‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 28 sur 156 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'esprit de réforme el de progrès qui, en 1415, avait brillé un instant et n'avait pu rien fonder, parce qu'un puni extrême en était l'organe, reparut, et modela sur un plan nouveau toute l'administration du royaume, les finances, l'armée, la justice et la police générale (I). Les ordonnances rendues sur ces différents points eurent leur plein effet, et elles se distinguent, non comme les précédentes par une ampleur un peu confuse, mais par quelque chose de précis, de net, d'impérieux, signe d'un talent pratique el d'une volonté sûre d'elle-même parce qu'elle a le pouvoir. La question de l'impôt permanent el des taies mises sans l'octroi des étais fit alors un pas décisif; après quelques alternatives, elle fut tranchée par la nécessité, et, à ce prix, le royaume eut pour la première fois dis forces régulières. Les milices des villes, organisées jadis hors de la dépendance et de l'actiou de la royauté, vinrent se fondre dans une armée royale et en même temps nationale. 11 y eut, pour la partie privilégiée du tiers élat, diminution de droits politiques; mais la forme de la monarchie moderne, de ce gouvernement destiné dans l'avenir à être à la fois un el libre, était trouvée; ses institutions fond amen laies existaient; il ne s'agissait plus que de le maintenir, de l'étendre et de l'enraciner dans les mœurs.

Le règne de Charles VII fut une époque d'élan national; ce qu'il produisit de grand et de nouveau ne venait pas de l'action

naE, Guillaume Cousinol, Jean RuIhiIcuu, ÉLieime Chevalier elJean Lebotrr-

(!) Voyez l'ordonnance du 2 novembre liât) pour la rcïormation de l'État iuilil:iire, celle du 25 septembre I U3 sur le gouvernement des finances, eelledu 10 février 1*4* sur le même sujet, celle du 19 juin 1*15 sur lu juridiction des élus, celle du 26 novembre 1447 sur la comptabilité du trésor, celle du 28 avril 144S sur les francs 9 reliera, celle du 17 avril 1453 pour la réformoliori de la justice, celtes du 21 janvier et du 3 avril 1409 sur la reddition des comptes el l'assiette des tailles, celle du 18 septembre UGO sur la procédure devant les conseillers des aides et celle du mois de décembre 1460 sur In juridiction de la ebambre des comptes. Recueil de» Ordona. deiroiidcFrancc.t. XIII, p. 306: ibid., p. 372; ibid., p. 414: ibid., p. 438; ibid., p.m, t. XIV, p. (nMf., p. 2W4; ibid-, p. 4*2 et v . m-, ibid., p-4'Jli; ibid., p.jJo;

personnelle du prince, mais d'une sorle d'inspiration publique d'où sortirent alors en toutes choses le mouvement, les idées, le conseil. Dr semblables ninmems vml Mijours beaux, mats leur propre est de durer peu ; l'efl'ori commun ne se soutient pas, la fatigue cl le désacconlsurvit'iinoni, et bienlot la réaction commence. Les mêmes forO'S i|ui avaient fonde le nouvel ordre administratif n'auraient pas »u le maintenir intact ; elles étaient collectives, et comme telles, trop sujciies à varier , l'œuvre de plusieurs avait besuiu, pour ne pas déchoir, d'èire remise aux maius d'un seul. Ce seul homme, cette personnalité jalouse, active, opiniâtre, se rencontra dans Louis XI. S'il y a dans l'histoire des personnages qui paraissent marqués du sceau d'une mission providentielle, le fils de Charles VU fut un de ceux-là; il semble qu'il ait eu comme roi la conviction d'un devoir supérieur pour lui à tous les devoirs humains, d'un but où il devait marcher sans relâche, sans qu'il eût le temps <Ie choisir la voie. Lui qui avait levé contre son père le drapeau des résistances aristocratiques, il se fit le gardien et le fauteur de tout ce que l'aristocratie haïssait; il y appliqua toutes les forces de son être, tout ce qu'il y avait en lui d'intelligence et de passion, de vertus et de vices. Son règne fui un combat de chaque jour pour la cause de l'unité de pouvoir et la cause du nivellement social, combat soutenu à la manière des sauvages, par l'astuce et par la cruauté, sans courtoisie et sans merci. De là vient le mélange d'intérêt et de répugnance qu'excite en nous ce caractère si étrangement original. Le despote Louis XI u'est pas de la race des tyrans égoîsies, mais de celle des novateurs impitoyables ; avant nos révolutions, il était impossible de le bien comprendre. La condamnation qu'il mérite et dont il restera chargé, c'est le blâme que la conscience humaine inflige à la mémoire de ceux qui ont cru que tous les moyens sont bons pour imposer aux faits le joug des idées.

Ce roi qui affectait d'être roturier par le ton, l'habit, les manières, qui s'entretenait familièrement avec toutes sortes de personnes, et voulait tout connaître, tout voir, tout faire par lui-même, a des traits de physionomie qu'on ne rencontre au

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