‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 66 sur 194 · DATE DE LA POÉTIQUE · texte numérisé non relu

DATE DE LA POÉTIQUE

plus sévères procédés de l'analyse, par son analogie avec la Rhétorique, notre Poétique semble plus voisine dos livres de doctrine publique que des livres de doctrine réservée ; cependant, sans parler même des altérations évidentes qu'a subies, dans les manuscrits, le texte de cet opuscule, la brièveté, souvent obscure, du style, la rigueur des définitions , l'abondance des observations minutieuses exprimées à demi-mot, permettent de le considérer comme un manuel destiné à recevoir des leçons du professeur le supplément de lumière qui lui manque aujourd'hui. Au reste, cette question est pour nous fort secondaire ; ce qu'il importait de savoir, c'est que la Poétique est le dernier ouvrage d'Aristote sur ce sujet dont il s'occupa toute sa vie et comme historien et comme philosophe, et qu'elle appartient à la classe des traités où Aristole, déjà vieux et déjà illustre, exposa méthodiquement l'ensemble de ses doctrines. Nous pouvons donc, sauf la réserve que nous imposent, dans quelques parties, les lacunes et les obscurités du texte, y chercher avec confiance les principaux traits de sa théorie des beaux-arts ; nous puiserons dans ses autres ouvrages pour l'éclaircir et la compléter.

WJ

§ 5. Analyse et examen des principes de la Poétique dans Aristote. Première partie : principes généraux ou métaphysique de l'art.

On la dit souvent, chacun des grands dialogues de Platon renferme comme une philosophie tout entière : une question spéciale y est traitée ; mais, à propos de cette question, l'auteur parle à peu près de toutes les autres. Dans ces disputes de Socrate avec les sophistes, où chacun se montre avec son caractère, soit au milieu d'Athènes, soit en présence des grands spectacles de la nature, il y a quelque chose de vivant et d'animé : c'est le drame de l'école \ comme la comédie est le drame de la vie publique et de la vie privée ^ Aristote, au contraire, nous offre la science dégagée de tout intérêt dramatique, réduite à ses plus précises for-

* M. Fr. Thiersch a fort exagéré cette idée dans sa dissertation sur le caractère dramatique dans les dialogues de Platon (en allem., 1837, Mémoires de l'Académie Royale de Bavière).

2 La dissertation de Danzel intitulée : Plato philosophiœ in disciplina? formam redactir parens et auctor (Leipzig, 1845), traite moins de la l'orme littéraire que de la forme scientifique des doctrines de Platon. 11 y a plus à profiter, à ce sujet, dans une ingénieuse dissertation de M. Ch. Lenormant : Quœstio cur Plato Aristophanem in Convivium introduxerit (Pans, 1838). On lira aussi avec fruit le discours de M. Prince intitulé : La Muse de Platon, développement de l'Hellénisme dans ses rapports avec l'idée de la science (Neufchàtel, 1844), où l'auteur montre bien comment les principes de la philosophie platonicienne se rattachent à la sagesse poétique d'Homère et d'Hésiode.

Page 1