‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 107 sur 156 · L.'it i : :J Lv · texte numérisé non relu

L.'it i : :J Lv

COMMUNALE D'AMIENS

de la bourgeoisie, car, comme nous l'avons déjà dit, l'entreprise révolutionnaire des habitants d'Amiens tendait à créer dans la ville une nouvelle puissance, ennemie avant tout de celle du comte.

Celte puissance, il est vrai, une fois constituée, pouvait et devait même se tourner contre la seigneurie épïscopale; mais c'était un danger éloigné que l'évêque ne prévit pas ou jugea moindre que le danger présent. Selon les paroles d'un narrateur contemporain, il prêta faveur à la commune sans que personne l'y contraignit, et quoiqu'il sût bien ce qui venait d'arriver à La on, l'effroyable meurtre d'un de ses collègues, et tous les désastres de cette ville. Probablement par son entremise, les bourgeois d'Amiens négocièrent avec le pouvoir royal, et obtinrent de Louis le Gros, au prix d'une somme d'argent, l'approbation verbale ou écrite de ce qu'ils venaient d'instituer, e'esi-à-dire, de l'association ou commune, et des nouvelles magistratures qui, émanées d'elle, étaient destinées à ta maintenir, à lui donner force de loi cl forme do gouvernement (1).

Cette adhésion du roi fixa dans la ville d'Amiens l'état des partis, dont la lutte à main armée était inévitable. D'un côté, la commune, l'évéque, les officiers royaux et le vidante de l'église épiscopale; de l'autre, le comte Enguerrand de Boves, d'abord seul, puis assisté du châtelain qui, bien qu'il ne fût pas son homme lige, mai? celui du roi, se joignit à sa cause et lui ouvrit la forteresse du Castillan (2). Tels furent les acteurs et les rôles dans la guerre civile qui résulta de l'érection de la cilé d'Amiens en commune, rôles dont la distribution s'accordait assez bien avec les vieux souvenirs de son histoire inumci-

i|) Post funeslum excidii Laurtunensis eventiim, Ambiani, rege illceto peouniis, feccre communion), cui episcopus, uulla vi exaclus, debuiEsol pneslarc favorem , praMerliin cum el nemo eum urgerel, e( coepiacopi su i eiim niiserabile exilium, «1 iufaustorum eiïium confligium non laicret. (Guiberli abbat. de ISovîgcnlu, de Vila ma, lib. m, itiler ejus opéra oinuia ,

(3) Ipse aillent in GdeljlaM lagdmmii bue usquo contra burgtniei slelerat.., et «((le Adam régi ho tu m in m fêterai, née ab eu defeeeral, rexque eum in sua lide susceperul. {Ibid., p. 516.)

ôii MONOGRAPHIE DE LA CONSTITUTION

pale. Les événements qui Bignalèrent la révolution d'Amiens ont été racontés avec prévention et avec un certain sentiment de haine par un contemporain, Guibert, abbé de ÏSogent. Toutefois, ce récit, rapproché d'autres documents originaux et dépouillé par la critique de son excessive partialité, donne sur la position des deux partis, sur leurs prétentions, leurs efforts et les divers incidents de la lutte, de précieux renseignements.

« Enguerrand, comte de la ville (dit le narrateur que nous a venons de nommer), voyant que les anciens droits du comté « se trouvaient supprimés pour lui par la conjuration des bour- « geois, traita ceux-ci en rebelles et les attaqua par les armes « avec lotit ce qu'il avait de forces. De plus, il rencontra un a auxiliaire dans le châtelain Adam, et un poste avantageux a dans la tour où celui-ci commandait; chassé de la ville par « les bourgeois, il se renferma dans la tour (I}. « Voilà par quelles hostilités s'ouvrit, dans Amiens, une guerre civile qui dura plus de trois ans. Les bourgeois, armés sous la conduite des chefs de leur commune, étaient soutenus par toutes les forces de l'évéque et par l'assistance personnel le de Cuermond, seigneur de Picquigny, vidante ou avoué héréditaire del'évéché. Durant tout le cours de la guerre, ce secours ne leur manqua point, et au commencement ils trouvèrent un auxiliaire inespéré dans le fils même d'Enguerrand de Boves, dans le fameux Thomas de Marie, le plus turbulent cl le plus cruel peut-être des barons du xn° siècle. Il avait pris parti pour la commune de Laon, ce qui l'indiqua sans doute aux Amiénois comme un allié possible pour leur cause; sans doute aussi de grosses sommes d'argent furent le prix de cette alliance, en vertu de laquelle Thomas , adopté pour seigneur par les bourgeois d'Amiens, prêta le serment d'associé à la Commune, et se mit en cam-

