CHAPITRE II
Le lieutenant du roi, Charles duc de Normandie, essaya en vain les ressources d'une habileté précoce pour échapper à ces demandes impérieuses : il fut contraint de tout céder. Les étals gouvernèrent sous son nom, mais le désaccord, né de la jalousie mutuelle des ordres, se mit bientôt dans leur sein. La prépondérance des bourgeois parutinsupportableaux gentilshommes, qui, désertant l'assemblée, retournèrent chez eux. Les députés du clergé tinrent mieux a leur poste, mais Unirent par s'éloigner aussi, et, sous le nom d'états généraux, il n'y eut plus que les mandataires des villes, chargés seuls de tout le poids de la réforme et des affaires du royaume (1). Obéissant à un besoin d'action centrale, ils se subordonnèrent spontanément à la députalion de Paris, et bientôt, par la pente des choses et par suite de l'altitude hostile du régent, la question de suprématie pour les étals devint une question parisienne, soumise ,aux chances de l'émeute populaire et à la lutclle du pouvoir municipal (2).
conseil des états devait être composé do trente-six personnes; mais une liste qu'on peut croire nul lien litjue donne a ce conseil Ire ni e-rt.ua Ire membres, savoir : six nobles, onze ccelô-î iij ucs tl di\-?ept bourgeois. Ainsi la représentation des communes s'y trouvai! égale en nombre a celles de la noblesse et du clergé réunies. Voy., dans le tome 11 de la Bibliothèque de V Ecole de» Charles, le document eilc plus haut. (I) Or vous dis que les nobles du royaume de France et le- pi-dlals de
jour d'après KoCl l'an dessusdit, fu l'assemblée a Paris des bonnes villes, mais il n'y ot aucuns nobles el pou y ot de siens d'église. El tous les jours assemblaient el fi ne jniveicnl cslre ;i accort. El lunti^ voies- ils demoui'êrent a Paris jusques au viugt-qualricsnie ou vingl-cint|uiesme jour de janvier. (C/iron. de Saiut-Denii, I. VI, p. 80)-I.c dimaiiclic devant karesme prenant, oiiiiesmc jour de février, se rassemblèrent Ù l'uris plusieurs des bonnes villes el du clergié, mais il n'y vint nul noble. Et par plusieurs journées se assemblèrent, si comme il aVoient uccon-tumé. ,/Mii., p. 80.) . (2) Le samedi ensoiiMiit, viu»t-(iii:iiriesiiie jour dudit moys, fu monseigneur le duc en la chambre de parleuieul, el avec lui aucuns de son conseil qui lui cstoienl demourés. Et iù allèrent it luy ledit prévost et pluseurs autres avec luy, tant armes comme non armés, el requislrent â monseigneur le duc que il feist tenir el garder, sans enfraindre, toutes les ordefuuisea lesquelles avoienl esté fuites par les trois estas, l'an précédent, et que il les luîssusl gouverner, si comme autrefois avoit esté fait... el pour ce que le
ici apparaît un homme dont la figure a, de dos jours, singulièrement grandi pour l'histoire mieux informée, Ëtienne Marcel, prévôt des marchands, c'est-à-dire chef de la municipalité de Paris. Cet échevin du xiv" siècle a, par une anticipation étrange, voulu et tenté des choses qui semblent n'appartenir qu'ans révolulions les plus modernes. L'unité sociale et l'uniformité administrative; les droits politiques étendus à l'égal des droits civils ; le principe de l'autorité publique transférée de la couronne à la nation; les états généraux changés, sous l'influence du troisième ordre, en représentation nationale; la volonté du peuple attestée comme souveraine devant le dépositaire du pouvoir royal (1); l'action de Paris sur les provinces comme tète de l'opinion et centre du mouvement général; la dictature démocratique, et la terreur exercée au nom du bien commun ; de nouvelles couleurs prises et portées comme signe d'alliance patriotique et symbole de rénovation (2); le transport de la royauté d'une branche à l'autre, en vue de la cause des réformes et pour l'intérêt plébéien voilà les événements
peuple se lenoil trop mal content de mutiltde cbosrsqiiiestoieut faites au conseil de monseigneur lcdnr.coiiti-c lcditjieuplf.il vonlsil mcltreen son grand conseil trois ou quatre bourgeois que l'en lui nommerait, toutes lesquelles choses monseigneur le duc leur octroya. (C/iron. de Suinl-Denis , t.VI, p. 92.)
(() Et quand ledit prévosl ta en ladite chambre, et pluscurs armes de sa eompaignie avec luy, il dit audit monseigneur le duc que il ne semeist point ù mésuisc de ec qui csloit advenu, car il avait este Tait de la volonté 1 du peuple, et pour eschiévier greignears périls... Et requist fedit piévost A monseigneur le duc que il voulsist ratifier ledit fait cl cslre tout un avec eux. {Ibid., p. 88 et 89.)
(2* La première semaine de janvier ensuivant, ceux de Paris ordcnèretll qu'il auraient tous ditpperons partis de ronge et de pers ; et fu commande' par les ostels, de pur le prevost des marchons, que on pccisl tels chapperons. (Ibid., p. 75.) — Le prevost des marchans et les csclicvîns envoicrent lettres closes par les bonnes villes du royaume, pur lesquelles il leur faisoit savoir le fait qu'il a voient fait, et leur requéraient que il se voulsissent tenir en vraie Union avec eus, et que ii \ ijnl.i.-,ciil pn-iiilre de li-jr.-; eluppenjus partis de pers et de ruuge, si comme avoient le duc de Normendicel pluseurs outres du sauc de France, si comme ésdiles lettres estoit contenu. El en vérité, ledit monseigneur le duc, le roy do Navarre, le duc d'Orléans, frère duilit roy de France, et le comte d'Estampes, qui tous estoient des fleurs de lis, porloicnllesilils ebapperous. (Ibid., p. 94.)
(5i Ledit roi de Navarre vint m la maison de la ville et preselia, et entre