‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 22 sur 156 · LE TIERS ÉTAT SOUS CHARLES V, CHARLES VI, CHARLES VII, ET LOUIS XI · texte numérisé non relu

LE TIERS ÉTAT SOUS CHARLES V, CHARLES VI, CHARLES VII, ET LOUIS XI

Sohiiiire : I.a France du nord et la France méridionale. — Double esprit et double tendance du tiers étal. — Rôle de la bourgeoisie parisienne. — Résullats du règne de Cliark; V. IJuciiiuri de i'iriijnji ivj.-tilin 1 .- U<:v,d[i: des maitlolins. — Aboli lion de la municipal i lé libre -.lu l'nrîs. — Son rélalilissi'niNH.— Hi'iiiii^o^ji' île- rnlnn-li[cris. - - Alliiiin'c ili: l'ri:lii:rii)iige el île l'université. — Demande d'une grande réforme ndiiiiiiislriilni:. ■ tlrilimnnnee du 2H mai 1*13.— État des paysans, communes rurales. — Patriotisme populnire ( Jeanne d'Arc.— Règne de Charles VII, ses conseillers bourgeois. — Règne de Louis XI, son caractère.

Les étals généraux que j'ai mentionnés jusqu'ici n'étaient pas toute la représentation du royaume; il y en avait une pour la France du nord et du centre, pour le pays de langue d'Oïl et de droit coutumier, et une pour la France méridionale, pour le pays de langue d'Oc el de droit écrit (1). Quoique réunies simultanément par la même autorité, et quoique générales d'une

(I) Ce partage du royaume en deux régions administratives dura jusqu'au xvi* siècle; leur limite commune était marquée de l'ouest n l'est parla Gironde, la Doi'dogne ut le- Imulii'iTs iiirriiiinnalcs île l'Auvergne el du Lyonnais. Quoique cette division répondit en général a celle des dialectes romans du nord el du midi et à celle de l'ancienne France en deux zones juridiques, il y avait, sous chacun de ces rapports, au moins une exception, car l'Auvergne était pays de langue méridionale, et le Lyonnais pava de droit écrit.

pari comme de l'autre, ces assemblées ne jouèrent point le même rôle politique, et l'histoire ne peut leur accorder une égale importance. Le nord et le midi de la France n'étaient point, au moyen âge, dans la même situation sociale; le midi était plus civilise, plus prospère, et gouverné moins directement; là, subsislail, miens conservée, l'empreinte romaine dans les mœurs comme dans la langue; l'esprit municipal soutenu par le nombre et la richesse des villes y gardait mieux sa furce et sa nature. Les révolutions administratives, les créations de la royauté se faisaient an nord el n'arrivaient que par contrecoup dans le midi. 11 en était de même pour les courants de l'opinion publique nés dans la France cou tu m 1ère du conflit des classes rivales ou ennemies et des grands corps de l'État. Toujours d'un côté et de l'autre, il y avait une sorte de dissonance dans les sentiments et dans les actes , et la trace s'en est conservée jusqu'au sein de l'unité moderne. De là résulte ta nécessité de borner le théâtre de cette histoire qui doit être une cl simple pour être claire, d'omettre des fails considérables, mais sans portée ultérieure; et de négliger le pays où règne plus de liberté, un droit plus équitable, une moins grande inégalité des conditions et des personnes, pour celui où le désordre social est excessif, mais où se jettent les fondements de l'ordre à venir, et où se passent les faits qui marquent la série de nos progrès civils et politiques.

Le tiers état puisait sa force et son esprit à deux sources diverses : l'une multiple et municipale, c'étaient les classes commerçantes; l'autre unique et centrale, c'était la classe des officiers royaux de justice et de finance, dont le nombre et le pouvoir augmentaient rapidement, et qui, sauf de rares exceptions, sortaient tous de la roture. À cette double origine répondaient deux catégories d'idées et de sentiments politiques. L'esprit de la bourgeoisie proprement dite, des corporations urbaines, était libéral, niais étroit et immobile, attaché aux franchises locales, aux droits héréditaires, à l'existence indépendante et privilégiée des municipes et des communes; l'esprit des corps judiciaires et administratifs n'admettait qu'un droit,

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