ORIGINES DE LA RHÉTORIQUE
rhéteurs consistait à rédiger, pour l'usage de leurs élèves, des modèles d'éloquence, tels que préambules, épilogues, ou même discours complets sur des sujets plus ou moins réels. On cite en ce genre divers recueils de Protagoras, de Gorgias, de Thrasymaque, d'Antiphon et de Céphalus : c'était la façon la plus élémentaire de rendre sensibles par des exemples les qualités du langage et de la composition oratoires. Comme d'ailleurs ces maîtres de rhétorique étaient en même temps des orateurs, soit écrivant des plaidoyers que les parties récitaient ensuite devant le tribunal, soit, ce qui était beaucoup plus rare, plaidant eux-mêmes pour un client, les livres dont nous venons de parler ne contenaient guère que la collection de leurs plaidoyers et des lieux communs qui trouvaient place dans toutes les causes.
Parmi ces petites pièces quelques-unes étaient d'un tour subtil et nouveau, ce qui, chez un peuple amoureux de sa propre langue et fort sensible aux séductions du beau langage, valait une véritable gloire au sophiste inventeur. Ainsi Événus de Paros était fort loué pour son invention des éloges et des blâmes indirects (rapiTratvot et tzxoxi|;oyot), c'est-à-dire de deux formes d'ironie qui consistaient à blâmer en paraissant louer et à louer en paraissant blâmer. Dans le style oratoire, Gorgias introduisit une espèce d'ornements à moitié poé-
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tiques, et inconnus jusqu'à lui : c'étaient les assonances symétriques provenant ou de l'identité des terminaisons grammaticales ou de l'identité des racines dans les mots qui commencent et finissent les phrases. La seule page qui nous soit parvenue sous son nom avec quelque garantie d'authenticité (c'est le fragment d'une oraison funèbre en l'honneur de guerriers morts pour la patrie) nous offre précisément ce luxe de sonores antithèses, ces jeux d'harmonie souvent puérils et cette affectation déplacée du rythme poétique qui finissent par défigurer l'éloquence au lieu de Tembellir. Essayons d'en donner une idée par la traduction
stfîvahte:
« Que désirer en eux de ce qui convient à des hommes? Que regretter en eux qui fît tort à des hommes? Je pourrais dire ce que je veux, mais je voudrais ne dire que ce qu'il convient, pour échapper à la jalousie des humains et pour ne pas exciter la vengeance des dieux. Ces guerriers, en effet, eurent une vertu divine dans un corps mortel, préférant de beaucoup la convenance du moment à une justice exigeante, le droit raisonnement à la rigueur de la loi ; estimant que la loi divine, la loi commune par excellence, est de savoir parler, se taîre et agir à propos; ayant surtout exei^cé deux vertus, la prudence dans les conseils, la force dans les actions ; prêts à secourir le juste qui souffre, à