‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 20 sur 156 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

et les scènes qui ont donné à notre siècle et au précédent leur caractère politique. Eh bien! il y a de tout cela dans les trois années sur lesquelles domine le nom du prévôt Marcel {1). Sa courte et orageuse carrière fut comme un essai prématuré des grands desseins de la Providence, et comme le miroir des sanglâmes péripéties à travers lesquelles, sous l' entraînement des passions humaines, ces desseins devaient marcher à leur accomplissement. Marcel vécut et mourut pour une idée, celle de précipiter, par la force des niasses roturières, l'œuvre de nivellement graduel commencé par tes rois; mais ce fut son malheur et son crime d'avoir des convictions impitoyables. À une fougue de tribun qui ne recula pas devant le meurtre, il joignait l'instinct organisateur; il laissa, dans la grande cité qu'il avait gouvernée d'une façon rudement absolue, des institutions fortes, de grands ouvrages et un nom que, deux siècles après lui, ses descendants portaient avec orgueil comme un titre de noblesse .2).

les autres choses dîsl fine il aimait moult le royaume de France el il y esloit moult bien tenu, si comme il disait. Car il esloit des fleurs de lis cie tous coslés, et eus! esté sa mère roy de France se clic eusl es:é homme; car elle avait esté seule Tille du roy de France. Et si lui avoient les bonnes villes du royaume, par «spécial celle de Paris, fait très gratis biens et haus f Humeurs, lesquels il taisait, et pour ce esloil-il prest de vivre et de mourir avecques eux... Si fu alors esleu ledit roy en capitain de la ville de Paris ; et lui fu dit, de par le prévost des marchands de Paris, que ceux de Paris escriproient ù taules les bonnes villes du royaume, afin que chasenn se consentis! u faire ledit roy capilaiit universal par loul le royaume de France. (Ibid., p. 116.) — Prœposilus mercatorum, cum multis de nwjoribuj elvlbus per quoi lola civilas régi vïdebatur,... iverunl ad regera Natarne dominum Carolum de Ebroïcis, qui antea pce cos lamquam eapltaneus vocalus Tuerai,... ovdiuavenint secrète ut ilerum per ipsos vocarelur,... et tandem, cum ipse rex. Navarre: esset de linca et prosapia regia, ad sceplrum regale et regnum. Francia: ascenderet et regnarct- Piam tiielu» tc\ Savarrar ad lioc lotis VÏribus aulielabal... [Chronique de Guillaume de Nangis, 2= continuai-, 1. II, p. 2U8 cl 269.)

(tj I3S6, S7 et Îi8. — Ëliciine Marcel eut pour associé dans sa lutle contre le pouvoir, et duns ses projets Je rcTormalion, un membre du clergé, qui, par son origine el ses études, appartenait a la bourgeoisie, Itobert le Coq, Évique de Luon, juriste habile, d'abord avocat, puis maître des requêtes, el enfin président clerc au parlement, (s) Voy. VBhtoirc de l'hùiel de ville de Paris, par M. Leroux de Lincy, 'i

Pendant que la bourgeoisie formée à [«'liberté municipale s'élevait, d'un élan soudain mais passager, à l'esprit de liberté nationale, et anticipait en quelque sorte les temps à venir, un spectacle bizarre et terrible fut donné par la population demiserve des villages et des hameaux. On connaît la Jacquerie, ses effroyables excès et sa répression non moins effroyable Daus ces jours de crise et d'agitation, le frémissement universel se fit sentir aux paysans et rencontra en eux des passions de haine et de vengeance amassées et refoulées durant des siècles d'oppression et de misères. Le cri de la France plébéienne, « Les nobles déshonorent et trahissent le royaume, » devint, sous les chaumières du Beauvoi3is, un signal d'émeute peur l'extermination des gentilshommes. Des gens armés de bâtons et de couteaux se levaient et marchaient en bandes grossies de proche en proche, attaquant les châteaux par le fer et le feu, y tuant tout, hommes, femmes et enfants, et, comme les barbares de la grande invasion, ne pouvant dire où ils allaient ni ce qui les poussait (i). Maîtresse de tout le pays plat entre l'Oise et la

liv. m, ch. tw, p. 38 à 60. — Si mil ouvriers en œuvre quant qu'il en put avoir ci recouvrer de toutes parts, cl fit faire grands fossés autour de Paris, et puis chaingles, murs et portes, et y ouvroil-on nuit cl jour, et y eut le terme d'un an tous les jours trois mille ouvriers. Dont ce fut un grand fait que de fermer sur une année el d'enclorre et avironner de toute défense une telle cité comme Paris est et de tel circuit. Et vous dis que ce fui le plus grand bien que oneques le prévit des marchands lit en toute sa vie ; car autrement elle eut été depuis courue, gâtée el ronde par trop de fois. [Chronique de Froissart, liv. f", 2« partie, chap, 6li.) — Dïctes-nous que pas un des Clercs, de Marte, Marcel ne des Bourciers... souffre que le iils d'un Italien, d'un Angloîs, d'un Lorrain ou Eecouçois se die aussi non François que luy. (Ou grand et loyal devoir, fidélité et obéissante de messieurs de Paris envers le rn'j et couronne de France, pamphlet contre ie cardinal de Guise, peiitiù-8», 1303, p.tii.)

(i) ... Aucunes gens des villes champêtres, sans chef, s'assemblèrent en Beauvoisin, et no furent mie cent hommes les premiers, et dirent que tous les nobles du royaume de France, chevaliers et écuyers, bannissaient et trahissotent le royaume, el que ce icroil grand bien qui tous les détruirait. El chacun d'eux dit : » Il dit voir 1 il dit voir ! honni soit celui par qui il demeurera que tous les gentilshommes ne soient détruits I » l ors se assemblèrent et s'en allèrent sans aulre conseil el sans nulles armures, fors que de bâtons ferres cl de couteaux... El multiplièrent tant que ils furent bien

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