(1) Videra iftujuc ïiigelrannus urbis cornes, ex conjnralioiie burgensium, comilatUE sibi jura vetusta reuidi, jiroul jiolcral, jam rebelles armis aggredilur. Cni etiam non défait Adam , sic eiiiiu vooalnr, cl suœ , cui prœeral ipse, turris auxiliuru : a burgensilius ergo urbi puUus, ab ui'be in turrim se contai i t. (Guibert., Op. cil., p. 915.)

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pagne contre son père ei contre le châtelain Adam (1).

Durant plusieurs mois, le comte et le châtelain, cantonnés dans la tour du Caslillon, et serrés de près par les bourgeois et par Thomas de Marie, furent réduits à se tenir sur la défensive ; mais Thomas ayant reçu de son père des propositions d'alliance et des offres d'argent, se réconcilia avec lui et s'engagea par serment à tourner ses forces contre les bourgeois, l'évéque et le vidame. Dès lors la face des affaires changea : les assiégés du Caslillon reprirent l'offensive, et Thomas de Marie se mil à harceler la ville et à ravager les domaines de l'église épiscopale, joignant au pillage le massacre et l'incendie (2).

Il parait que dans celle crise une partie des bourgeois, et surtout le clergé de la ville, qui adhérait à leur cause, furent saisis d'un grand découragement. Des voix de blâme s'élevèrent contre une révolution dont le triomphe semblait impossible; on reprochait amèrement à l'évéque d"y avoir pris pari et d'avoir excité des troubles qu'il était incapable d'apaiser. Affligé par ces attaques, et doutant peut-être lui même de la cause qu'il avait embrassée, Geoffroy prit la résolution de s'éloigner d'Amiens. Dans l'année 1114,11 renvoya à l'archevêque de Reims les insignes de sa dignité épiscopale, et se rendit au monastère de Cluny, puis à la grande chartreuse près de Grenoble. 11 revint de cet exil volontaire, sur l'injonction de son archevêque; vers le commencement de l'année 1115 (3).

(1) Qui [burgenses], eum in coiniiem irreraissis assultibus grassorentur, et Thumam, quasi amanlioreni suum ilominuin , ai! communiai illius sacrante nia venantes, enritra purement , ut pulalur, suum filium suscitarunt. (Cnibcrti abbat. de Novigrnio, de Vila sua, lib. ut, p. 515.)

(2) E*tiauslo denique Thomas plurimo quem habebnt Ihcsuuri cumulo , opem quoque tngelrunna spopondit contra burgenses, quibus cum vieedomino adnilebatur episcopus. Thomas igilur et Adam, qui turri prœsïdebal, cœperunt aeerrime insislere vitedominn nique hurgensibus. Et quamprimum , quoniam episcopum et clcricos fadas cum burgensibus faelioitis arguebant, res pervasit Thomas ecelesin. (Ibid.)

(3) Cum ergo vidisset [Godefridns] suum nec elero née populo prœsenliam esse gralatn, quia nemiuem Juvare polcral , nssumplo quoiliin nostro monacho, iucousullis ornai bas clero suo ac populo libeilum, ut ila dicam , repudii dédit , et archiepiscopo remensi annulum, saudaliaque remisil, et

A son retour, il vit à Beauvais le célèbre Ives de Chartres, auquel il fil pari du déplorable état do la ville et de l'église d'Amiens. La ville était sans cesse attaquée par la garnison de la forteresse ; on se battait de rue en rue, et les bourgeois, barricadant leurs maisons pour s'y défendre, transportaient dans les monastères du voisinage ce qu'ils avaient de plus précieux (1). Toutes les terres de l'évéque et du chapitre avaient été envaliies par Thomas de Marie et occupées par ses gens de guerre. Consulté par l'évèque d'Amiens sur ce qu'il y avait à faire dans de si tristes conjonctures, Ives de Chartres lui donna l'avis de s'adresser au roi et de réclamer aide et secours, an nom de la paix publique; lui-même écrivit à Louis le Gros une lettre qui s'est conservée jusqu'à nous (2).

se in enilium iturnm, nunquamque detneepa episeopum fulurum , utrobique mandavit... I]ise enim luibaro moverat quam sedare non potrrot. (Guiberli abbal. do KovigenED, de Vila sua, lib. 111, inler ejus opéra omnia, p. 516.)

