CHAPITRE m
même degré que dans les dictatures démocratiques (i). En lui apparut, à sa plus haute puissance, l'esprit des classes roturières; il eut comme un pressentiment de notre civilisation moderne, il en devina toutes les tendances, et aspira vers elle sans s'inquiéter du possible, sans se demander si le temps était venu. Aussi, dans le jugement qu'on porte sur lui, doit-on regarder à la fois ce qu'il fit et ce qu'il voulut faire, ses œuvres et ses projets. Il songeait à établir dans tout le royaume l'unité de coutume, de poids et de mesures; sur ce point et sur d'autres, il se proposait d'imiter l'admirable régime civil des républiques italiennes.
L'industrie, enfermée dans les corporations qui l'avaient fait renaître après la renaissance des villes, était toute municipale; il entreprit de la faire nationale; il convoqua des négociants à sou grand conseil, pour aviser avec eux aux moyens d'étendre et de faire prospérer le commerce; il ouvrit de nouveaux marchés et provoqua la fondation de nouvelles manufactures; il s'occupa des roules, des canaux, de la marine marchande, de l'exploilation des mines; il attira par des privilèges les entrepreneurs de travaux et les artisans étrangers, el, en même temps, il tint sur pied des armées quatre fois plus nombreuses que par le passé, fil des armements maritimes, recula el fortifia les frontières, perla la puissance du royaume à un degré inouï jusqu'alors (2j. Mais ces germes de prospérité ne devaient fruc-
(1) Entre Ions eeul* que j'ay jamais conjsnruz, le plus soïge pour soy tirer d'un}; mauvais pns en temps il'iiilït'i>U( ; . c estoit le roy Louis XI, nostve
maislre, le plus humble en paroles el en liabîtz , naturellement amy des
gens de moyen estai et ennemy de tous graus qui se povoient passer de lui. Nul homme ne prestu jamais tant l'nrcîlk aux gens, ny ne s'enquist de Lunt de choses comme il lYi-tiil. \Sîcm. Je l'IiUi/t/ie île Cumwyms, «Mit. de mademoiselle Dupont, t. 1, p. 83 el 81.) — De maintes menues choses de son royautme il se mesloil et d'assez donl il se fusl bien passé; mais sa complexion esloil telle, et ainsi virait. («M-, 1. 11, p. 273.)
(2) Aussi désirolt fort que en ce roy anime l'on iisust d'une coustume, d'un poiz cl d'une mesure, el (pie. i finies ecs <:nu.-1 u mes fussent mises en françuïs dans ung beau livre. {Mtm. de Philippe dt Commynes, l. II, p. 209.) - Vous sçaïez bien le désir que j'ai de donner ordre au fait de la justice el de la police du rujaume, el, pour ec faire, il est besoin d'avoir lu manière el les
tifier que dans l'avenir; le présent était lourd et sombre; les impôts croissaient sans mesure; le prince qui semait pour le peuple et se faisait peuple fui impopulaire. Il fit beaucoup souffrir et souffrit beaucoup lui-même dans sa vie de travaux, de ruses, de craintes, d'expédients, de soucis continuels (i). La bourgeoisie, dont les privilèges municipaux étaient la seule ebose ancienne qu'il ménageât, lui fui fidèle sans l'aimer. Ses grandes vues, ses pensées de bien public, les nouveautés qu'il méditait ne touchèrent que le petit nombre de ceux qui les apprirent de sa bouche et qui étaient capables de les juger. L'opinion du temps n'a rien aperçu de ces choses, mais en revanche elle a saisi au vif dans Louis XI le portrait de l'homme extérieur, cette figure railleuse et sinistre que la tradition conserve, et impose encore à l'histoire.
coutumes des autres pays ; .je vous prie que ions envoyez quérir devers
V nu Fi U- [iflil l'Irlit-Friltili t. lu;.- sç:ivnir les omillimi'i lU: i- 1cm rllri: ri i!r Venise,
el le toiles jurer de tenir lu chose secret lt:, afin qu'il vous le die mieux et qu'il le mette bien par écrit. (Lettre au sieur Dubuucbage, Uùt. de Louii XI par [inclus, t. lit. p. U9.) — Voyez l'ordonn. itu mots de septembre ii7t su r les mines, et celle du mois d'uvril 1183 sur le même objet, rcc. det Ordann. deiroûdc France, 1. XVII, p. «6; et t. XIX, p. t«5. - Les ordonnances de Louis XI son! remarquables pur une grande vigueur de rédaction; il est probable qu'il les dicta lui-même. — Mai* mie, bien avait en lui nostre bon maijtre : il ne mettait rien en trésor, il prenait tout et despendoïl tout. Il feit de grans édifBccs a la forliflicaiion el deffense des villes cl places de son royauluie, el plus que tous les aaltre* roys qui oui esté devant luy. {Mim. de Philippe dt Commyna, l. Il, p. (U.)
()) Davanlaige il sçuvoit n'estre point aymé de grans personiiaigcs Je son royaulme, ne de beaucoup de menui : et si avoit plus chargé le peuple que jamais roy ne feit, combien qu'il oust bon vouloir de les desebarger, comme j'ay dict ailleurs. (.Wcm. de Philippe de Commynes, I. Il, p. 22i.) — Je croy que, si tous 1rs bons jours qu'il a en* en sa vie, rsquclz il a eu plus de joye cl de plaisir que de travail el d'ennuy, estoiem hien nombres, qu'il s'y en trouveroil bien vingt de peine et de iravail contre uug Ae plaisir el d'oyse. (««., p. 977.)