‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 16 sur 156 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

impôts et les subsides; c'était l'un des lieux usages et le meilleur principe de ce régime; la population urbaine en eut le bénéfice, sans le revendiquer, et sans que personne le lui contestât. D'abord peu fréquente et bornée à des cas spéciaux, la convocation par le roi de représentants des bonnes villes eut lieu d'une façon isolée, sans que le fait, quelque nouveau qu'il fut, parût aux contemporains digne d'intérêt. Les formules de quelques chartes royales sont le seul témoignage qui nous en reste avant le règne de Philippe le Bel (i), et il faut descendre jusqu'à ce règne pour le voir se produire d'une façon éclatante, et marquer sa place parmi les grands faits de notre histoire nationale.

Le surcroît de dépenses et de besoins pour la royauté que firent naître les créations administratives au milieu desquelles s'ouvrit le xiv e siècle devait naturellement amener des appels plus nombreux et plus réguliers de bourgeois mandataires des cités et des communes. De graves événements survenus dans la première année du siècle donnètent une solennité inaccoutumée et le caractère de représentation nationale à des convocations jusque-là partielles, et qui passaient l'une après l'autre sans se faire beaucoup remarquer. La cour de nome, violant les règles et les traités qui limitaient son pouvoir eu France, prétendit à un droit de suprématie temporelle sur les affaires du royaume. A ce sujet, le pape Boniface VIII et le roi Philippe le Bel entrèrent en lutte ouverte; le pape convoqua un concile général, et le roi une assemblée générale de députés des trois états, clergé, noblesse et bourgeoisie des villes (2). Celles du Nord envoyèrent leurs échevins, celles du Midi leurs consuls, et la voix du commun peuple fut recueillie dans ce grand débat au même litre que celle des barons et des dignitaires de

(1) Voy. l'Ordonnance de suint Louis de 13112, coiilre-siguéc par Irais bourgeois de Paris, trois de Provins, deux d'Orléans, deux de Sens cl deux de Laon. Itee. dei Ordann. deiTois de France, 1. I, p. 93. — L 'origine des états particuliers des provinces est la mime que celle des étals généraux du royaume.

(2) Les trois états de France furent convoqués i Noire-Dame de Paris le lOatriHSOS.

l'Église (1). « A vous, j> disaient dans leur requête au roi les représentants de la bourgeoisie, a à vous, très-noble prince, a uostre sire Philippe, par la grâce de Dieu roy de France, h supplie et requiert le peuple de rostre royaume, pour ce qui a l'y appartient, que ce soil fait que vous gardiez la souveraine a franchise de vostre royaume, qui est telle que vous ne a recognoissiez , de voslre temporel, souverain en terre, fors « que Dieu (2).... » Ce vœu d'indépendauce pour la couronne et le pays marque noblement dans notre histoire la première apparition d'une pensée politique des classes roturières hors du cercle de leurs intérêts et de leurs droits municipaux ; il fut , depuis, l'une des maximes fondamentales qui, nées de l'instinct populaire et transmises de siècle en siècle, formèrent ce qu'on peut nommer la tradition du tiers étal.

Ce nom de tiers élat, lorsqu'il devient une expression usuelle, ne comprend de fait que la population des villes privilégiées, mais, en puissance, il s'étend bien au delà; il couvre non-seulement les cités, mais les villages et les hameaux; non-seulement la roture libre, mais tous ceux pour qui la liberté civile est encore un bien à venir 13). Aussi, quelque restreinte que fût par sa nature toute municipale la reprësenialion du troisième ordre, elle eut constamment te mérite de se croire chargée de plaider, non la cause de telle ou telle fraction, de telle ou telle classe du peuple, mais celle de la masse des non nobles, mais le peuple sans distinction de francs ou de serfs, de bourgeois ou de paysans (4). Toutefois l'on ne voit pas que la bourgeoisie

cite boroncs, prœlalos, duces et comités, abbates et proeurntores eapilulo-

castdlauos, majoies el sci.binos cc-mmuniurum... (Chronique' de Guillaume tleNangis, t. I,édil, de Geraud, p. 3ti).

(2) Chronologie de* Estais gënë Taux, par J. Savarou (Caen, 1788), p. 94. — Voyez le Rapport de niuu fi-iii-c Amédée Thierry, sur le Concours du prix tt'Iiisioirt, décerné m Ittii pur l'Académie des sciences momies et

(3) Les mots gens de tiers et commun état se trouvent dans plusieurs actes du xv« siècle. On disait indifféremment le tiers état, le commun état, el

(1) Les élections des députes du liiT-i l'iat, bornées durant le xiv siècle et

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