(1) Entra munis urbis Ambianensîs es.! inonusturium S. Dionisii. In illud tum cives Ambianenses aurum , argentan: aliusque l'es comporlaranl , inonachisquo diligonter asserrandns commendarani. Seviebat enim per id tempus in urbe sedïtio et beliuro in lest in u m , e< siearii passim lolo oppido vagabntilur magnum omnibus terrorem aflVrenles, (Vila S. Goifafridi Anibian. epiie., npud Suiiuin, mens, novemb., p. 22t.) — Referri non possunt ab aliquo, ne ab eis quidem quorum para périclita bu lue, facile neces de burgensibus per lurreiiies , citm anle obsldionem , luni posten crebriores. Fiullus enim apud urbanos actns erat , sed passio sois. (Guiberti abbat. de Hovigcnto, de Vita nia, lib. m, ïnlcr cjus operu oiniiiu, p. BIS.)

(2) Dominus Godefrïdus Ambionensis episcopus, vir religiosus et honestus.nuper Belvacï lio«pilalus, od colloquiom uoslrnm pro huroilïtale sua «Il il, inipot labiles iniserias sua* et anguslius, qiiibus a violaloribus pncîs vcxalur, laclirymabililer no bis aperuit, et cousilium quomodo lanta mata miligare posset, a me anxie quœsivit. Quoii cum excederet vires meus, quia consiliura sine mriitudinc inutile esse solel, tioo uiium raîlii prie cœieris oecurrit, qualinus eum moncruiu, ut regiam niajestalcm adirct, apud quam et consilium iiwL'ziin, 1:1 auxilii foriiliril» valra! .-ocuri. Ex jure rrgo (idc)itatîs et dileetioni's monemus et rogaraus legiam majeslalein VCStram, qiiatinus iacbrymabiles ejus ijucsliones intenta aure perpciulntif , et cor VCS- U'unt uculeîs doloris ejus, suggurenle pielate , cumpiingalis. Deccl enim ri'Hiiun ujitji-stjtem veslram ut pacluni pneis , quod Deo inspirante in regno vestro cou (ir mu ri Ci: ci s lia, nulla lenuciuanle tmicilîa vcl follcole desidia violari permittalis. (Ivonis Cnrnol. epis., apud Script, rer. gallic. cl /mnei'c, l.XV.p. ISiel t65.)

COMMUNALE D'AMIENS. 347 Le roi, déjà sollicité contre Thomas de Marie, ami et fauteur des bourgeois de Laon, par la plupart des évêques de la province rémoise, marcha sur Laou, punit cette ville des excès qui avaient souillé sa révolution et s'empara de plusieurs châteaux appartenant au fils d'Enguerrand de Boves; puis il se dirigea vers Amiens. En intervenant au milieu de la guerre à outrance que se Taisaient les bourgeois de cette ville et leur comte, Louis le Gros n'eut point en vue la poursuite de projets politiques, l'exécution d'un plan conçu dans le double intérêt du peuple et de la royauté; au bruit des violences et des profanations commises par les adversaires de la commune d'Amiens, il leva sa bannière et se présenta dans la lutte comme mainleneur de la paix publique, défenseur des faibles et protecteur des églises (1). La royauté ne concevait pas alors d'autre rôle pour elle, et c'est la gloire de Louis VI d'avoir en toute occasion rempli ce rôle avec un courage admirable et une infatigable activité.

