CHAPITRE IV
L'assemblée lie 1484 eut soin de ne voter aucun subside qu'à litre de don et d'octroi. Elle demanda la convocation des étals généraux sons deux ans, cl elle ne se sépara qu'après en avoir reçu la promesse (1). Mais les quatorze années du règne de Charles VNl s'écoulèrent sans, que les élals eussent été une seconde fois convoqués, et les laies, firent de nouveau levées par ordonnance et réparties sans contrôle. A en juger par le zèle des trois ordres à faire une loi de leur consentement, et par le tableau que leurs cahiers traçaient de la misère du peuple accablé sous le faix des impôts, ce fut une grande déception ; tout semblait dire que la monarchie absolue menait le pays à sa ruine, et pourtant il n'en fut rien. Le pays resta sous le régime arbitraire; il eut à supporter encore les abus, souvent énormes, de ce régime; il souffrit sans doute, mais, loin de décliner, ses forces vitales s'accrurent par un progrès sourd et insensible. Il y a pour les peuples des souffrances fécondes comme il y en a de stériles; la distinction des unes cl des autres échappe aux générations qui les subissent; c'est le secret de la Providence, qui ne se révèle qu'au jour marqué pour l'accomplissement de ses desseins. Chose singulière, ce fui dans le temps même où la voix publique venait de proclamer avec amertume l'épuisement prochain du royaume, que fut résolue, par un coup de lélc follement héroïque de Charles VIII, l'invasion du sud de l'Italie, la plus lointaine expédilion que la France eût
(1) Pour subvenir aux grans affaires duitil seigneur, tenir son royaume en seurelÉ, payer el somlsiyer .ses gens d'armes el subvenir a ses autres affaires, les trois eslatz lut oliruycot par manière de don etollroy el non autrement, et sans ce qu'on l'appelle doresenovent tailles, uins don et ollroy, telle et semblable somme que du temps du feu roi Charles Vil estoit levée et eui-illio en son royaume, el ce pour deux ans prochainement veniios, tant seulement el non plus Que le bon plaisir dudil seigneur soit de faire tenir et assembler lesdils éïai détiens deux ans prou chai ne me ut venons en lieu el temps qu'il luy plaira, et que de eesle heure, lesdilz lieu et temps soient nommez, assignez et déduirez ; car, lesditz csluz n'entendent point que ilurescmivant on mette sus aucune somme de deniers, sans les appelle!-, et que ce soit do leur vouloir el consentement. - Le roy est eontenl que les eslatz se tiennent dedens deux ans prochainement venant el les mander». (Joumol des ctat> wencraui taïus « Tours tu li8i, p. «3, iS| et,712,)
encore faite. II fallut dépasser en armements les dépenses du règne de Louis XI; une longue paix semblait être le seul moyen de salut, et l'ère des grandes guerres s'ouvrit pour la nation, sans crise au dedans et avec honneur au dehors.
Au xu e siècle, la renaissance des institutions municipales avait été le conlre-coup d'une révolution opérée en Italie ; la renaissance du droit romain au xnr siècle nous était venue des écoles italiennes; à la lin du xv, une autre initiation de l'Italie, la renaissance des lettres eut lieu pour nous , mais à la faveur d'événements déplorables, de cinquante ans de guerre au delà des Alpes. Une fois ouvert par nos armes et par ses discordes à l'occupation étrangère, le pays qui gardait et fécondait pour le monde les traditions du génie romain devint le champ de bataille et in proie des monarchies européennes. II perdit l'indépendance orageuse qui avait fait sa vie, et dès lors H déclina sans cesse au milieu des progrès de la civilisation moderne.
La France eut le malheur de porter les premiers coups pour cette grande ruine, et, mise en contact, quoique violemment, avec les États libres et les principautés d'Italie, elle puisa dans ces relations soit hostiles, soit amicales, un esprit nouveau, le culte des chefs-d'œuvre antiques et la passion de renouveler, par leur étute, toutes les idées et tous les arts. Par celte révolution intellectuelle, en même temps qu'une voie plus large èt plus sure fut ouverte au génie national, il s'établit en quelque sorte une communion de la pensée pour les hommes d'élite que la séparation des rangs et des classes tenait à distance l'un de l'autre; quelque chose d'uniforme infusé par l'éducation littéraire atténua de plus en plus les différences traditionnelles d'esprit et de mœurs. Ainsi se prépara par degrés l'avènement d'une opinion publique nourrie dans la nation tout entière de toutes les nouvelles acquisitions du savoir et de l'intelligence. Cette opinion, qui s'est emparée de tout et a tout transformé depuis un siècle, date, pour qui veut marquer ses origines, du temps où commence à se former, au-dessus de la tradition indigène, des préjugés de caste, d'état et de croyance, un fonds