CHAPITRE III
lion : <t Les violents ont exigé on dicté, les modérés ont écrit (1). »
Ceux mêmes qui présidaient ans violences ou les couvraient de leur aveu ne Turent point sans vertus civiques, ils eurent dans le cœur des sentiments de patriotisme que leur expression ferait croire modernes. Le corps municipal de Paris, écrivant aux autres villes et leur rendant compte de ses actes, disait : <■ Celte présente poursuite est pour garder que l'estat a de la chose publique de ce royaume ne verse en désolation,
« ainsy qu'elle estoil en voie à quoy en temps de nécessité
« comme le lemps présent, ung chascun se doit emploier, et « préférer la pitié du pais à toutes les aultres, soit de pau renls, frères ou aullres quelconques, car elle les comprent « toutes {2). » C'étaient là de nobles paroles dignes d'annoncer la grande ebarte de réforme, œuvre commune du corps de ville et de l'Université; mais, celte loi administrative de la vieille France, il se trouva des hommes pour la concevoir, il ne s'en irouva point pour l'exécuter et la maintenir. Les gens sages et rompus aux affaires n'avaient alors ni volonté ni énergie politique. Ils se tinrent à l'écart, et l'actiun resta aux exaltés et aux turbulents, aux bouchers et à leurs alliés. Ceux-ci précipitèrent par des excès intolérables une réaction qui amena leur chute, leur bannissement et l'abandon des réformes obtenues à si grande peine; trois mois après sa promulgation, l'ordonnance du 25 mai fut annulée (3).
Ainsi des hommes du liers état, portés par une crise révolutionnaire à s'investir eux-mêmes du pouvoir constituant, eurent
(1) Histoire de France pur M. IHichelet, t. IV, p. 2i5.
(2) l.eilre des prévost des marchands, eschevins, bourgeois, manans et habitons de la ville Je Paris an» maires, eschevins, bourgeois, manans et 'habitat» île la ville tle Hoyori fS mai 1113). Archive* lit l'hôtel de aille de Noyon. — Selon lonle probabilité, celle lettre Était une circulaire.
(31 Histoire de Charles VI, par JuvOnal <!es trsiiis, Mémoires, etc., t. II, p. 19S et suiv. — lil aussi cassa, annula, abolil, révoqua et du tout meit a néant et comme nulles déclara certaines escriturcs qui par manière d'ordonnances avuieul ringum-ii este fuidrs pur aucuns commissaires, tant chevaliers qu'escuîers, confeseurs elaumosuier du roy et deux des conseillers de céans, au pourchas d'aucuns de l'Université et de la ville de Paris, et
au commencement du xv siècle la pensée de refondre d'un seul jet l'administration du royaume, de lui donner des principes fixes, une base rationnelle et des procédés uniformes. Si le plan qu'ils rédigèrent ne fut pas même essaye, il resla comme un monument de sagesse politique, où se montre d'une manière éclatante l'espèce de solidarité qui liait dans une même cause toutes les classes de la roture. Les commissaires délégués par la ville et l'Université de Paris ont Tait ce qu'aux états généraux firent les députes du corps entier de la bourgeoisie; ils se sont occupes de la population des campagnes, ils ont pris ■> son égard des mesures qui témoignent à la fois de leur sympathie pour elle et des progrès survenus dans son état depuis la tin du 111 e siècle.
Depuis lors, en effet, l'affranchissement collectif des paysans par villages et par seigneuries avait toujours gagné en fréquence et en étendue. Une sorte d'émulation se déclarait sur ce point entre les propriétaires des serfs, etlcmobïlcenétaitdouble. D'une part, le sentiment du droit naturel s'ajoutant au sentiment chrétien ; de l'autre, l'intérêt personnel plus éclairé conseillaient la même chose, et parfois le style des chartes présentait l'alliance bizarre de ces deux motifs d'action (1). Parmi les
lesquelles, par grande impression lant de gens d'arme» de cette ville qu'autrement, avaient esté publiées en may limiter. (Extrait des registres du parlement, rte, des Ordonn. des rois de France, l. X, |). 110, note.]— Ordonnance du 5 septembre 1413, ibid., p. (70.
(1) Je, considérons et regardons être pileuse chose el convenable de ramener en libcriii el franchise les hommes et femmes qui de leur première Créacion furent créez et formez francs par le «n'alur don monde; considérais aussin en cesle partie le proïïil évident de mc-y cl de mes hoirs... (Charte donnée nux habitants du village de Pcrrusscs par Guy, sire de Clcrmont, 1383, Rec. des Ordonn. des rois de France, t. VII, p. 32.) - Lesquelles personnes, en aluni demourer hors de noslrc diele terre en certains lieux, se affranchissent sans- milrc l'im^ié... el pnur liayric li'iri'llen'n iludc, plusieurs personnes délaissent il demourer en DOS ire dicte terre, el par ce est el demeure icef le le rre en grand partie non cultivée, non la bu urée el en rien, pourquoy nostre diclc terre esl grandement moins valable... (Ctiarle donnée aux habitants de Coucy par Enguerrand, sire de Concy, 1368, rte. des Ordonn. des rois de France, t. V, p. loi). — Considérons... les courloisies, bontés cl aggréablcs services que li dit habitai! cl leur nncesscur ont fait,