Sur ces entrefaites, Thomas de Marie reçut, dans une rencontre qu'il eut avec le vidame, des blessures qui le mirent hors d'état de continuer la guerre en personne; il se retira dans son château de Marie, laissant les plus braves de ses hommes de guerre dans la tour du Caslillon, qui passait pour imprenable (2). Ce fut vers la féle des Rameaux de l'année 1H5, que l'armée du roi, peu nombreuse, mais composée de gens exercés aux travaux militaires, arriva aux portes d'Amiens. La venue d'un pareil secours avait rendu à i'évêque Geoffroy toute son énergie politique ; le dimanche des Rameaux, il prêcha de-

(1) Mais autcm ubique UnM egcral [Thomas] ut arehiepiscopiel prtesules pro ecelesiis qiiœrimonia data ad rejçem dicercnt.se in rej;no cjus Dei officia non faeturos, nisi ulcisceretur in illum... de hïa ergo ae similibus eu m maniai» eccksiarum doloribus, apucl regias ciim impeterentur auxes... colleelo rcx adversus eu m extrait a... (Guiberli abbat. je Novigcnto , de Vita ma, llb. m, tnlerejus opéra omnia, p. S)7.)

iï) Confossus membra vuineribus etiam in poplite lanoeam hostïa pedestria nccrpil. Qui cum alias , tune in geniculû durissime lies us, vellet nollel, h cœplo desiil... Thomas igitur turri subvenire non poluit in Ira quam et flliara suam et mililum suorum probiores dimiaeral... Thomas aulem apud Baroam tuebalur se. (Ibid , p. st6 cl 517.)

vaut le roi, l'armée et les citoyens, un sermon où il promettait le royaume du ciel à ceux qui périraient à l'attaque de la forteresse. Guibert de Nogent parle de ce discours avec une colère mêlée de réminiscences classiques, et dit que c'était, non la parole de Dieu, maïs la harangue d'un Calilina (1).

Dès ie lendemain, les machines de siège furent dressées contre la tour du Castillon, et l'évéque se rendit, nu-pieds, au tombeau de saint Acheul, pour implorer l'assistance divine en faveur des assiégeants (2). Les troupes royales, réunies aux plus déterminés et aux mieux armés d'entre les bourgeois, et conduites par le roi en personne, livrèrent un assaut général ; mais, malgré l'ardeur desassaiilantset la puissance des mac h in es employées à battre les murs du Castillon, celle forteresse, bien défendue, résista. Les machines d'allaque furent démontées par les pierres lancées du haut des murs; beaucoup de soldats et debourgeoispérirent,el le roi lui mêmefutblessé à la poitrine d'une flèche qui traversa son haubert (3). Jugeant la place trop forte pour être enlevée d'assaut, Louis VI résolut de ne jioint tenter sur elle un nouveau coup de main, et de tourner ie siège en blocus; il partit d'Amiens, et y laissa des troupes, qui, avec la coopération des bourgeois et de leurs adhérents, devaient cerner le château jusqu'à ce que la famine contraignit ceux qui le défendaient, à se rendre (4).

Le blocus de la citadelle d'Amiens dura près de deux ans ;

(1) Igitur, Dominlcn Pal m nr uni, rc versus » Carlhasta, Godcfntlus rpiscopus, longe alin ouam ibi didicernt, incipil propagure. Begem eego areessil, et die celebri ac verendo, ipsum el aslautem populum ml versus Turrenscs, sermoiie habita, nun Dei, sed Calilinario, irritare intendit, .<pondens régna cœlurum his qui lu n i m expugnaudo péri cri» t. (Guibert. abbal. de Novîgcnlo, de Vila sua, iib. m, inlcr ejus operu nmnia, p. 317.)

(2) Postridie pro muro Cnslcllionis (sic enim vocatur) ingénies mncliitue porriguniur, cisque milites imponuntur. Turrenscs anle corlirtis sesc proleicrant, ne esse corum prodcrelur... Episcopus vero nudîpes ud Sanclum Aceolum, non lune pro bue evaudiendns, abicrat. (/oid.)

(3) El fervescenlc Jactu missilîam.- . eliam regem jaeulo in pectore lorieato lœserunt. {Ibid.)

(4) Videus igitur rex inexpugnabilcm locum, cassit : obsideri jubeni dum famé coacti se redderent. (f6W.)

