RÈGLES DU STYLE
d'assez bonne grâce, et finit par écrire, au sujet du style oratoire, dix chapitres d'observations excellentes où il n'y a presque rien à retrancher : on dirait un brave soldat qui n'avait guère envie de se battre, mais qui, une fois sur le champ de bataille, y fait son devoir le mieux du monde.
Maintenant, comme il y a entre l'orateur et le poète une étroite parenté, cette partie de la Rhétorique empiète souvent sur la Poétique, à laquelle, d'ailleurs, Aristote nous renvoie lui-même pour de plus amples détails*. Ainsi, le style a pour règle suprême la convenance : par conséquent il doit exprimer avec vérité la passion et les mœurs, et se
p. 48, éd. de V. Cousin) : k Si nous n'avions pour auditeurs que de pures intelligences, ou du moins des hommes plus raisonnables que sensibles, nous n'aurions, pour les satisfaire, qu'à leur exposer la vérité toute simple ; elle aurait par ellemême de quoi les charmer par sa lumière, par l'ordre des principes qui la démontrent, ou par celui des conséquences qui en naissent toujours en foule, comme les rayons du soleil. C'est la seule bonté que l'on demande à un ouvrage de mathématique. Mais dans la plupart de nos discours nous avons à parler à des hommes bien plus sensibles que raisonnables, qui ne veulent rien entendre que ce qu'ils peuvent imaginer, qui croient ne rien connaître que ce qu'ils peuvent sentir, qui ne se laissent persuader que par des mouvements qui les transportent, en un mot à des hommes qui se dégoûtent bientôt d'un discours qui ne dit rien à l'imagination ni au cœur. Quoique peut-être il serait à souhaiter que notre goût fût un peu plus dégagé du commerce des sens, j'avoue que cette disposition ne m'étonne pas, etc.» Voyez encore tout le Cinquième discours, sur le Modus qui est proprement le /xg'o-ov ou la iistràzia d'Aristote. » Voir plus haut, § 3, p. 206 et 207.
334 HISTOIRE DE LA CRITIQUE. CHAP. Itl, § X
proportionner à l'importance du sujet*. Voilà un précepte qui s'applique parfaitement à la poésie :
TrÏBtia mœstum VuUum verba décent, iratum plena minarum, Ludentem lasciva, severum séria dictu*.
Les ornements du style sont les mêmes en gér néral pour la poésie et l'éloquence. Tantôt on cherche à piquer l'intérêt du lecteur par Temploi d'un mot étranger au dialecte qui lui est familier ; alors il a le plaisir de la surprise. Tantôt on emploie une métaphore ; alors il a le plaisir de la découverte : car sous la métaphore il devine une vérité que celle-ci recouvre '. Le vulgaire est loin assurément d'analyser de tels plaisirs, mais l'analyse qu'en donne le philosophe n'est pas moins vraie pour cela. Aristote sait bien d'ailleurs, et il en fait lui-même la remarque, que la métaphore n'est pas une invention des savants, qu'elle est, au contraire, un des procédés les plus familiers au langage du peuple*.
Les synonymes sont encore d'une grande utilité
* Rhétorique, IH, 7.
^Horace, Art poétique, v. 105-107; Arietote, ibid. : Tô «va).oy6v gortv, sàv iir.ri moi gjoyxwv auT0X«6^aÀ«ç ÀsyïjTat, liïiTS Ttgpï evre^Lciv «xsuvciç*... st ^ï /uiïj, xwaw^îa «atvgrat..., IlaôïjTtxÀ oiy g«v /xgv ft vêpt;, ôpytÇoagvov /c|(;.... Hidavot ^ï TÔ Tcpâr/ua. xaî ii otxcta Ai'ft;, etc.
3 Rhétorique, III, 10.
* Rhétorique, III, 2 : .... Travrgç yUp ^gray opçtîç ;row»Tott.