AUTHENTICITÉ DE LA POÉTIQUE
en disant qu'Homère se conforma toujours aux usages anciens ; or, les anciens Grecs faisaient précisément comme font encore aujourd'hui les barbares*. » Au xxv" chapitre de la Poétique y nous trouvons le même vers cité, et Tauteur observe « que c'était Tusage des anciens, comme c'est encore Tusage des Illyriens. » On peut citer un troisième exemple de cet accord entre les extraits des Problêmes dans le commentateur d'Homère et le texte actuel de \8i Poétique K EnTm, \\ n'est pas indifférent de remarquer que, dans le chapitre xix de la Poétique, l'auteur renvoie expressément à sa Rhétorique, où Ton trouve, en effet, les développements auxquels il se réfère.
Mais, dira-t-on, celte citation de la Rhétorique peut aussi n'être que le fait d'un faussaire habile. D'ailleurs, tous ces rapprochements entre divers chapitres de la Poétique et des témoignages soit d' Aristote lui-même, soit d'autres écrivains, ne défendent pas les autres chapitres du soupçon d'interpolation. Cela est vrai. Tenons même pour insuffisante l'autorité des manuscrits, dont l'un
» Iliade, X, 153.
« Scholies sur l'Iliade, X, 252. Rilter a signalé les deux derniers exemples, p. 265 de son Commentaire ; mais ce rapprochement ne l'empêche pas de supprimer comme interpolé tout le chapitre xxv de la Poétique. Il est vrai que, suivant en cela l'opinion d'un grave critique (K. Lehrs, De Aristarchi studiis homericis, p. 227), il tient pour apocryphes les prétendus Problèmes homériques d'Aristote.
cependant remonte au xi" siècle*, et qui tous placent Touvrage en question sous le nom d'Aristote. Reconnaissons que le texte des manuscrits a pu être altéré. Alors, pour retrouver le véritable Aristole, il faudra : soit transposer certaines parties du texte, comme l'ont fait Heinsius, au xvn* siècle, avec une hardiesse peu discrète, puis en 1802, avec beaucoup plus de réserve, G. Ilermann, enfin, en 1822, Valett, dont l'édition est une véritable refonte de Topuscule aristotélique % soit, en conservant Tordre des chapitres, y retrancher tous les passages où l'on croit reconnaître la main d'un faussaire, ce qui est la méthode de Ritter dans son élégante édition publiée à Cologne en 1839. Dans ce dernier cas, les interpolations se démontrent : l** par la contradiction du texte avec d'autres écrits tout à fait authentiques du même auteur, ou avec les opinions qui lui sont expressément attribuées par d'autres écrivains de l'antiquité ; 2° par des incohérences de doctrine entre les diverses parties du même livre ; 3° enfin par
* Cest le ms. îio 1741 de la Bibliothèque nationale de Paris.
' Aristotelis De Arte poetica liber in de re Iragica commentaiionem revocatus (Goslar, 1822). M. Henri Martin propose aussi et discute, surtout d'après Hermann, une division des chapitres plus rationnelle que celle des manuscrits ^Analyse critique de ta Poétique d'Aristote. Caen, 1836). M. Hartung a pris les mêmes libertés dans son ouvrage intitulé : Doctrines des anciens sur la poésie, comparées avec celles des meilleurs critiques modernes (en allem., Hamburg et Gotha, 1844).
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des dissemblances choquantes de style et de méthode.
Les preuves du premier genre se réduisent, pour la Poétique^ h une seule. Dans le chapitre vingtième, Aristote distingue, entre autres éléments du langage, quatre parties du discours, le nom, le prénom, la conjonction, les arthra (pronoms et articles). Au contraire, Denys d'Halicarnasse*, puis Quintilien^ paraissant traduire Denys, affirment qu' Aristote et Théodecte, son contemporain et son ami, ne reconnaissaient que trois parties du discours, le nom, le verbe et la conjonction ; d*où il semble résulter qu'une portion au moins de ce vingtième chapitre n'est pas authentique. Mais Denys et Quintilien eux-mêmes ne se trompent-ils pas en portant à trois le nombre des parties du discours selon Aristote^ puisque, dans le traité du Langage^ ce philosophe ne reconnaît positivement que le nom et le verbe ; puisque, dans la Rhétorique'^ et dans les Problèmes'', il ne mentionne les conjonctions qu'incidemment et comme parties accessoires? Aussi est-ce une tradition chez les grammairiens latins, depuis Varron jusqu'au moyen-âge, que le Stagirite, comme Platon dans son Cratyle, admettait seulement deux parties du
* De Tarrangement des mots, c. ii.
* Institut, orat., I, 4, § 18.
» III, 5; cf. 12.