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ce ne fui qu'en 1117 qu'elle se rendit aux officiers royaux, et que sa reddition délivra la commune de toute hostilité à main armée. Par ordre du roi, la tour et tous les ouvrages de défense qui la protégeaient furent démolis (1); mais, malgré la forfaiture du châtelain Adam, qui, sans griefs personnels, avait guerroyé contre son seigneur immédiat, Louis le Gros ne lui enleva point son fief ni ses droits seigneuriaux ; seulement, ces droits ne furent plus attaches qu'à un amas de décombres et à une vaste étendue de terrain qui, dans la suite, réunie à la ville et comprise dans son enceinte, retint à travers les siècles et conserve encore aujourd'hui le vieux nom de Castillon (2). Enguerrand de Boves et sa famille furent dépossédés du comté d'Amiens, et la famille des anciens comtes, celle de Raoul I", rentra dans ses droits (3).

Celle famille, étrangère à la lutte contre la commune-, et devant, au contraire, sa restauration à l'affranchissement municipal, était disposée à reconnaître les faits accomplis, et à terminer la révolution par un accord pacifique, un règlement de droits, et un partage de pouvoir entre la seigneurie cl la cité. Quant a l'évèque Geoffroy, il mourut dans l'année 1116 (4) ; il ne vit point s'organiser et prospérer, au seiu de la paix, celle

(f) Regressus, Inrrim ejusdem civilalis, Adffi aijnsdam tyranni, ecclesiits el lolam viiiiuiam dilapidants, ohsedit : qunm fere bicunali coarclans obsidione, ail ilediliouem defeusorcs cogens, expugnnvil, expugnatum fundilus subvcrtil, «jusque subversione pueem pulricc, régis fungens ofllcio, qui non sine cousu guulium parlât, gralanlissimc reformavit. (Sugcrii abbat. liber de Vila Ludovicï Grossi régis, npud Script, rer. gallie. el fruncic, t. XII , p. 42.)

(2) Une des paroisses d'Amiens se nomme Sainl-Firmin en Ciislillon.

(S) El lam ipsum prœlïiium Tliomum nequissimum, qnam suas , daminio ejusdem cmtalis perpeiuali 1er exberedarlt. (Sugerll abbat. lib. de Vita Ludovic! Grossi, ap. Script, rer. gatlic.et francic, t. XII, p. i2.J — Voy. plus haut p. 536, note. Adèle, cœur des comtes Simon, Gui cl Ives, et son mari Renaud, comte do Vcrmandois , prirent possession du comté d'Amiens en 1117 ; ils le lia omirent, en 1118, à leur gendre Cliarles de Danemark.

(i) Enguerrnud , qui lui succéda , tint jusqu'à la lin de la guerre le parti delà communc;il est nommé une fois par Guibertde Piègent, dont le récit l'arrête avant la prise du Casltllon : » Hue usque persévérât obsidio ■■ et dicî non polesl quoi de Burgensibus solis quolidie peno depcrwmt. Adnm vero extra posilus, suburbia el lugelrannum ulque vice dominum crebris hoslili-

constitution libre qui était en partie son ouvrage. Sa mémoire, entourée d'hommages religieux, mériterait bien aussi des honneurs civils. Un jour peut-être (et nous voudrions que !e présent travail pût hAiCr ce jour) on verra s'élever, au milieu d'une des places publiques d'Amiens, la statue de saint Geoffroy, tenant à la main le pacte d'association communale, et, sur le rouleau déployé, on lira ces mots expressifs qui formaient le premier article, et qui contenaient tout l'esprit de ce pacte civique : >. Chacun gardera fidélité à son juré, et lui prêtera secours et « conseil en tout ce qui est Juste (1). •

La loi de la commune, délibérée par les citoyens après leur association sous le serinent, fui, selon toute probabilité, soumise en 1117 à l'accepiation de la famille qui recouvrait ses litres seigneuriaux, cl alors sans doute elle devint l'objet d'UH contrat formel entre le corps des bourgeois et le nouveau comte. Ce traité, donl aucune mention ne s'est conservée jusqu'à nous, mais dont il est impossible de ne pas conjecturer l'existence, fut ia première charte de la commune d'Amiens. La mesure des droits que la ville s'était créés parsa révolution, ei la mesure de ceux qu'en vue d'une paix durable elle reconnaissait à ses anciens seigneurs, furent élablies dans cette charte consti tu lion n elle, où la souveraineté urbaine était posée comme principe et comme règle, et le pouvoir seigneurial c imnie exception. Au moyen âge, l'attribut e sentiel de la souveraineté, c'était la haute- juridiction. Celle du comte passa tout entière à la commune, sauf réserve de l'assistance d'un prévôt, qui faisait tes sommations, instruisait d'office, veillait aux jugements, mais ne jugeait pas (2), el sauf réserve d'une part

latibue urget. (Gtiïbcrli abbat. de Novigcnto, de Vila sua, lib. m, inter ejus opéra omiiid, p. 517.)

