‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 88 sur 194 · LA FATALITÉ DANS LA TRAGÉDIE · texte numérisé non relu

LA FATALITÉ DANS LA TRAGÉDIE

ment vengé par ses enfants ; enlin c'est la punition de cette vengeance même, fatalement poursuivie, au nom du ciel, par les Euménides. Il faut qu'une déesse indulgente intervienne pour purifier le coupable et l'arracher à la torture de ses remords. Prométhée lui-même, cette énergique personnification de l'intelligence et de l'industrie humaines, Prométhée vaincu par Jupiter, est encore un symbole de ce triomphe du Destin sur notre volonté ; et jusque dans les Perses, œuvre à moitié lyrique, dont le sujet est tout contemporain, on voit planer au-dessus des deux nations la sombre divinité qui a résolu dans sa toute-puissance d'abaisser l'Asie devant l'héroïsme d'Athènes. Mais déjà dans Sophocle, surtout dans ses deux OEdipes, les héros se montrent plus maîtres d'eux-mêmes et plus responsables de leurs crimes ; l'intrigue se noue et se dénoue plus près de la terre. Les dieux n'ont pas abdiqué toute action sur la volonté humaine ; mais on sent qu'entre eux et l'homme, la lutte est déjà moins inégale. Il y a telle faute que pouvait éviter Œdipe et qui a fait son malheur : les dieux n'y sont plus que pour une part. Voilà sans doute la raison de celte prédilection que montre Arislole pour VŒdipe Roi, celle de toutes les tragédies grecques aujourd'hui connues où l'action se déroule le plus par des ressorts naturels et par des motifs humains, malgré le rôle important qu'y

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joue encore la Fatalité*. C'est sans doute aussi parce que ce progrès ne s'était pas interrompu sur la scène tragique d'Athènes, qu'Aristote est conduit à rapporter surtout aux mœurs des personnages la cause des événements tragiques. Le moraliste qui a écrit tant de savantes analyses de la liberté de nos actes et de nos résolutions, devait naturellement préférer au drame d'Eschyle celui de Sophocle et d'Euripide, où la volonté se montre plus indépendante et plus maîtresse d'elle-même. Cela l'excuse un peu, puisque, dans la Poétique, il était moins historien que législateur, d'avoir tant négligé le principal personnage de l'antique tragédie, le Destin. Peut-être d'ailleurs nous est-il plus facile, à nous qui observons de loin, après la chute des dieux païens, ces vicissitudes de la foi populaire, de distinguer et de caractériser ce rôle de la Fatalité dans les plus anciennes productions de la poésie grecque. Aristote interrogeait volontiers avec une pénétration curieuse les vieilles fables et les cérémonies du culte nationaP. Mais,

« J'ai développé plus longuement les réserves que comporte l'opinion vulgaire sur ce sujet dans le mémoire intitulé : De la moralité des légendes dramatiques en Grèce (Revue politique et littéraire, 14 mai 1870). M. Cambouliu l'avait déjà combattue dans une dissertation spéciale publiée en 1855 sous le titre de : Essai sur la Fatalité dans le Théâtre Grec.

« n justifie avec finesse sa prédilection pour ces recherches dans la Métaphysique, I, 2 : *t).6au0o; 6 ^à6«70î»6; ttw; s<TTt, etc. Vovez la dissertation de J. S. Vater, Vindiciœ theo-

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