla, qui étendait si loin hors de l'Italie les frontières de la Cité romaine, rendait l'observation de Ménandre plus juste que ne l'était celle d'Aristide sous les Anto-

nins.

Un autre passage nous intéresserait plus vivement encore : c'est celui où Ménandre oppose le culte privé au culte public, et semble attester que la piété individuelle offrait rarement matière aux éloges du rhéteur, et que l'ancienne religion ne se soutenait que dans les cérémonies et par les actes du culte officiel.' N'est-ce pas là un témoignage de Taffaiblissement du sentiment religieux dans la société païenne ? Mais alors, quelle timidité ou quelle indifférence est celle de Ménandre, pour n'avoir pas parlé plus clairement des deux religions opposées dont l'une va s'éteignant, et l'autre grandissant de jour en jour î Ces réflexions nous ramènent, hélas î à constater une fois de plus tout ce qu'il y a d'étroit et d'artificiel dans la théo-

» Rutilius Numatianus, Itin., I, v. 78. 5 Rhetores GraBci, IX, p. 201 et 202.

rie de Téloquence chez ces rhéteurs du temps de l'empire. Il est surtout remarquable que la seule école d'orateurs dont on les voit occupés, ce sont les orateurs grecs. Croirait-on que dans les neuf volumes d'une collection comme celle des Rhetores Grœci de Walz, le nom de Cicéron ne se trouve qu'une fois mentionné, et cela par un commentateur d'Hermogène qui daigne reconnaître que Cicéron n'était pas étranger aux leçons de la rhétorique grecque?*

Dans son ensemble pourtant, et précisément par ce qui manque au milieu de cette abondance qui est rarement une richesse, la bibliothèque des rhéteurs et des sophistes nous est instructive au point de vue de l'histoire. Tout un volume de Progymnasmata, c'est-à-dire de préceptes et d'exemples à l'usage des futurs orateurs, trois volumes de commentaires sur la sèche doctrine d'Ilermogène, huit ou dix traités sur les figures de rhétorique en général, et en particulier sur les tropes, nous montrent la prodigieuse facilité de la langue grecque pour marquer par des termes spéciaux les moindres nuances de la pensée, les moindres procédés et les mérites les plus délicats du style oratoire. Ernesti a rédigé en 1795 un Lexicon technologie rhetoTum grœcorum déjà fort intéressant pour pénétrer dans ces subtilités de la rhétorique grecque ;

* Rhetores Graeci, V, p. 8.

Page 1