M, 11; III
LA POÉTIQUE d'aRISTOTE 207
même ouvrage pour la distinction des diverses espèces de ridicules: il n'y a encore là-dessus qu'une ou deux lignes dans notre Poétique, à propos de la comédie.
Deux autres renvois de la Rhétorique ^ à la Poétique, au sujet du style propre à la poésie, des mots propres et des métaphores, peuvent à la rigueur convenir au chapitre vingt et unième du petit livre que nous lisons aujourd'hui ; mais la définition des synonymes, que Simplicius nous a conservée % ne s'y retrouve plus. Il est donc certain qu' Aristote avait écrit surlapoésie un ouvrage plus étendu que la Poétique qui porte son nom : c'est probablement l'ouvrage en deux livres qui, dans les Catalogues anciens, est intitulé : Traité de fArt poétique, ripayi^aTsiat t£^vy)ç 7:otY)Tt>cYiç.
§ 4. De la Poétique, de son authenticité, de sa date et de sa place parmi les écrits d'Aristote.
Si notre Poétique est différente de celle qu*Aristotc a citée et que lisait encore, au v" siècle de
» III, 1 et 2.
' Commentaire sur les Catégories, p. 43 a, 1. 12, éd. Brandis : 'O 'AotffTOTsV/îç £v Tôj risol nof/jrtxïîç (Tuvwvupia etTrsv gtvat wv Ttlsiu iih zoL ovôixara, làyo^ â' à «vtôç, ota ^r} èort rà 7ro)>uwvvpta, zo ts Àwrrtov x«è rô t|xaTtov xat rô fàpoq. Et un peu plus bas : "EvÔa âï 77*pt rà; ttAsiouç ^wvà; rj (ïizouSii xat tïjv Tzol'jztâ'c sxaarrov ovouxo-tav, (yxnzsp èv rot IIspl IIotïjTtx/îç xat Tw TptTw Ilgpt'PïjTopix^ç ^chap. n) rov érspou ar-jvwvv^ou isô^eBoc, omp 7roXuwvu|xov IjrsvatTTTro!; exâ^st.
208 HisïôiRE Di! LA Critique. crtAi^. m, § iv
Tëre chrétienne, un commentateur grec du Stagirite, peut-elle être considérée comme une partie de ce grand ouvrage? est-elle authentique?
A la première question nous pouvons répondre : de deux choses l'une : ou bien la Poétique est un brouillon incomplet, une ébauche destinée à recevoir des additions et des corrections nombreuses que Fauteur n'a jamais faites, ou qu'il avait faites dans une autre rédaction, celle dont l'existence est attestée par les témoignages que nous citions tout à l'heure ; ou bien la Poétique est un extrait du grand ouvrage d'Arislotc sur le même sujet, extrait fait par une main très inhabile, peut-être même d'après quelqu'un de ces manuscrits du philosophe qui, longtemps conservés dans les caves des héritiers de Nélée, n'en sortirent qu'à moitié détruits et illisibles. On sait, en effet, quelle fut la singulière fortune des manuscrits d'Aristote après sa mort, et, si cette mort qu'on peut dire prématurée, explique beaucoup d'irrégularités choquantes dans la composition de ses derniers ouvrages, on attribue aussi sans invraisemblance une partie de ce désordre aux altérations matérielles qu'avaient subies les manuscrits originaux avant de parvenir entre les mains des grammairiens éditeurs*.
* Sur ce sujet, outre le livre de M. Stahr déjà cité, voyez M. Ravaisson, Essai sur la Métaphysique d'Aristote, t. I