(I) Uiiinqui=i|ue jiirato suo fiilem . nuxilinm , cnnsiliiimqne per omnia Juste nbserrabii. ( Charte (le la communu d'Amiens. ) — Voyez ci-après le texte lie celle charte.

(2; Gela était littéralement vrai pour les causes criminelles. Dans tes causes civiles, surtout en matière île créances et d'obligations, le prévit du comte pouvait juger, si les parties y cousentuient; sinon, l'affaire était portée devant les magistrats municipaux.

COMMUNALE D'AMIENS. 3S1 dans le p™duitdesamendeB,8aisiesotconflscalionBjudiciaires. La juridiction de l'évêque et celle du chapitre furent maintenues intactes dans leur ancien ressort ; celles du vidante et ifo châtelain semblent avoir été supprimées dans leur exercice et réservées quant aux droits miles et aux profils pécuniaires (1). Les droits de cens, de toniteu, de travers et autres, les moulins et les fours banaux restèrent en la possession du seigneur en titre sur chaque portion du territoire communal, et, plus tard, lorsque la commune voulut réunir ces droits à son domaine propre.il fallut qu'elle les obtînt de chaque titulaire par cession ou par achat (8),

La commune d'Amiens était souveraine, car elle avait le droit de se gouverner par ses propres lois, et le droit de vie et de mort sur tous ses membres; elle avait, suivant le langage de l'ancienne jurisprudence, haute, moyenne et basBC justice. Son pouvoir législatif, administratif el judiciaire était délégué par elle à un corps de magistrats électifs renouvelé chaque année, et dont le chef portait le litre de Mnyeur (maire), el les membres celui à'Éckevin ou les titres réunis A'Échevin et Prévôt (5t. Ainsi le vieux nom des juges élus de la constitution carolingienne, qui avait disparu sous le régime féodal, reparaissait avec une signiiicalion bien plus étendue, el le litre de Maire, peut-être ancien dans la ville, prenait une valeur politique dont rien jusque-là n'avait pu donner l'idée. L'élu aux fonctions de

(I) J,e litre de vidante d'Amiens cl lesdroils seigneuriaux allacliés h ce

aveu J'cïêqui! , le curule cl le vldaine . ajoutèrent à leurs prénoms le nom

il- I.d preuve de ce fait el l'explication des termes qui servaient à désigner les llive^se^ catégories de rcdi'Vnnies seigneuriales se trouvent dans une charte de l'hilip|ie d'Alsace , outille d'Amiens , donnée entre les années 1161 el 1185. Voy. celle pièce, ieite el noie, dans le t. I du Beo. Jet manum. inédits île fhttt. du tien étal, p. 74.

(3] On trouve le titre de privât diin- l'iiln i inage d'Amiens dès le xit- siècle, c'est-a-dire deux siècles avant l'acquisition fuite par celte vi(|c de la prévôté du roi. Voyez ibid., p. %, une charte de 1177.

Maire ou d'Écbevin était contraint d'accepter ces fonctions sous peine de bannissement, loi remarquable en ce qu'elle faisait revivre et sanctionnait par des garanties toutes nouvelles ce principe de la législation romaine, que les offices municipaux sont une charge obligatoire (1).

De même que la curie des temps romains, l'échevinage régissait les propriétés communes et gérait les finances de la cité; il réglait et administrait la police urbaine; il donnait l'authenticité aux actes de tout genre, et constituait dans son sein un tribunal chargé de réprimer les infractions aux ordonnances de police et aux règlements municipaux; mais, nous l'avons déjà dit, ses attributions ne se bornaient pas là. A la simple police et à la police correctionnelle il joignait la juridiction civile et la juridiction criminelle; en toute matière, le droit commun pouvait être modifié par ses décrets ou par sa jurisprudence. Enfin , comme exerçant la souveraineté municipale au nom du corps des citoyens, il scellait ses actes du sceau de la Commune, sceau qui , durant plusieurs siècles, eut pour légende à son revers ces mois : Secretum hedh su m (2).

