CHAPITRE II
de s'équiper d'armes selon son état; enfin, la défense de traduire qui que ce soit devant une auire juridiction que la justice ordinaire, l'abolition du droit de prise ou de réquisition forcée pour le service royal, et la suppression des monopoles exercés sous le nom de tierces personnes par les officiers royaux ou seigneuriaux (1). Il y a là comme un souffle de démocratie municipale, quelque chose de plus méthodique et de plus large en fait de liberté que la résistance aristocratique de la noblesse et du clergé. L'initiative du tiers état dominait, par l'empire du bon sens et de l'expérience administrative, dans ces délibérations qui, à ce qu'i! parait, furent communes entre les trois ordres (2). La môme chose eut lieu, avec des conséquences bien plus graves, aux états généraux de 1556, année fatale, où, par suite d'une bataille imprudemment livrée, on vil le roi prisonnier, la plupart des nobles tués ou pris dans la déroute, les forces du royaume anéanties et le gouvernement dissous au milieu de la guerre étrangère, des discordes intestines et de l'irritation des esprits.
Le désastre de Poitiers excita dans les classes roturières un sentiment de douleur nationale, mêlé d'indignation et de mépris pour la noblesse qui avait lâché pied devant une armée très-inférieure en nombre. Ceux des gentilshommes qui, revenant delà bataille, passaient par les villes et les bourgs, étaient
(1) Et ne seront Itsdilrs nydes et ce qui en yslra levées ne distribuées par nos gem, par noz trésoriers, ne par nez officiers, maïs par autres bonnes gem, saiges, loyauls et solables, on! en nez, commis et deppulcz par les trois estai dessusdiz, [ont aux frontières comme ailleurs où il les conviendra distribuer. (Ordonn. du décembre, 1355, ail. 5.)— Ibid., art. 6, 7, 8,9, 11, 12, 13, 18, 19el32.
(2) Furent assemblés a Paris, par le mandement du roy, les prélats, les chapitres, les barons et les villes du royaume de France, et leur list le roy exposer eu su présence Testât des guerres... Lesquels r es pondirent, c'est assavoir ; leclergié, par la bouche de mnistre Jehan de Craon, lors arcevesquo de Rhîos, les nobles, par la bouche du duc d'Athènes, el les bonnes villes, par Esticnnc Marcel, lors prévosl des marchons k Paris, que il esloieM tous prests de vivre et de mourir avec le roy, et île mettre corps et avoir en son service, el délibéraeion requistrent de parler ensemble, laquelle leur fu ottroiée. (Chroniques de SuiuLDenis, edit. de M. Paulin Paris, t. VI, p. 19.]
poursuivis de malédictions el d'injures (1). La bourgeoisie parisienne, animée de passion et de courage, prit sur elle, à tout événement, le soin de sa propre défense, tandis que le fils alué du roi, jeune homme de dis-neuf ans, qui avait fui l'un des premiers, venait gouverner comme lieutenant de son père. C'est sur la convocation de ce prince que les états s'assemblèrent de nouveau à Paris avant le terme qu'ils avaient fixé. Les mêmes députés revinrent au nombre de plus de huilcents, dontquatre cents étaient de la bourgeoisie, et le travail de réforme ébauché dans la précédente session fut repris, sous la même influence, avec une ardeur qui tenait de l'entraînement révolutionnaire. L'assemblée commença par concentrer son action dans un comité de quatre-vingts membres, délibérant, à ce qu'il semble, sans distinction d'ordres; puis elle signifia, sous forme de requêtes, ses résolutions, qui furent : l'autorité des états déclarée souveraine en toute matière d'administration et de finance, la mise en accusation de tous les conseillers du roi, la destitution en masse des officiers de justice, et la création d'un conseil de réformateurs pris dans les trois ordres; enfin, ia défense de conclure aucune trêve sans l'assentiment des trois étals, et le droit pour ceux-ci de se réunir par leur seule volonté, sans convocation royale (2).
(1) Avec (oui ce, tes chevalins i:l 1rs ['■ou vers qui retournés étoienl cie la bataille, en étoienl tant hais et si blâmés îles communes <|"e ravis ils s'embatoirnl es bonnes villes. Si purlememoienl et murmuroïent ainsi les uns sur les autres. (Chron. de Froissart, liv. i", S" partie, ch. 52.)
(2) Ordonn. du 5 mars 1557 (1356, vieuï style), art. i, 2, 5, 11,39, 12 ctiji Hec. des Ordonn. des rois de France, t. III, p. 12S...—II esmut, enduit cl «noria les députe/, di'ssiiitiliz J a qu'il l'sk-iissent \svin personnes des Irois estas, c'est assavoir ; iv prêtas, ut chevaliers el iti bourgois, qui averoient tout te gouvernement du royaume, i[ui ordeneroienl la chambre de parlemcnl, des comptes el de louz autres offices, el y melleroient telles personnes comme bon leur scaihleroit. Et par ce appert eléremenl nue le gouvernement, l'ouctoriié cl la puissance de gouverner le royaume il vouloit osier au roy cl il monseigneur le duc, ou au moins leur en vouloit si petit laissier comme niaut, car, loulc l'auclorilé do fait fetist aus iivut cslcuz, el n'en ciist le roy ne le duc fors nom laiil seulement. (Articles eonlre Itobert le Coq, évéque de I.aon ; manuscrit publié par 31. ftouet d'Arcq, duns la Bibliothèque de ('Ecole des chartes, t. Il, p. 3C5, art. 52.) - Froissart dit que le