Bien que la charte de transaction, qui, pour la Commune d'Amiens, fit succéder au mouvement révolutionnaire le régime constitutionnel, ne subsiste plus dans sa teneur authentique, il

(1) » ... El convient que chis qui pris est faiche le seraient de le mairie, et se il ne veull faire, ou aboiera se maison et demourra en le merchy du roy, au jugement des esquevins.

• De rckief , so li maires qui eslus serait refusoil le mairie et vausist souffrir le damage, jù pour clic ne demaurcroil qu'il ne (csisl l'office; el se aucuns refusai! resqutvinage, on abaleroilse maison e( l'amenderai! an jugement des esqnevins , el pour chou ne demoureroit mie que il ne fesist i'oluce de l'esquevinage. » { Ancienne coutume d'Amiens. ) Voyez le texte entier de cette coutume, ibid., p. 157 el suiv.j voyez aussi Cod. ilicod., lib. xu, lit. i. Je decurionibui , et D., lib. i , lit iv, de muneribus tt kono-

(2) L'autre face, lescel proprement dit, portait : SigiUuu thittm Ambio~, nmii'um. Quant & la monnaie d'Amiens , dont mi échantillon célèbre est le denier d'argent qui a pour légende : Pax tivibut luis, et qui semble appartenir il In seconde moitié du xi= siècle, rien ne montre qu'A rétablissement de la commune, elle oit passé, de la dépendance du comieou de L'évèque, sous celle des magistrats municipaux.

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nous serait possible d'en présenter, non-seulement le fond, mais la forme probable, d'après un acte postérieur où elle se trouve encadrée pour ainsi dire, et modifiée simplement dans quelques-unes de ses formules. Il s'agit des lettres accordées en 1190 par le roi Philippe-Auguste aux bourgeois d'Amiens, et ponant concession , ou, pour parler plus exactement, confirmation de leur Commune (1). Nous pourrions eilraire de la charte royale, comme plus ancien qu'elle, tout ce qui s'y trouve depuis l'article premier, qui énonce les devoirs mutuels des Jurés ou membres de la Commune, jusqu'à l'article quarantecinq, où on lit : i Tous ces droits n'existent que de juré à juré ; il n'y a pas égalité en justice entre le juré et le non juré |2). »I1 nous suffirait de supprimer dans ces quarante-cinq articles les mots roi et royal, qui, selon nous, y furent introduits en 1190 par la chancellerie de Philippe-Auguste. Le texte, ainsi dégagé des formules qui nous semblent provenir d'une révision faite après coup, prendrait place, par conjecture, à l'année 1117, , comme étant la loi primitive de la Commune d'Amiens, lot délibérée et volée d'abord par les bourgeois, puis débattue sur certains poinLs entre leurs chefs et le nouveau comte, enfin acceptée et ratifiée par ce dernier. Mais quelque légitime qu'à notre avis l'hypothèse eût été dans ce cas, nous n'y aurons point recours; nous en sommes dispensés par un document irrécusable, par un acte authentique d'une date antérieure à 1190, où figurent, avec quelques variantes, quinze des quarante-cinq premiers articles de la charte de Philippe-Auguste. C'est la charte de la Commune d'Abbeville donnée par Jean , comte de Ponlhieu, en l'année 1184. En voici le préambule :

« Moi Jean, comte de Ponlhieu , je fais savoir à tous préa sents et à venir que mon aïeul le comte Guillaume Talevas a ayant vendu aux bourgeois d'Abbeville la faculté de faire une u Commune, et que ces mêmes bourgeois n'ayant de cette

(1) Voyez ci-aprés section iv.

(2) Omniti ista jura et (îrccepla que predi*imus majoris et communie lanlum sunl in ter jura tas , non est equum judicium inter juratum et non jura lu ni.

« vente aucun écrit authentique , je lenr ai octroyé , sur leur <r requête, d'avoir une commune et de la tenir à perpétuité « selon les droits et usages de la commune d'Amiens ou de « celle de Cprbje ou de celle de Saint-Quentin, saur le droit de « la sainte Église el le mien et celui de mes héritiers et dp mes « barons (1), » Le dernier article de la mémo charte e6t celuici ; a Enfin, s'il s'élevait entre moi et les bourgeois d'Abbevilie « une contestation qui ne pût être terminée par cet écrit , elle e sera décidée par la commune de Saint-Quentin ou celle « de Corhie, ou celle d'Amiens (2). »

Un conférant le texte de la charte communale d'Abbevilie avec les chartes des trois Communes qu'Abbeville prit pour modèle de sa constitution ci pour règle de son droit pénal, on D'y reconnaît aucun article spécial des chartes de Saint Quentin et de Corhie; mais il n'en est pas de même pour la charte d'Amiens. Quant à cette dernière, l'imitation est frappantu nonseulement pour le fond, mais encore pour la forme; on a maintenu la distribution des matières sans chercher à y mettre plus

(I) Quoniam ea que lillerisannoiaiilur, melius roemorîe comroeiidniilur, ego Joliunnes cornes Pnnlivi, tam preseiilibus quam futuris notum facio , quad cum avus meus cornes Williermus Talevas, proplcr injurias el molestins a poteulibus terre sue burgensibus de Abbiilis Villa fréquenter illatas, cisdein communiera vendidisset ; et super illa veudjcioiie, burgeuses scriptum aulenlicum non haberent , ad pelilionem eorumdcm burgensiunj , de assensu uxoris mee Beatricis el fralris mei Guidonis , et consilin homiuum meorum , concessi eis communiam liabendam , el tanquam iideiibus nteis , contra opines domines in perpeluum leneudura, secundum juru et cotisuetudines communie Atnbianis vcl Corbeie vel Sancii Quintiui , salvo jure sancte ccclesie el meo et heredum mcorum el barouum meorum. (ffe. des ordonn. des rois de France, t. IV, p. 5B.)~ l- fl Commune de Corbie s'élnblit sous le règne de Louis le Gros par concession de ce prince; celle de Sainl- Quenlin fut octroyée, au commencement du siècle, par j'uu des prédécesseurs de Raoul I", comte de Vermaoduis.

(S) Ad hee si forte inter me et diclos burgeuses meos, querelu emerserit , que per bot scriplum uequeat (ermiuari , per communium Sancii Quinlini vel Corbeie, vel Ambîanis terminais fuerit. (Ibid., p. 3S.) — Le car tu luire municipal d'Abbevilie, intitulé Livre rouge, constate, pour la seconde moitié du xiil" siècle et le» siècles suivants Jusqu'au xvi', que l'échevinage d'Abbevilie avait recours à ceux d'Amiens et de Saint-Quentin dans des questions de droit souvent très-simples.

COMMUNALE D'AMIENS. 3 SB

d'ordre et de méthode; on a suivi la succession des articles qu'on adopiaîi, et leur lexte .1 passé d'une cbarle dans l'autre avec de simples variâmes. En un mot, il est évident que les rédacteurs de la charte d'Abbevillc, donnée en H8i, ont en sous les yeux, dans leur travail, au moins quinze des cinquaple-dcux articles dont se compose la charte communale d'Amiens signée par Philippe-Auguste en 1190.

Ces quinze articles sont les sept premiers, les 9', 10° et H", les 14=, 15* et lli', le 20' et le W. Ils traitent des devoirs des Jurés l'un en-. ers l'autre; du vol commis dans les limite* de la Commune; de la sûreté des marchands qui viennent vendre à la ville; du vol commis par un membre do ia Commune au préjudice d'un de ses Jurés ; du vol commis au préjudice d'un Juré par un homme étranger à la Commune ; des < otips donnés avec le poing ou la main; des blessures faites, au moyen d'armes, par un Juré à un autre Juré; des blessures faites et des coups donnés à un Juré par un non Juré; des paroles injurieuses entre Jurés; des propos offensants tenus contre la Commune; du plaignant qui ne donne pas suite à sa plainte en justice; de la résistance aux sommations des ofllcicrs de la Commune; du crime de relations amicales avec un ennemi de la Commune; de l'imputation de faux jugement coutre les juges de la Commune; enfin des conventions passées devant deux ou plusieurs membres de l'échevinage.

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